La Seyne-sur-Mer (Var) La Seyne-sur-Mer (Var)
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Pages perso - Documents divers :
Chansons de marins (cahier d'Emile KerHervé)
Souvenirs de campagne en Guyane : 1905-1907

Accès aux autres répertoires de chansons :

A voir aussi :

Ma gosse
Madeline
Besoin d'aimer
La Mignarde
Les blondes
Allons Mademoiselle
Carmen
L'école buissonnière
Le Parigot
Fleur de Seine
Le plaquage
Le chemineux
Le violon brisé
La Dame de Pique
Amour de trottin
Pour le bon motif
Les mamans
Les heures
Folichonnade
L'heure du bandit
Types de femmes
L'heure du rendez-vous
Vous êtes si jolie
Les Dragons de Villars
Les filles-mères
L'étoile d'amour
Mandoli-Mandola
L'Italienne
Mireille
Le baiser perdu
Le biniou
La Petite Tonkinoise
Méchant-Méchante
La ferme aux fraises
L'oreiller
La môme aux grands yeux
Pour avoir la fille
Le vieux voyou
Le rêve du marin fusilier
La petite marchande de tabac
Le Patour
Gavroche ou l'enfant de Paris
Mon gosse
Frou-Frou
Les passants
Bergeronnette
Une fête à Pékin
Si les femmes savaient s'y prendre
Un voyage de Ministre
L'œil du Lundi
Les boulvardiers
Ma Gosseline
La Pucelle de Belleville
Vieilles larmes
Titania
Le Paradis de la Femme
A la ferraille
Suzon ma blonde
Fleurs et papillons
Câline
Lettre de Pierrot à Colombine
Réponse de Colombine à Pierrot
L'amante infidèle
Le printemps chante
Roule-Roule
Lettre des Colonies
Vin d'amour
Vive la classe
Au clair de la Lune
Brise des nuits
Le Domino rose
Les adieux d'un marin
Salut aux ouvriers
La ferme des rosiers
La Créole
Sur les fortifs
Berceuse de Jocelyn
Marche des cambrioleurs
Le Credo du paysan
Le matelot de Nantes
Fais dodo
Allons la Môme
Les rêves
L'ouverrerien
Le tout petit apprenti
Le Momiguard parisien
L'amour sur l'eau
Le chemineau
Le déserteur 70-71
Le petit rigolo
Gervaise
Brin d'amour
Mam'zelle Muguette
La petite ouvrière de Paris
Carmencita
Couleur de rose
Ma petite maîtresse
Prenez garde aux flots bleus
Chez les marsouins
Le naufrage
Un tout petit bout d'homme
Chanson Créole Cayennaise "Malrade"

Les chansons de ce répertoire ont été recopiées à partir d'un vieux cahier appartenant à notre ami Serge Malcor et qui était l'œuvre d'un cousin de sa grand-mère, l'ouvrier mécanicien Émile KerHervé, dont c'était un souvenir de campagne en Guyane Française (1905-1906-1907) à bord de la frégate à roues Jouffroy.

Ce document de près de 300 pages manuscrites est inestimable car il contient les textes de plus de 100 chansons de l'époque, recopiées à l'encre violette par Émile KerHervé, certaines étant illustrées de ses propres dessins coloriés au crayon et à la plume. Si quelques-unes de ces chansons sont connues (Le printemps chante, Frou-frou, La Tonkinoise, Le violon brisé, La chanson des heures, Le crédo du paysan, etc.), il semble que les 90 % environ du cahier contiennent des textes aujourd'hui oubliés. C'est pourtant ce que devaient chanter les marins vers la fin du XIXe siècle ou au début du XXe. Quelques textes sont marqués par le patriotisme (Gavroche ou l'enfant de Paris, La ferme aux fraises, La ferme aux rosiers), l'antimilitarisme (Le déserteur 70-71, A la ferraille, Vive la classe), la vie des marins et la mer (Le rêve du marin fusilier, Les adieux d'un marin, Prenez garde aux flots bleus, Le naufrage), la misère et les inégalités sociales (Les filles-mères, Salut aux ouvriers, L'Ouverrerien, Le Chemineux), l'époque coloniale (Lettre des Colonies, La Créole, Le Momiguard parisien). Mais la plus grande partie a pour thème les femmes, les rencontres garçons-filles, les déceptions amoureuses, tout ceci dans le contexte de l'époque et exprimé dans un style quelquefois naïf et touchant par son naturel.

Bien que n'appartenant pas à nos archives familiales, nous avons tenu à faire connaître le contenu de ce document extraordinaire en reproduisant la totalité des textes de chansons avec quelques-unes des illustrations d'Émile KerHervé.

 

 

Ma gosse

I
Allons, Mimi, soyons sincères
J' vois bien qu' ton béguin pour moi est passé
Je n'ai pas l'art de savoir faire
D' l'amour l' grand ressort est cassé.
Tu rêves à d' autres conquêtes
T'as raison il fut s'amuser
Mais avant d' partir ma bichette
Fais-moi l' aumône d'un baiser.
 
1er Refrain
Les trésors sont superflus
Et puisqu'on ne s' reverra plus
Encore un baiser mignonne
Sur ta lèvre qui frissonne
Mais avant de se détester
Il faut bien savoir se quitter
Nous avons trop fait la noce
Adieu ma Gosse
II
J'ai compris qu' tu voulais des toilettes
J' suis pauvre, je n' puis t'en donner
Quelque vieux te monte la tête
Avec de l'or pour t'entraîner.
Il te paiera des chapeaux d' reines
Des bottines qui font rêver
Qu'un soir chez Gaillard l'on étrenne
Qu'ensuite l'on use sur les pavés
 
2e Refrain
Les trésors sont superflus
Et je te dis sans un mot de plus
J' n'avais qu' les yeux d' ma brune
Et l'amour comme fortune
Bien qu' l'on s'aimait comme des fous
On est malheureux sans le sou
Va-t-en rouler carrosse
Adieu ma Gosse
III
Mais maintenant puisqu'on se quitte
Tout simplement et pour toujours
Tu pleures, c'est ton cœur qui s'acquitte
Et qui paye sa dette à l'amour.
A plus d'une femme encore
Je dirais, sans être maladroit,
Vous êtes jolie, j'vous adore
Et j' mentirais si c' n'est à toi.
 
3e Refrain
Et maintenant qu'il n'y a plus d'espoir
Et que l'on ne dois plus se revoir
Dans l'étreinte de l'ivresse
Goûtons les dernières caresses
Donne-moi ce corps moulé
Qu'un riche vient de m'enlever
Que l'amour soit qu'un négoce
Adieu ma Gosse.
 
Cayenne, 2 Xbre 1905
 

 
 

Madeline

I
Lorsque j'épousais Madeline
Un p'tit trésor de chasteté
Devant le maire, d'une voix câline
Elle me jura fidélité.
Je crus à sa promesse sublime
Mais j' la surprends un beau matin
Dans une conversation intime
Entre les bras de mon voisin.
 
Refrain
Depuis qu'elle m'est infidèle
Je sens que ça trouble ma cervelle
Ma p'tite Madeline était divine
J'avais son cœur, c'était l' bonheur
Maintenant j' me grise
J' fais des bêtises
Ça fend mon pauvre cœur de bois
Voilà pourquoi je bois
II
Le soir de nos noces c'était un ange
Par pudeur elle n'osait pas
Devant moi tirer sa fleur d'oranger
Son corset ni sa paire de bas.
Maintenant au Moulin de la Galette,
Imitant M'zelle Grilly au trou
Elle fait la roue, lève les gambettes
Pour que tout le monde y regarde ses d'sous.
 
Refrain
Depuis qu' l'oiseau s'est envolé
Mon pauvre cœur s'est tout troublé
Ma p'tite Madeline était divine
Elle me jurait qu'elle m'adorait.
Maintenant elle noce
Et roule carrosse
Ça fend mon pauvre cœur de bois
Voilà pourquoi je bois
III
Mais elle ne s' paiera pas d'ma tête
Des femmes j'en ai autant qu' j'en veux
Des belles filles aux riches toilettes
Qui m'offrent des boudoirs somptueux
Mais Madeline, j' l'aimais tout-de-même
Comme le désert aime le chameau
Comme le pianiste aime sa gamme
Comme la fleur aime sa goutte d'eau.
 
Refrain
Depuis qu'elle m'est infidèle
Je sens que ça trouble ma cervelle
Ma p'tite Madeline était divine
J'avais son cœur, c'était l' bonheur
Je ne veux pas croire à mes déboires
On dit pourtant qu'elle s' moque de moi
Voilà pourquoi je bois
IV
Je veux oublier l'infidèle
Après tout, qui vivra verra
Elle n'est pas la seule qui soit belle
Ah ! Que j' l'aime qui m' la rendra
Mais je ne suis pas le seul sur terre
Qui soit un cocu réussi
Il y a un Henri IV et Molière
Il y a peut-être bien plusieurs ici.
 
Refrain
Depuis qu'elle m'est infidèle
Je sens que ça trouble ma cervelle
Ma p'tite Madeline, ah ! qu' ça m' chagrine
Sa trahison perd ma raison
Ma belle poupée, on m' l'a chipée
Sans elle il n'y a plus d' bonheur pour moi
Voilà pourquoi je bois
 

  
 

Besoin d'aimer

I
Ce n'est point la beauté fatale
Qui vous frappe par enchantement
Ni la nature sentimentale
Qui fait qu'on aime passionnément
J'suis timide, tout l' monde m'en blâme
J' n'ose jamais déclarer ma foi
Mais il paraît qu'une grande dame
En pince pour m'on p'tit je n' sais quoi
 
Refrain
Si c'est une chauve au regard fauve
Une petite grue au coin d' la rue
Une négresse aux belles grosses formes
Je veux l'aimer et la charmer
Ah ! qu'elle vienne assouvir mon âme
J'ai besoin d'une femme
II
Est-ce bien pour moi qu'est cette lettre
Ah ! Qu'elle embaume le Lubin
Je sens frissonner tout mon être
Joli garçon v'nez chez moi demain
J' dirige un cinématographe
Je vous f'rai voir mon cher ami
Les œuvres d'un grand géographe
Et les tableaux les plus exquis
 
Refrain
Si c'est une blonde à taille ronde
Une gigolette qu'a d' la galette
Ou bien une veuve qui fait peau neuve
Je veux l'aimer et la charmer
Ah ! qu'elle vienne assouvir mon âme
J'ai besoin d'une femme
III
Une dame me regarde amoureusement
Pourquoi s'est-elle voilée
Si j'osais me déclarer seulement
Quoi ! C'est pour moi c'te bonne fortune
Ah ! Mon succès est insensé
Ce soir, j'ai quatre femmes au lieu d'une
Je n' sais pas par laquelle commencer
 
Refrain
Si c'est une reine, même lointaine
Une princesse aux grandes Altesses
Une sultane, j' serai son tzigane
Je veux l'aimer et la charmer
Ah ! qu'elle vienne assouvir mon âme
J'ai besoin d'une femme
 

  
 

La Mignarde

I
C'était par une nuit sereine
Gugusse rentrait à la maison
Quand il vit en passant la Seine
Une jeunesse qu'enjambait l' pont
Il s'arrête et s'empare d'elle
Elle se débattit puis pleura
Faut-il que l'existence soit cruelle
Pour qu'on veuille s' détruire à c't'âge-là
 
Refrain
On la surnommait la Mignarde
Et déjà lasse de souffrir
Elle avait fui loin de sa mansarde
Croyant plus sûrement en finir
On la surnommait (la Mignarde) (bis)
II
Pourquoi ce désespoir pauvre fille
Dit le jeune homme en l'embrassant
Hélas, monsieur, j' n'ai plus d' famille
Répondit-elle, bien tristement
Puis bien bas : J'avais cru sincère
Un homme qui me laisse dans l'abandon
Dans quelque temps je serai mère
Et l'nfant n' portera pas son nom
 
Refrain
Voilà pourquoi dit la Mignarde
Que déjà lasse de souffrir
J'avais fui loin de ma mansarde
Croyant plus sûrement en finir
Voilà pourquoi dit (la Mignarde) (bis)
III
C'est ainsi qu'il apprit qu' la p'tite
Seule et ne sachant où aller
Après avoir été séduite
Avait résolu d' se noyer
Alors il dit gaiement ma chère
Puisque le plus gros d' l'ouvrage est fait
Son nom au lieu d' celui d' son père
Portera le mien, je l'adopterai
 
Refrain
Oublions l' passé, la Mignarde
Car je ne veux plus te voir souffrir
Quitte bien vite ta mansarde
Qu' l'amour d'un autre t'avais fait fuir
Oublions l' passé (la Mignarde) (bis)
IV
Bref, pas plus tard qu' la semaine dernière
Ils en sont allés tous les deux
S' marier devant monsieur le maire
Avec les témoins derrière eux
Depuis qu'ils ont joué c' tour de force
Qu'il n'est pas lieu de regretter
Ils demanderont d'autant moins l' divorce
Qu'ils ont mis de temps à s' décider
 
Refrain
On la surnommait la Mignarde
Et l' brave cœur qu'a su la secourir
A fait renaître dans sa mansarde
L'amour qu'un autre avait fait duir
On la surnommait (la Mignarde) (bis)
 

  
 

Les blondes

I
Je l'avais vue un beau matin
Et parbleu j' l'avais suivie
Elle trottinait, gentil trottin
Sous le soleil, toute jolie
Je n'avais certes pas dessein
De pousser si loin l'aventure
Et je contemplais en chemin
Sa ravissante chevelure
 
Refrain
C'était une blonde, une blonde de 16 ans
Et rien en ce monde ne semblait plus séduisant
Que sa gorge ronde, ses cheveux d'or caressants
Car c'était la plus blonde, la plus blonde des blondes
II
J'embrassais ses beaux cheveux blonds
Un soir qu'elle fut moins farouche
Et le chemin n'était pas long
Mon Dieu, des cheveux à la bouche
Mon cœur n'était pas un glaçon
Et ses lèvres étaient jolies
Ce fut la fin de la raison
Le commencement des folies
 
Refrain
C'était une blonde, une blonde de 16 ans
Et rien en ce monde ne semblait plus séduisant
Que sa gorge ronde, ses cheveux d'or caressants
Car c'était la plus blonde, la plus blonde des blondes
III
Soit à Suresnes, soit ailleurs
Nous allions cueillir par les branches
Autant de baisers que de fleurs
Sans même attendre le dimanche
Quittant l' bureau ou l'atelier
Pour faire l'école buissonnière
Si je n'étais pas le dernier
Elle n'était pas la dernière
 
Refrain
C'était une blonde, une blonde de 16 ans
Ame vagabonde, le sourire du printemps
On dit que les blondes ont de doux enchantements
Et j'avais la plus blonde, la plus blonde des blondes
IV
Enfin, tout passe, on le sait bien
Chacun subit sa destinée
Du bonheur, il ne reste rien
Qu'un peu de douleur obstinée
Quand revient le printemps vermeil
L'âme rêveuse et chagrinée
Je pense aux cheveux de soleil
De celle que j'ai tant aimée
 
Refrain
C'était une blonde, une blonde de 16 ans
J'oubliais le monde, ses chagrins et ses tourments
On dit que les blondes font le bonheur des amants
Et j'aimais la plus blonde, la plus blonde des blondes
 

 
 

Allons Mademoiselle

I
Un soir, je vis une brunette
Ayant les yeux baissés
Elle regardait, très inquiète
Entre les pavés
Afin de savoir la cause
De son p'tit air inquiet
Je luis dis, cherchez-vous quelque chose
Que vous venez d'égarer… ah !
 
Refrain
Allons mademoiselle, n' baissez pas les yeux
Quittez donc, ma belle, ce p'tit air soucieux
Si c' sont vos jarretières qu' parterre vous cherchez
Je vous en paye une paire, chez le premier mercier
II
Non ! m' répondit la donzelle
Vous n'êtes pas malin
Alors, dis-je à la sirène
Accordez-moi votre main
Il fait froid et des engelures
Ça fait bien souffrir
Des gants, dites-moi la pointure
Je vais vous en offrir… ah !
 
Refrain
Allons mademoiselle, n' baissez pas les yeux
Quittez donc, ma belle, ce p'tit air soucieux
Si c'est une lettre de votre amoureux
Daignez me permettre de vous en écrire deux
III
Soudain, continuant ma course
Je me dis : j'ai trouvé
C'est sans doute sa bourse
Qu'elle vient d'égarer
Tirant un louis, j' m'approche
Je m' dis c'est peut-être ça
Qu'est tombé de votre poche
En faisant un achat… ah !
 
Refrain
Elle me répond : jeune homme, des louis j' n'en ai pas
Mais j'accepte la somme, ainsi que votre bras
Et comme fin d'histoire, elle me dit : t'as deviné
Je cherchais une poire et j' viens de la trouver
 

  
 

Carmen

I
Terrible sous le ciel d'Espagne
Séville, avec ses gais refrains
Et partout tes danses accompagnent
Castagnettes et tambourins
Les fleurs rempliront l'arène
Pour fêter le toréador
Et lui, tremblant, le cœur en peine
A sa belle murmurait encore
Refrain
Toujours ma belle
Tu fus cruelle
A l'amour du toréador (bis)
Mais je l'oublie
A toi ma vie
Crois-moi, Carmen, te t'aime encore (bis)
II
Il paraît, la foule charmée
Laisse éclater de longs bravos
Et lui, cherchant sa bien-aimée
Calme parmi les toréadors
Il l'aperçoit et son sourire
Dévoilant les secrets du cœur
Semble rayonner et lui dire
Pour toi, je veux être vainqueur
III
Mais Carmen dont le cœur oublie
Dans les yeux garde le dédain
Et lui, ressent la jalousie
Qui fait pâlir son front soudain
Il jette son glaive dans l'arène
De tous côtés on l'applaudit
Mais il répète à l'inhumaine
Quand sur lui le taureau bondit
 

  
 

L'école buissonnière

I
Au lieu de fréquenter l'école
Où l'on acquiert un fouet savant
Gamin à tendance agricole
J'allais jadis le nez au vent
J'ai négligé d'apprendre à lire
Je ne sais pas non plus écrire
Mais j'ai profité des ruisseaux
Qui coulent à travers les roseaux
Mais j'ai profité des ruisseaux
Que les prés verts, la marjolaine
Pour moi seul semblaient écouter
Et voilà pourquoi Madeline
Voilà pourquoi je sais aimer (bis)
II
Si j'ignore l'arithmétique
Ce qui nuit à mes intérêts
C'est que dans mon cerveau rustique
Frissonne la voix des forêts
Je ne saurais point, j'en ai honte,
Faire un calcul, le moindre compte
Mais j'ai profité du soleil
Qui donne ses rayons vermeils
Mais j'ai profité du soleil
Qui sur les monts et sur les plaines
Pour moi seul semblait se lever
Et voilà pourquoi Madeline
Voilà pourquoi je sais rêver (bis)
III
J'ai fait l'école buissonnière
A travers les sentiers, les chemins creux
Vive la brise printanière
Qui rend les talus amoureux
Je soupçonne à peine les termes
Que l'on récite loin des fermes
Mais j'ai profité des pinsons
Qui font leurs nids dans les buissons
Qui du printemps grisant l'haleine
Pour moi seul semblaient chanter
Et voilà pourquoi Madeline
Voilà pourquoi je sais aimer (bis)
 

  
 

Le Parigot

I
Où que l' vrai Parigot habite
C'est tout là-haut et pas ailleurs
De l'autre côté d' la limite
De nos grands boul'vards extérieurs
Montparno, le Moulin d' la Galette
Le Champ d'Asile et la Goutte d'Or
Le quai d'Orsay, la petite Villette
V'là ses domaines et châteaux-forts
 
Refrain
Quand on est Parigot, qu'on fume un long mégot
Qu'on a quelquefois le bon mot
Une bonne thune comme magot
Qu'on s'explique en argot, comme feu madame Angot
On n'est pas un gogo, quand on est Parigot
II
J'sui un Parigot qu'aime la fête
Quand d'un petit œil chiffonné
Une jolie môme me fait risette
Je m' laisse facilement entraîner
Mais si la poule veut d' la galette
Pour ses petits talents journaliers
Je lui dis, en remettant mes chaussettes
T'as pas la trouille, gentil bébé
 
Refrain
Quand on est Parigot du boulevard de Sébasto
Ma jolie petite Margot, qu'on a pas Burbago
Quand on est gros costaud, c'est avec un béco
Que l'on paye son éco, quand on est Parigot
III
Quand arrive la tête nationale
Ce jour-là, le bon Parigot
A la porte d'un troquet s'installe
Pour y planter le premier drapeau
Devant un litre son œil s'illumine
Et donne à force de s'arroser
Son nez devient rouge comme une capucine
C'est son genre à lui d' pavoiser
 
Refrain
Quand on est Parigot, le jour du 14 Juillo
L'on fait sauter l' goulot d'une bouteille de Pernod
Et comme on est poivrot, en sortant d' chez l' bistro
On embrasse les sergots, quand on est Parigot
IV
Mais quand une escarmouche éclate
Tout là-haut sur le continent
Au risque d'y laisser une patte
L' Parigot est au premier rang
Et dans l' plus fort de la bataille
Gouailleur et narguant l'étranger
On l'a vu, criblé de mitraille,
Chanter en narguant l'étranger
 
Refrain
Quand on est Parigot, qu'on tient sur ses ergots
Qu'on tire l' flingot, au Soudan, au Congo
Et qu'on n'est pas manchot, pour défendre son drapeau
On s' fait trouer la peau, quand on est Parigot
 

 

Fleur de Seine

I
C'était une gosse de 18 ans
Venue au monde un soir de déveine
La gosse n'avait plus de parents
Libre de son dimanche et d' sa semaine
Elle s'en allait d'un air fripon
De Billancourt à Bagatelle
Le soir, elle se couchait sous les ponts
Et la rivière, c'était chez elle
 
Refrain
Elle avait un jupon plein d' trous
Elle fréquentait un tas d' voyous
Mais quand elle passait près de vous
Avec de grands yeux noirs et doux
Le jeune homme comme le patriarche
Désireux de l'attendre sous l'arche
Disait : c'est le printemps qui marche
II
Elle était belle comme les amours
Elle avait un cœur de grisette
Mais vagabonder tous les jours
C' n'est pas facile de rester honnête
Aussi se donna-t-elle sans peur
A Charlot la terreur de la berge
Qui lui prit la taille et le cœur
Dans les bosquets d'une vieille auberge
 
Refrain
Elle avait un jupon plein d' trous
Elle fréquentait un tas d' voyous
Mais quand elle passait près de vous
Avec de grands yeux noirs et doux
Voyant sa frimousse enguichante
Comme un beau jour qui vous enchante
On s'dit : c'est le printemps qui chante
III
A force de passer des nuits
A regarder la lune argentine
D'avoir des coups de ses ennemies
Elle s'en alla de la poitrine
Un soir, elle se jeta dans l'eau
Morte, elle était encore jolie
Elle a fait son dernier dodo
Dans le lit d' la Seine, son amie
 
Refrain
On la plaça dans un grand trou
Sans croix, sans nom, comme un toutou
Là-bas, à Pantin, tout au bout
Par un matin de Juin si doux
Seul un rôdeur de rivière
L'ayant accompagnée au cimetière
Disait : c'est le printemps qu'on enterre
 

 

Le plaquage

I
Dans des ménages d'amoureux
Pour une simple bagatelle
On devient nerveux et grincheux
On se dispute, on se querelle
L'homme s'écrit : c'est pas rigolo
J'ai soupé des joies du ménage
La femme répond : j'en ai plein l' dos
Voilà comment s' font les plaquages
 
Refrain
Pour un mot, pour une bêtise
Pour un regards, pour presque rien
On se quitte, quelle sottise
Au fond pourtant l'on s'aime bien
Chacun croit avoir du courage
En prenant la mouche aussitôt
L'on crâne, l'on n'en pense pas un mot
Dieu que c'est bête le plaquage
II
Monsieur faisant le fanfaron
Dit : « Fallait-il que je sois bête
De m'embarrasser d'un crampon
Qui féroce et qui perd la tête »
Madame ouvrant son joli bec
Dit : « Conserve ton insolence
Tu peux même emporter avec
Ta paire de cornes d'abondance »
III
Alors on entend des gros mots
« Femme de rien, chipie, bécasse
Ramolli, fourneau, rigolo »
Bref, tout le répertoire y passe
L'on s'emballe, on devient des crins
Là, commence une danse nouvelle
Qu'on appelle la danse des crins
Avec accompagnement de vaisselle
IV
Ainsi finissent les romans
Commencés sous des rubans roses
Se croyant très fiers, les amants
Se quittent simplement par pose
Chacun s'en va de son côté
Heureux de son indépendance
Oui, avec la liberté
Les pleurs et les regrets commencent
Refrain
Pour un mot, pour une bêtise
Pour un regards, pour presque rien
On se quitte, quelle sottise
Au fond pourtant l'on s'aime bien
Chacun croit avoir du courage
En chassant bien loin son bonheur
On brise son amour et son cœur
Dieu que c'est bête le plaquage
 

  
 

Le chemineux

I
Libéré de maison centrale
Ayant déjà fait maintes escales
Fuit comme un lépreux
Sur la route longue et boueuse
Marche un homme à la face creuse
C'est un chemineux
Tout transi sous ses loques grises
Que traversent les coups de bise
D'un hiver brumeux
Dans un âtre, le pauvre hère
Rêve de réchauffer sa misère
Rêve chemineux
II
Mais au loin point une lumière
C'est une ferme qu'il considère
Du vieux toit fumeux
Il s'approche, espérant peut-être
Y récolter quelque bien-être
Pauvre chemineux
« Mais qui donc frappe à cette heure
Rôde autour de notre demeure
Quelque galvodeux
Du chien, je vais lâcher la chaîne »
Entend-il, sur ces mots de haine
Fuit le chemineux
III
Comment redevenir honnête
Même quand je courbe la tête
L'on m'appelle gueux
A chacun de mes pas je butte
A quoi bon continuer la lutte
Dit le chemineux
Et pourtant jadis au calvaire
Brisé, résigné, sans colère
Le Christ généreux
Pour la fraternité menteuse
Est mort sur la croix lumineuse
Dit le chemineux
IV
Mais un lourd vertige l'assaille
Car, sans pitié, la faim travaille
Son estomac creux
« Vais-je donc crever sur la route
Oh non, dit-il, coûte que coûte,
Dit le chemineux
Et comme au ciel, pas une étoile
De la nuit ne perce le voile
Dans son poing noueux
Serrant son gourdin, il regarde
De sa rencontre, Dieu vous garde
C'est un chemineux
 

  
 

Le violon brisé
Paroles de René deSAINT-PREST et de L. CHRISTIAN
Musique de Victor HERPIN
Chanson créée par Mme AMIATI (1885)

I
Sur la route poudreuse et blanche
Où nos drapeaux ne passent plus
Un vieillard va, chaque dimanche,
Rêver seul aux pays perdus.
Parfois de sa lèvre pâlie
Monte une plainte vers les cieux
C'est le regret des jours joyeux
Et c'est l'histoire de sa vie :
Refrain
Ils ont brisé mon violon
Parce que j'ai l'âme française
Et que, sans peur, aux échos du vallon
J'ai fait chanter la Marseillaise !
II
J'ai voulu savoir cette histoire
Il me l'a contée en pleurant ;
Gardez-là en votre mémoire
C'est celle d'un coeur simple et grand :
Un soir, me dit-il, sous les chênes
Je faisais danser les enfants
Quand les ennemis triomphants
Jetèrent l'effroi dans nos plaines !
III
Tous s'enfuyaient devant leurs armes
Rouges, hélas ! de sang français ;
Fou de douleur, cachant mes larmes
Tout seul vers eux je m'avançais
- Qui donc es-tu, toi qui nous braves ?
Firent-ils en me renversant ;
- Je suis, dis-je, en me redressant
L'ennemi des peuples esclaves !
IV
- Tu railles bonhomme ? Eh bien joue
Les hymnes chers à notre roi !
Alors leur main souilla ma joue
Mais la France vivait en moi !
Je jouai de Rouget de Lisle
L'ardente et sublime chanson ;
Ils brisèrent mon violon
En voyant leur rage inutile !
 

  
 

La Dame de Pique

I
Manon, je t'aime et pour t'avoir
Il faut posséder des richesses
Pour toi, j' m'en vais jouer ce soir
Et j'aurai tes folles caresses
Je te donnerai ce que tu veux
De l'or pour remplir tes cassettes
Et des diamants plein tes cheveux
Et des bijoux et des toilettes
Allons au jeu
Cinq louis d'enjeu
Dame de Pique, sois favorable
Coupez, je donne cartes sur table
Manon, ce soir je gagnerai
Et d'or je te couvrirai
 
Refrain
Gagné, gagné
Quel destin fortuné
Toujours les jeux
Sourient aux amoureux
Tu peux jeter
De l'or sans épargner
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Manon, j'ai gagné

II
J'amasserai beaucoup d'argent
Pour te parer comme une reine
Puisque ton cœur est exigeant
Ton amour m'apportera veine
Manon, je veux jouer encore
J'aime tant ton regard de flammes
J'entasserai de l'or, de l'or
Dussé-je au diable jouer mon âme
Allons au jeu
Vingt louis d'enjeu
Dame de Pique, sois favorable
Coupez, je donne cartes sur table
Manon, ce soir je gagnerai
Et d'or je te couvrirai
 
Refrain
Perdu, perdu
J'en reste confondu
Adieu, bijoux
Adieu, les baisers fous
Perdu, perdu
M'étais bien défendu
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Manon, j'ai perdu
III
Mes derniers louis courent au jeu
Pour chercher la chance trop rebelle
Tricher ! Dans ma tête en feu
Quel démon torture ma cervelle
Mais si je perds, elle me quittera
Ses beaux yeux bleus, sa taille frêle
C'est un autre qui les aura
Oh ! non, jamais, elle est trop belle
Allons au jeu
cent louis d'enjeu
Dame de Pique, sois favorable
Coupez, je donne cartes sur table
Manon, ce soir je gagnerai
Et d'or je te couvrirai
 
Refrain
Pincé, pincé
Oh ! ma mie, j'ai triché
Voleur, voleur
Manon, quel déshonneur
Voleur, c'est moi
L'on me montre du doigt
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Manon, c'est pour toi
 

  
 

Amour de trottin

I
L'autre soir, rue de la Paix
Je suivais un trottin , blond comme un ange
Qui devant moi trottinait
Découvrait un mollet rond et bien fait
Moi, rien que d'entrevoir un bas noir
Le cœur me bat, c'est étrange
Je ferais tout pour l'avoir
Ça n'a pas moi, j' m'suis dit : « Vas-y »
Mais je reçois du coup un superbe atout
Refrain
Quand sonne midi, qu'il soit Vendredi
Samedi, Lundi, Mardi
L'on peut certainement
Passer un bon moment
Avec un trottin au minois lutin
C'est gentil, oh ! combien
D'un chic très parisien
Et ça ne coûte presque rien
II
Que m'importe un soufflet
Très discret, à déjeuner je l'invite
Elle accepte des yeux, moi je veux
Me montrer très généreux
Apportez, dit le patron, un plat cher
De pommes de terre frites
Annoncez, dit le garçon, un plat d' saucissons
Du Moët et Chandon
Au dessert, j'ai pris ses deux pommes d'api
III
Le petit trottin chaque soir
Vient me voir en sortant d' chez les pratiques
C'est un bien mal élevé
Il ressemble aux Gavroches du passé
Mais quand arrive le moment
Le plus pathétique
Elle découpe vivement, son petit boniment
Quoi ! minuit déjà, que va dire papa
Refrain
Quand sonne minuit, le trottin s'enfuit
Court chez ses parents sans bruit
Et dit : « j'ai travaillé
Très tard à l'atelier »
Faut pas, dit l' papa, travailler tant qu' ça
Bah ! répond le trottin, peut-être que demain
L'on travaillera jusqu'au matin
 

  
 

Pour le bon motif

I
Un soir tout en me promenant
Ayant l' cœur en goguette
J' rencontre, marchant l' nez au vent
Une blonde fillette
Je m'approche près d'elle
Mais aussitôt la belle
Baisse les yeux timidement
Et s'enfuit rapidement
Je m' dis cré nom
C'est du guignon
Comme elle trottinait vite
Tout le long (bis) du trottoir
J'embrassais la petite
Tout le long (bis) du boulevard
Car elle avait j' vous l' jure
Tout le long (bis) des mamelons
Une jolie devanture
Tout le long (bis) sur le fronton
II
Je m'approche d'elle en insistant
En lui faisant risette
Je lui murmure un mot galant
Monsieur, m' dit la fillette
Je suis encore rosière
V'là la maison d' mon père
Et si j' vous plais tant qu' ça
Demandez mon aile à papa
Montons vivement
Fis-je carrément
Elle avait la taille mince
Tout le long (bis) du palier
En montant j' la pince
Tout le long (bis) de l'escalier
Et de mes bras j' l'enlace
Tout le long (bis) des mamelons
Et finalement j' l'embrasse
Tout le long (bis) du menton
III
Entrez m' dit-elle en ouvrant
La porte toute grande
Papa va v'nir dans un instant
Vous f'rez votre demande
Assiez-vous là tranquillement
Mais, lui dis-je carrément
Je voudrais bien nonobstant
Prendre un petit acompte avant
J' l'embrasse vivement
Sur le moment
Comme elle avait du monde
Tout le long (bis) du buffet
J' passe mon bras à la sonde
Tout le long (bis) du corset
Quand l' papa, saperlotte
Tout le long (bis) du divan
Arrive et m' flanque sa botte
Tout le long (bis) du cadran
IV
Bref, je finis par l'épouser
Et par cérémonie
Je voulus inviter à dîner
Mes anciennes bonnes amies
Y avait la Caroline
Nini, Blanche, Albertine
Et ma femme qui m' dit : Louis
Quelles sont ces dames, je répondis :
Ce sont mes amours des anciens jours
Ah ! m' répondit-elle tout de suite
Tout l' long (bis) de mes côtés
S'il eut fallu que j'invite
Tout ceux (bis) que j'ai gobés
Et qu'ils soient à la ronde
Tous venus (bis) pour me voir
Nous aurions eu du monde
Tout le long (bis) du trottoir
 

  
 

Les mamans

I
Sous les caresses maternelles
Nous grandissons dans un doux nid
Impatients d'avoir des ailes
Pour voltiger dans l'infini
Mais, méchants, ingrats, que nous sommes
Meneurs de terribles serments
À peine sommes-nous des hommes
Nous faisons souffrir les mamans (bis)
II
Chers bambins, chers petits anges
Changés vite en petits démons
Gazouillez comme des mésanges
Car vos propos, nous les aimons
Et comme vous faisiez naguère
Quand défilait le régiment
Ne parlez jamais de la guerre
Ça fait tant trembler les mamans (bis)
III
Puis, quand vous serez dans la vie
Livrés à vous-mêmes un jour
Sans défaillance et sans envie
Luttez pour nous à votre tour
Mais si le sort met en déroute
Les fiers espoirs de vos vingt ans
Ne quittez pas la droite route
Ça fait tant pleurer les mamans (bis)
IV
Mais redoublez de gentillesse
Quand leurs cheveux seront bien blancs
Afin d'égayer leur vieillesse
Redevenez petits enfants
Entourez les de vos tendresses
Soyez câlins, soyez aimants
Ne ménagez pas vos caresses
Ça fait tant plaisir aux mamans (bis)
 

 

Les heures
(La chanson des heures)
Poème de X. PRIVAS

I
A qui sait aimer les Heures sont roses,
Car c'est le Bonheur qu'elles font germer ;
En l'Eden secret des amours écloses,
Les Heures sont roses
A qui sait aimer
II
A qui sait souffrir, les heures sont noires
Car c'est la douleur qu'elles font germer
En l'âme blessée, au choc des histoires
Les heures sont noires
A qui sait souffrir
III
A qui sait aimer, les heures sont grises
Car c'est le souci qu'elles font lever
Par les cœurs troublés, par d'amères crises
Les heures sont grises
A qui sait aimer
IV
A qui sait mourir, les heures sont blanches
Car c'est le repos qu'elles font fleurir
Aux cœur détachés de vitales branches
Les heures sont blanches
A qui sait mourir
 

 

Folichonnade

I
Près du bois de Boulogne lorsque je l'aperçus
Je n'osai lui parler, puis, prenant le dessus
Je m'approchai pourtant, chapeau bas, la voix tendre
« Mademoiselle », lui dis-je ; elle n'eut pas l'air d'entendre
Elle allongeait le pas, moi, j'allongeai le mien
Elle avait l'air de dire : « Cristi, comme ça le tient »
Puis, je recommençai lorsque ma toute belle
M' dit « J'aperçois mon oncle, ah ! laissez-moi », dit-elle
Et je vis un monsieur très chic et décoré
L'embrasser sur le front en l'appelant bébé
Refrain
Comme l'on cueille une fleurette
Ce fut à peine une amourette
Un seul jour je fus son amant
Mais ce souvenir m'est charmant
Petits pieds, petites menottes
Elle avait de blanches quenottes
Qui croquaient en un seul jour
Toute une éternité d'amour
II
Je les suivis de loin, souffrant comme un martyr
Lorsqu'hier le hasard vint pour me secourir
Cette fois je fis mieux et je l'emportai presque
Dans mon petit logement. Ah ! ce fut romanesque
J'étais fou d'amour, elle sentait le jasmin
Elle avait une taille à prendre dans la main
Une bouche à caresses et non pour le mensonge
L'œil d'un bleu de ciel qui se voile et qui songe
Chemise fine en batiste, corset droit tout brodé
Elle sentait la fortune, le monde chic et calé
III
Ce fut exquis, charmant, mais, dit-elle en partant
Ah ! j'ai perdu ma bourse, me voici sans argent
J'étais embarrassé, craignant lui faire injure
Je lui donnai cent francs pour prendre une voiture
Vous m'écrirez, dit-elle : initiales A. V. F.
V'nez dimanche à l'église, vous m' trouverez dans la nef
J'y suis allé cent fois, jamais je l'ai revue
Lorsqu'hier vers minuit, au tournant d'une rue
Je l'aperçus causant à des filles du trottoir
En leur disant : « crois-tu, je n'ai rien fait ce soir »
 

 

L'heure du bandit

I
Partout la nuit étend son voile
Rendant propices mes exploits
Au ciel, il n'est une étoile
Je règne en maître dans les bois
A moi bandit, par la nuit brune
La bourse du riche passant
Par mon poignard, vers la fortune
Oui, je m'achemine à l'instant
Refrain
A moi richesse
A moi l'amour
Reines et duchesses
A moi serez un jour
Tremblez, c'est l'heure
Il est minuit, minuit c'est l'heure
C'est l'heure du bandit
II
J'avais une amante fort belle
Que j'aimais comme un insensé
J'aurais donné mon sang pour elle
Ne vivant que pour son baiser
Un jour maudit, mon adorée
Me quitta pour un grand seigneur
Depuis, mon âme est ulcérée
Mais seul, je serai mon vengeur
III
Je brave la neige et la bise
Et même le plomb des soldats
Les obstacles, je les méprise
Et je ne crains rien là-bas
Sous mon manteau, ma carabine
Sait porter ma balle à bon port
Dans les sentiers, ma loi domine
Malheur au riche, à moi son or
IV
Qu'importe ici-bas la conscience
Qu'importe la voix du remords
La loi, c'est l'or, c'est la finance
Le droit n'appartient qu'au plus fort
J'aurai palais, chevaux, voitures
J'aurai des courtisans flatteurs
Mais grâce à l'amante parjure
Mon cœur n'aura plus de bonheur
 

 

Types de femmes

I
On fait bien des plaisanteries
Sur les femmes, mais l' sexe féminin
Comprend plusieurs catégories
Que j' décris en un tour de main
D'abord, dans le quartier Bréda
Entrons chez Mam'zelle Amanda
Un salon criard
Où tout est tocard
Puis ensuite la chambre
Un vieux canapé
D'anciens velours frappés
Vous respirez l'ambre
Une dame en peignoir
Vous prie d' vous asseoir
Ça vous asticote
Vous l'appelez mignon
Elle répond « l' pognon »
« Ça, c'est la cocotte »
II
Quand Paris gaîment s'illumine
En allumant ses feux le soir
Il est un type qui chemine
À petits pas sur l' trottoir
Avec mois, v'nez un instant
Au boulevard d' Ménilmontant
Des cheveux graisseux
Un jupon crasseux
Traînant la savate
Un affreux ruban
Qui jadis fut blanc
Lui sert de cravate
Plusieurs fois par jour
Elle offre son amour
D'une voix crapuleuse
Ça fera l' bonheur
D'un affreux souteneur
« Ça, c'est la rouleuse »