La Seyne-sur-Mer (Var) La Seyne-sur-Mer (Var)
Retour à la page d'accueil
du site
Marius AUTRAN
www.site-marius-autran.com
Retour à la page d'accueil des archives familiales
Archives familiales
La végétation de la forêt de Janas et du massif du Cap Sicié

Introduction.

C'est au cours de l'année scolaire de sixième (1954-1955) que j'ai été initié à la botanique. Il faut dire que c'était mon père, Marius Autran, qui enseignait alors (entre autres) les sciences naturelles aux classes de sixième moderne du collège Martini.

Je me souviens de la toute première sortie botanique, un samedi après-midi de mai 1955, sur les chemins de Donicarde et des Quatre-Moulins, où, avec ma classe de sixième, j'avais récolté mes premières plantes en fleur dont mon père nous avait donné les noms français et expliqué les propriétés. Ces plantes, mises à sécher, puis collées sur des demi-feuilles de papier à dessin, avaient constitué le début de mon premier herbier. Cet herbier rudimentaire, je l'avais ensuite complété avec des plantes trouvées dans notre propriété du quartier Bastian, puis au cours de nos vacances d'été (1955 : Ardèche ; 1956 : Marne et Vosges ; 1957 : Isère ; 1958 : Auvergne, etc.).

Mais, au cours de ces années, il n'y avait plus seulement la botanique, chaque année une discipline nouvelle se rajoutait, notamment la zoologie et l'entomologie en cinquième, et surtout la géologie en quatrième.

D'autre part, pour identifier les plantes, je ne disposais à l'époque que de la vieille flore noir et blanc de G. Bonnier et de G. de Layens, celle que mon père utilisait déjà à l'Ecole Normale d'Instituteurs de Draguignan en 1928. Ce qui n'était déjà pas mal car grâce à ce seul ouvrage, si on le possédait bien, on pouvait acquérir des bases solides sur la morphologie des plantes et sur le principe des clés de détermination.

En 1958, à 14 ans, j'entre à la Société des Sciences Naturelles de Toulon et du Var (SSNTV), je participe à quelques sorties quelques sorties au cours desquelles, même sur des thèmes d'archéologie ou de géologie, on rencontre toujours des plantes et l'on parle toujours plus ou moins de botanique. J'ai pu ainsi côtoyer le grand botaniste toulonnais que fut Léon Mercurin.

En 1962, j'acquiers une flore un peu plus professionnelle, dans laquelle les espèces françaises sont numérotées de 1 à 4217, celle de P. Fournier, parue en 1961.

En 1963, j'entre en classe d'Agro au Lycée Thiers à Marseille et, avec le professeur Jacques Tachoire, j'étudie les plantes de façon plus approfondie, morphologie, anatomie, physiologie, systématique, etc. et, en 1965, à l'écrit du concours de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm j'obtiens un 17/20 à l'épreuve de Sciences Naturelles et une très bonne note à l'oral à l'épreuve de détermination des plantes (bien qu'il s'était agi de plantes de la région parisienne que je n'avais encore jamais vues...). [Ces bonnes notes en Sciences Naturelles ne suffirent cependant pas à me faire réussir à l'Ecole Normale...].

A l'occasion de promenades, il m'arrive alors encore de récolter des plantes et de procéder à quelques adjonctions à mon vieil herbier. Mais j'en suis encore à coller mes plantes sur des demi-feuilles de papier à dessin, à utiliser les noms français, et tout mon herbier (environ 375 plantes, provenant en grande partie de la région méditerranéenne) tient encore (et mal classé) dans 7 boites à chaussures...

En 1972, alors que je travaille à Paris et que, depuis plusieurs années, je n'ai guère pris le temps de m'occuper de botanique, mon attention est attirée au cours de promenades par la flore des environs de Paris. Je réalise qu'un grand nombre d'espèces me sont inconnues et je me lance dans leur collecte et leur détermination. En juin 1973, lors de l'obtention de mon Doctorat ès-Sciences Naturelles, mes collègues de travail m'offrent en cadeau la célèbre Flore de l'Abbé Coste en 3 volumes. C'est alors un nouveau départ pour mon herbier. Mais il me faut passer à un mode de présentation et d'étiquetage davantage professionnels. A la célèbre maison Boubée je fais l'acquisition de tout le matériel nécessaire : planches, couvertures, cartons, étiquettes, loupe, boite à botanique, etc. Et je transfère les plantes de mon ancien herbier dans ces nouvelle planches, avec cette fois un étiquetage avec les noms latins fondé sur les flores de P. Fournier et de l'abbé Coste. Pendant les années qui suivent, mon herbier va croître très rapidement, passant de 400 à 1000 espèces entre 1971 et 1976.

En, 1974, je suis sollicité par l'Office Municipal de la Culture et des Arts de La Seyne pour publier dans la revue Etraves, un article sur la végétation de la presqu'île de Sicié. Ce que je fais, en me bornant en fait à résumer et simplifier un article du professeur René Molinier, paru en 1956 (1), et en y ajoutant quelques dénominations provençales des plantes de la région.

A partir de 1977, et pendant plus de vingt ans, résidant alors à cette époque à Montpellier, mon herbier va encore croître régulièrement avec des plantes des garrigues du Languedoc et des massifs montagneux environnants. D'environ 1000 espèces en 1977, mon herbier va dépasser les 1650 espèces en l'an 2000.

Simultanément, je me lance dans la macro photographie des fleurs, leur présentation en albums à thèmes (plantes méditerranéennes, plantes alpines, plantes des prés et des champs, etc.). Egalement, à partir de 1986, je commence à entrer les données de la flore française, plus spécialement celles de mon herbier, en informatique. Je retiens finalement le logiciel FileMaker Pro pour gérer (rechercher, classer, trier) les familles, les genres, les espèces ; les noms latins, français, vulgaires, provençaux ; les caractéristiques des plantes (taille, couleur des fleurs, habitat, altitude, stations, propriétés, etc.) ; leur photographie numérisée, etc.

En 1990, j'acquiers, dès sa parution, la réédition de la grande flore en couleur de Gaston Bonnier, ouvrage remarquable où pour la première fois sont présentées la totalité des espèces françaises, en couleur, vues en entier (et pas seulement une feuille, ou une inflorescence, ou un pétale, comme dans les flores noir et blanc précédemment citées).

Au cours de l'année 2001, grâce à un stage de botanique méditerranéenne à Montpellier encadré par d'excellents spécialistes, mon herbier fait un nouveau bond de 65 espèces supplémentaires. Ensuite, le nombre d'espèces de mon herbier ne va plus guère s'accroître que de quelques unités par an. Il atteint les 1760 espèces en 2009.

En juillet 2004, ayant pris ma retraite, je reviens m'installer dans la ville où j'ai grandi, La Seyne-sur-Mer, plus précisément au quartier Bastian, dans l'ancienne propriété de mon père où j'avais fait mes débuts en botanique, à deux pas de la forêt de Janas et du massif du Cap Sicié.

A partir de là,  Je ne vais plus guère courir après la découverte de nouvelles espèces dans des régions ou des climats éloignés, et je vais me concentrer sur la flore méditerranéenne, et surtout celle de la forêt de Janas et du massif du cap Sicié que je parcours en permanence, et notamment sur les associations végétales qui y ont été décrites.

En parcourant régulièrement le massif de Sicié et en admirant les beautés de sa végétation - on y trouve des plantes, des arbustes ou des arbres en floraison, quel que soit le mois de l'année - j'ai pensé qu'il pouvait être utile de mieux les faire connaître et j'ai donc entrepris de consacrer quelques nouvelles pages de mon site internet à la végétation de la forêt de Janas et du massif du cap Sicié. Pour cela, comme dans mon article paru dans Etraves en 1974, je me suis appuyé sur la publication de 1956 du professeur Roger Molinier pour ce qui est des relevés botaniques et des associations végétales, mais en y rajoutant, pour chaque plante citée, le nom français, le ou les noms vulgaires et provençaux (généralement d'après Lou Tresor dóu Felibrige, de Frédéric Mistral), le nom latin et surtout, chaque fois que possible, une photographie couleur prise personnellement dans le massif de Sicié (pour la plupart). Naturellement, certaines photos apparaissent en plusieurs endroits car un même végétal peut appartenir à (ou accompagner) plusieurs types d'associations. Certaines photos manquent encore et seront rajoutées par la suite. Quelques noms de plantes (écrits en bleu) ont aussi été rajoutés d'après mes propres relevés.

Mais, dans tout ceci, il est clair que je ne suis qu'un modeste amateur. Je reste sur mes bases d'adolescent et de lycéen. Je n'ai pas de certificat de botanique de l'Université. Je me limite aux espèces nommées et décrites dans les flores d'amateurs et je n'entre pas, en général, dans les sous-espèces. Et je n'ai pas suivi les remaniements de la nomenclature et de la dénomination espèces opérés ces dernières années par les spécialistes. Je n'ignore pas que bien des notions ont évolué depuis, comme cela ressort notamment des travaux, conférences et publications du professeur Marcel Barbero (2). Je sais que les Composées sont aujourd'hui les Astéracées, qu'on ne dit plus Lepidium mais Cardaria, que notre bon vieux Loroglosse est désormais un Barlia, etc. etc. Mais, dans l'esprit de mon site internet consacré à l'Histoire, je me suis volontairement appuyé sur une publication historique et j'ai conservé les dénominations de plantes communément utilisées au milieu des années 50, époque de mon initiation à la botanique. 

Jean-Claude Autran
Novembre 2009



LA VÉGÉTATION DE LA FORÊT DE JANAS ET

DE LA PRESQU'ILE DU CAP SICIÉ

(La trame du texte est empruntée — avec quelques simplifications et adaptations permettant une meilleure présentation sur internet — à la monographie du Professeur René Molinier, Bulletin du Muséum d'Histoire Naturelle de Marseille, Tome XVI, 1956, pp. 1-23).


LES CLIMAX

A) La brousse à Olivier-Lentisque (Oleo-Lentiscetum)
B) La chênaie de Chêne vert (Quercetum ilicis)

LES STADES DE SUBSTITUTION OU DE DÉGRADATION DU QUERCETUM ILICIS

A) La forêt de Chêne-liège (Quercetum ilicis suberetosum)
B) Les maquis et garrigues
1) Le maquis élevé à Erica arborea et Arbutus Unedo
2) Le maquis bas à Erica scoparia et Lavandula Stœchas
3) Le maquis à Calycotome spinosa
4) La Cistaie
5) La garrigue à Chêne Kermès
6) La garrigue à Romarin
7) Les bois de Pins
C) Les autres types de végétation
1) Les plantes des éboulis
2) Les prairies
3) Les associations hygrophiles
4) Les associations halophiles

CONCLUSIONS

 

La Provence siliceuse se termine, à l'Ouest, par l'îlot cristallin du Cap Sicié prolongé de part et d'autre, par les Iles des Embiers et la Presqu'île de Saint-Mandrier. La végétation de cet ensemble a été incluse dans une étude phytosociologique de la région toulonnaise due à P. Arènes (3) et une analyse phytosociologique a été consacrée par R. Molinier aux Iles des Embiez (4).

Ce massif, qui abrite à l’Ouest la rade du Brusc, à l'Est la rade de Toulon, comporte surtout des phyllades (Fig. 1) souvent lardées de lits de quartz qui déterminent des affleurements rocheux assez fréquents sans cependant aboutir à de vastes falaises. Lorsque les lits de quartz sont abondants et rapprochés ils protègent, en effet, les phyllades et l'érosion laisse ainsi des masses rocheuses en saillie sur lesquelles peut s’installer la flore rupestre. Ce fait mérite d’être signalé car, dans l'ensemble des Maures, rares sont les points rocheux de quelque importance permettant l'étude de la végétation des rochers.

La position du Massif de Sicié, en pointe isolée des Maures et entourée de massifs calcaires, permettait d'étudier les formes de transition entre la végétation de la Provence cristalline et celle de la Provence calcaire. Les études poursuivies depuis vingt ans dans les Maures par le professeur Molinier avaient bien laissé supposer l'existence de ces formes de transition que l'on peut observer, par exemple, dans la dépression permienne de Cuers, où l'on pouvait cependant les imputer à la nature particulière du substratum géologique, les grès permiens ; sur ce substratum — cristallin certes, mais différent des phyllades, des gneiss ou des micaschistes — ou pouvait trouver normales certaines formes de maquis pouvant représenter non des types réels de transition mais des groupements simplement particuliers aux grès permiens.

Ces grès se retrouvent dans le Massif de Sicié mais ils n'y forment pas une bordure aussi régulière et continue que dans les Maures et les phyllades sont souvent les dernières roches cristallines rencontrées avant le calcaire ou les alluvions de la dépression de Six-Fours.

Si donc la végétation de la Presqu'île du Cap Sicié présente des caractères particuliers, ce n'est plus aux conditions édaphiques qu’elles doivent être imputées et l’on ne peut alors penser qu'à des conditions climatiques particulières.

Fig. 1. Géologie et Climatologie. Courbes d'égales précipitations atmosphériques, moyennes annuelles en millimètres (d’après Benévent).

 

Or la végétation du Cap Sicié présente réellement de nombreux caractères de transition avec celle de la Provence occidentale. Et leur existence surprend le Phytosociologue qui, ayant étudié longuement la Provence cristalline et la Provence calcaire, s'attend à y retrouver intégralement la végétation des Maures et nullement celle de leur couverture sédimentaire. A priori on s'attend, en effet, à trouver les Chênaies de Chêne vert et de chêne-liège sous Pin maritime et leurs stades normaux de dégradation : maquis élevé à Erica arborea et Arbutus Unedo, maquis bas à Erica scoparia et Lavandula Stœchas, Cistaies, pelouses de l’Helianthemion guttati, tandis que l’Oleo-Lentiscetum séparerait les groupements précédents de la végétation halophile des Crithmo-Staticetalia.

L’examen de la carte phytosociologique ci-après (Fig. 2) montre que ces éléments se retrouvent effectivement mais on remarque tout de suite que le maquis à Erica arborea et Arbutus Unedo se localise dans les vallons et au bas des pentes Nord et qu’il est remplacé, sur de grandes surfaces, par un maquis à Calycotome spinosa. On remarque aussi que le maquis bas à Erica scoparia, très étendu encore dans la Presqu’île de Saint-Mandrier, est rare dans celle de Sicié et l'on est surpris de voir apparaître, dans cette dernière, des pelouses de l'Ordre des Thero-Brachypodietalia.

En dehors de ces caractères très apparents au seul examen d'ensemble de la carte, s’en ajoutent d'autres que révèle l'étude phytosociologique détaillée du massif et que j'indiquerai dans l'étude qui suit des associations que l'on y rencontre.

 

LES CLIMAX

 

La brousse à Olivier-Lentisque (Oleo-Lentiscetum). — Le Professeur René Molinier a montré dans diverses notes (5) (6) que, sur le littoral, immédiatement en arrière de la zone halophile, la brousse à Olivier — Myrte — Lentisque tendait à progresser et à former un liseré extrêmement étroit mais continu. Il s’agit d’un climax méridional en vois d’extension sur la côte méditerranéenne française du Sud-Est où son installation est consécutive à l’assèchement et sans doute au réchauffement post-glaciaire du climat en même temps qu’à la dégradation de la Chênaie d’Yeuse climacique.

La liste des plantes caractéristiques de cette brousse à Olivier Lentisque a été établie à partir de quatre relevés : 1) sur l'Ile du Grand-Rouveau (Embiez) ; 2) sur l'Ile de la Tour-Fondue (Embiez) ; 3) dans la Presqu’île de Saint-Mandrier ; 4) dans un vallon entre Six-Fours et la Forêt de Janas.

Caractéristiques de l’Oleo-Lentiscetum

Lentisque, ou Pistachier Lentisque
(Prov. Lentiscle)
Pistacia Lentiscus L.
Anacardiacées
Olivier sauvage, ou Olivastre
(Prov. Oulivastre, Petoulié)
Olea oleaster L.
Oléacées
Myrte commun
(Prov. Nerto, Erbo dóu Làgui)
Myrtus communis 
L.
Myrtacées
Genévrier de Phénicie, Morven, ou Lycien
(Prov. Cade dourmihous, Cade mourven, Cade sourbin)
Juniperus Phœnicea L.
Cupressacées


Caractéristiques des Quercetalia ilicis :

Salsepareille rude, Salsepareille d'Europe, ou Liseron épineux
(Prov. Esglariat, Esclariat, Aglariat)
Smilax aspera
L.
Liliacées
Phyllaria à feuilles étroites, Alavert, ou Aouret
(Prov. Aladèr mascle, Filaria)
Phillyrea angustifolia 
L.
Oléacées
Garance voyageuse
(Prov. Rùbi, Garanço, Lisari, Arraparello, Rais-restèu, Rapeguiéu, Reboulo, Sauno-lengo)
Rubia peregrina L.
Rubiacées
Asperge sauvage, ou Asperge à feuilles étroites
(Prov. Espargo-fèro, Roumaniéu-couniéu, Espargasso, Pèd-de-ròumi)
Asparagus acutifolius L.
Liliacées

Euphorbe Characias
(Prov. Éufòrbi, Lachusclo)
Euphorbia Characias L.
Euphorbiacées
Fragon ou Petit-Houx
(Prov. Verbouisset, Verd-bouisset, Verd-bouis)
Ruscus aculeatus L.
Liliacées
Chêne vert, ou Yeuse
(Prov. Éuse, Éusin, Éuve, Chaine verd)
Quercus ilex
L.
Fagacées
Chèvrefeuille entrelacé, ou Chèvrefeuille des Baléares
(Prov. Pandecousto, Pantacousto, Cabrifuei, Maire sèuvo)
Lonicera implexa
Aiton
Caprifoliacées

Compagnes :

Pin d'Alep, Pin blanc, ou Pin de Jérusalem
(Prov. Pin blanc, Pin de Cavaioun, Pin dóu Leberoun)
Pinus Halepensis Mill.
Abiétacées
Romarin officinal
(Prov. Roumaniéu)
Rosmarinus officinalis L.
Labiées
Calycotome épineux, ou Argelas
(Prov. argelas, argeiras, genèsto pounchudo)
Calycotome spinosa (L.) Link.
Légumineuses
Ciste de Montpellier
(Prov. Messugo negro)
Cistus Monspeliensis L.
Cistacées
Ciste à feuilles de Sauge
(Prov. Messugo trebo, Messugo tarébou)
Cistus salviæfolius L.
Cistacées
Arisarum vulgaire, Arum Arisarum, ou Gouet à capuchon
(Prov. Capouchoun, Calèu, Figueiroun)
Arisarum vulgare Targ.-Tozz
Aracées
Lavande Stœchas
(Prov. Queirelet, Keirelet)
Lavandula Stœchas L.
Labiées
Brachypode rameux
(Prov. bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées

En dehors du faciès à Juniperus phoenicea sans Myrte des Iles des Embiers ce groupement n’appelle pas de remarques particulières pour le Massif de Sicié, sinon que le relief de ce massif, avec des falaises abruptes face à la mer et un plan assez fortement incliné vers le Nord en même temps que découpé par l’érosion en vallons frais, n’offre guère de possibilités à une association particulièrement héliophile et thermophile. L’Oleo-Lentiscetum se localise donc sur les pentes exposées au Sud où le caractère très ébouleux des phyllades et la pente très vive ne paraissent pas faciliter son extension. Il n’y forme que des peuplements disséminés, avec de nombreux Pins d’Alep qui, s’installant facilement sur ce substratum, fixent très heureusement les pentes face à la mer.

La Chênaie de chêne vert (Quercetum ilicis). — Il ne fait pas de doute que le Quercetum ilicis constitue le climax pour la totalité du Cap Sicié. On le retrouve, floristiquement très complet, dans presque tous les vallons ; et [dans la carte de la Fig. 2 ci-dessus] on a fait figurer, sous la forme de Chênaie d’Yeuse dégradée, des zones de sous-bois clairsemé du fait de débroussaillements artificiels ou d’incendies mais qui sont peut-être moins des stades de dégradation que des stades initiaux annonçant le retour à la Chênaie d’Yeuse originelle lorsque l’Homme cesse d’intervenir.

On est frappé par la tendance du Chêne vert à former des haies en bordure de nombreux chemins qui, de la dépression de Six-Fours, s’avancent dans le massif ; et l’on sait que lorsqu’un type de végétation est réellement climacique il est difficile à l’Homme de l’éliminer complètement : il s’accroche désespérément et se maintient sur les rares points qui échappent à l’exploitation humaine, notamment sur les talus et dans les haies.

La Chênaie d’Yeuse ne se présente plus que sous la forme de taillis — parfois très hauts (10-12 m.) — mais sa composition floristique est identique à celle des Yeuseraies de Provence comme le montrent les relevés ci-dessous effectués dans la Forêt domaniale de Janas et à Talian, au Sud de Six-Fours :

Strate arborescente :

Chêne vert, ou Yeuse
(Prov. Éuse, Éusin, Éuve, Chaine verd)
Quercus ilex
L.
Fagacées
Chêne-liège, ou Surier
(Prov. Suve, Suvié, Suvrié)
Quercus suber
L.
Fagacées
Pin d'Alep, Pin blanc, ou Pin de Jérusalem
(Prov. Pin blanc, Pin de Cavaioun, Pin dóu Leberoun)
Pinus Halepensis Mill.
Abiétacées
Pin mésogéen, Pin maritime, Pin des Landes, ou Pin de Bordeaux
(Prov. Pin marin, Pin bastard ; parfois Pinsot ou Pinastre)
Pinus mesogeensis Fieschi et Gaussen, ou Pinus  maritima Lam.
Abiétacées

Strate arbustive :

Chêne vert, ou Yeuse
(Prov. Éuse, Éusin, Éuve, Chaine verd)
Quercus ilex
L.
Fagacées 
Bruyère arborescente
(Prov. Brugas mascle, Bruscas mascle, Brusc mascle)
Erica arborea 
L.
Éricacées

 Fragon piquant, ou Petit-Houx
(Prov. Verbouisset, Verd-bouisset, Verd-bouis)
Ruscus aculeatus L.
Liliacées
Viorne Tin, ou Laurier Tin
(Prov. Faveloun, Laurié-flouri, Pato-molo)
ViburnOruum tinus L.
Caprifoliacées
Arbousier Unedo, ou Arbre-aux-Fraises
(Prov. Arbous, Arboussié, Faus-Fraguié)
Arbutus Unedo L.
Éricacées
Phyllaria à feuilles étroites, Alavert, ou Aouret
(Prov. Aladèr mascle, Filaria)
Phillyrea angustifolia 
L.
Oléacées
Calycotome épineux, ou Argelas
(Prov. argelas, argeiras, genèsto pounchudo)
Calycotome spinosa (L.) Link.
Légumineuses
Chèvrefeuille entrelacé, ou Chèvrefeuille des Baléares
(Prov. Pandecousto, Pantacousto, Cabrifuei, Maire sèuvo)
Lonicera implexa
Aiton
Caprifoliacées
Salsepareille rude, Salsepareille d'Europe, ou Liseron épineux
(Prov. Esglariat, Esclariat, Aglariat)
Smilax aspera
L.
Liliacées
Garance voyageuse
(Prov. Rùbi, Garanço, Lisari, Arraparello, Rais-restèu, Rapeguiéu, Reboulo, Sauno-lengo)
Rubia peregrina L.
Asperge sauvage, ou Asperge à feuilles étroites
(Prov. Espargo-fèro, Roumaniéu-couniéu, Espargasso, Pèd-de-ròumi)
Asparagus acutifolius L.
Liliacées
Daphné Gnidium, Garou, ou Saint-Bois
(Prov. GarouCanto-Perdris, Herbo dóu cauteri)
Daphne gnidium L.
Thyméléacées
Clématite Flammette, ou Clématite odorante
(Prov. Redorto, Aubavit, Entre-vediéu, Jaussemin bastard, Rivouerto, Viradello)
Clematis Flammula L.
Renonculacées
Pistachier Lentisque, ou Lentisque
(Prov. Lentiscle)
Pistacia Lentiscus L.
Anacardiacées
Chêne Kermès, Chêne à Cochenille, ou Chêne nain
(Prov. Riganéu, Reganéu, Avaus, Avausse)
Quercus coccifera  L.
Fagacées
Lierre grimpant
(Prov. Èure, Èuro, Èuse)
Hedera helix L.
Araliacées
Ronce à feuilles d'Orme, ou Ronce arbrisseau
(Prov. Róumi, Roume, Arróumi)
Rubus ulmifolius
Rosacées
Philaria à feuilles moyennes, Filaire, Alavert, ou Aouret
(Prov. Filaria, Fielagno, Gros alader)
Phillyrea media L.
Oléacées
Lavande Stœchas
(Prov. Queirelet, Keirelet)
Lavandula Stœchas L.
Labiées
Chêne blanc, ou Chêne pubescent
(Prov. Chaine blanc, Roure, Rouve)
Quercus pubescens
Willd.
Fagacées

Poirier Faux-Amandier
(Prov. Perussié, Pirastre)
Pirus amygdaliformis
Villars
Rosacées
Rosier toujours vert, ou Églantier
(Prov. Grato-cuou, Sarro-cuou, Kinnaredoun)
Rosa sempervirens
L.
Rosacées
Spartier à tige de Jonc, ou Genêt d'Espagne
Spartium Junceum L.
Genêt d'Espagne
Légumineuses

Strate herbacée :

Thrincie tubéreuse
Thrincia tuberosa  
(L.) DC.
Composées
Dactyle aggloméré, ou Dactyle pelotonné
Dactylis glomerata L.
Graminacées
Asplénium Doradille-noire, ou Capillaire noire
Asplenium Adianthum nigrum
L.
Polypodiacées
Flouve odorante
(Prov. Erbo pradenco, Erbo de prat, bauco)
Anthoxanthum odoratum
L.
Graminacées
Brachypode rameux
(Prov. bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées
Pulicaire odorante
Pulicaria odora
(L.) Rchb.
Composées
Céphalaire à fleurs blanches, ou Scabieuse à fleurs blanches
Cephalaria alba
(L.) Schrader
Dipsacacées

[Photos restant à rajouter : Carex distachya, Stipa aristella]

LES STADES DE SUBSTITUTION

OU DE DÉGRADATION DU QUERCETUM ILICIS

La Forêt de Chêne-liège (Quercetum ilicis suberetosum). — Le relevé effectué dans la Forêt domaniale de Janas, placé à côté de celui de Talian, au Sud de Six-Fours, permet une comparaison facile entre Suveraie et Yeuseraie. On se rend compte aisément ainsi que la substitution du Chêne-liège au Chêne vert dans la strate arborescente ne modifie pas la composition floristique globale et que l’on voit seulement apparaître des modifications quantitatives pour certaines espèces ; elles s’expliquent par le fait que le Chêne-liège n’assure qu’une couverture plus faible des strates sous-jacentes que le Chêne vert. La Suveraie n’est donc bien qu’une sous-association de la Chênaie d’Yeuse. On remarquera d’ailleurs que le Chêne vert est déjà abondant dans la strate arbustive, sous les Chênes-liège, et l’on doit voir dans ce fait une indication intéressante : le Chêne vert, dans des conditions naturelles, a l’avantage sur le Chêne-liège et doit ainsi le supplanter.

La Suveraie est très probablement une création de l’Homme dans l’ensemble de la Provence cristalline (7). Si l’Homme n’a peut-être pas introduit le Chêne-liège, il en a assuré l’extension pour ses besoins et il est probable que la Suveraie a connu une plus grande extension lorsque le liège était plus recherché que de nos jours pour des usages qui semblent aujourd’hui se restreindre.

La répartition des Suveraies dans le massif de Sicié suggère en effet l’idée de leur plus grande extension autrefois. De nombreux îlots subsistent un peu partout dans le maquis avec lequel la limite, difficile à tracer, est souvent très approximative.

La Suveraie forme cependant une bordure plus importante au Massif dans ses parties basses, les plus rapprochées des agglomérations du Brusc, de Six-Fours et de La Seyne, ce qui donne bien l’impression d’une localisation en rapport avec une exploitation en régression, d’une Suveraie qui devrait recouvrir autrefois la presque totalité du Massif et qui, moins exploitée, par cela même plus exposée au feu, a diminué d’importance parallèlement aux besoins en liège. Abandonnée sur les hauteurs, elle n’est plus exploitée que sur les points les plus facilement accessibles, c’est-à-dire au bas des pentes et à proximité des agglomérations.


Les maquis et garrigues — Si le climax ne comporte aucune différence avec celui des Maures ou même de la Provence calcaire, il n’en est pas de même des divers types de maquis issus de sa dégradation.

Le maquis élevé à Erica arborea et Arbutus Unedo. — Le type normal de ce maquis est rare dans le Massif de Sicié. Mais on l’observe bien, à l’exposition Nord, sur la Presqu’île de Saint-Mandrier :

Pin d'Alep, Pin blanc, ou Pin de Jérusalem
(Prov. Pin blanc, Pin de Cavaioun, Pin dóu Leberoun)
Pinus Halepensis Mill.
Abiétacées
Arbousier Unedo, ou Arbre-aux-Fraises
(Prov. Arbous, Arboussié, Faus-Fraguié)
Arbutus Unedo L.
Éricacées
Bruyère arborescente
(Prov. Brugas mascle, Bruscas mascle, Brusc mascle)
Erica arborea 
L.
Éricacées
Bruyère à balais
(Prov. Brugas femèu, Brusc femèu, Brusc d'escoubo)
Erica scoparia L.
Éricacées
Calycotome épineux, ou Argelas
(Prov. argelas, argeiras, genèsto pounchudo)
Calycotome spinosa (L.) Link.
Légumineuses
Romarin officinal
(Prov. Roumaniéu)
Rosmarinus officinalis L.
Labiées
Brachypode rameux
(Prov. bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées
Ciste à feuilles de Sauge
(Prov. Messugo trebo, Messugo tarébou)
Cistus salviæfolius L.
Cistacées
Ciste de Montpellier
(Prov. Messugo negro)
Cistus Monspeliensis L.
Cistacées
Lavande Stœchas
(Prov. Queirelet, Keirelet)
Lavandula Stœchas L.
Labiées
Phyllaria à feuilles étroites, Alavert, ou Aouret
(Prov. Aladèr mascle, Filaria)
Phillyrea angustifolia 
L.
Oléacées
Chêne-liège, ou Surier
(Prov. Suve, Suvié, Suvrié)
Quercus suber
L.
Fagacées
Genévrier Oxycèdre, Faux-Genévrier, ou Cade
(Prov. Cade, Cade picant)
Juniperus Oxycedrus L.
Cupressacées
Salsepareille rude, Salsepareille d'Europe, ou Liseron épineux
(Prov. Esglariat, Esclariat, Aglariat)
Smilax aspera
L.
Liliacées
Chèvrefeuille entrelacé, ou Chèvrefeuille des Baléares
(Prov. Pandecousto, Pantacousto, Cabrifuei, Maire sèuvo)
Lonicera implexa
Aiton
Caprifoliacées
Dorycnium sous-ligneux, Dorycnium à 5 folioles, ou Badasse
(Prov. Pèd-d'aucèu, Blanqueto-de-prat, Badasso, Tamous)
Dorycnium suffruticosum Villars
Légumineuses
Asperge sauvage, ou Asperge à feuilles étroites
(Prov. Espargo-fèro, Roumaniéu-couniéu, Espargasso, Pèd-de-roumi)
Asparagus acutifolius L.
Liliacées
Daphné Gnidium, Garou, ou Saint-Bois
(Prov. GarouCanto-Perdris, Herbo dóu cauteri)
Daphne gnidium L.
Thyméléacées

[Photos restant à rajouter : Orchis picta, Brachypodium phoenicoides et Carex glauca]

Encore remarquera-t-on la présence des trois caractéristiques de l’Ericeto-Lavanduletum stoechidis en voie d’installation [Ce sont : Erica scoparia, Lavandula Stœchas et Orchis picta]. Le maquis élevé à Erica arborea et Arbutus Unedo est en effet  moins général que dans les Maures et l’Estérel et manifeste une nette tendance à se localise sur le bas des versants Nord et dans les fonds de vallons où il ne peut rechercher qu’une température plus fraîche et surtout une plus grande humidité.

Cette localisation, déjà sensible dans le Massif de Sicié proprement dit, s’accentue plus au Nord sur les petites collines cristallines des Playes (Tante Victoire) et du Fort de Six-Fours. On la retrouve, encore plus nette, dans la dépression du Beausset tout au long des vallons d’érosion qui dévalent des hauteurs de Cuges et du Camp vers la mer.

Il semble bien que ce groupement végétal subisse ici l’influence d’un climat devenu plus sec et peut-être trop froid l’hiver, aux abords de la Provence calcaire.

D’ailleurs la composition floristique de ce maquis est déjà sensiblement différente : on est surpris par la faible abondance — parfois même la rareté — de l’Arbousier, espèce généralement co-dominante avec la Bruyère arborescente en Provence cristalline.

L’Arbousier ne forme plus de massifs continus, denses, à l’Ouest de Toulon. Il est dissémine, et de plus en plus, à mesure que l’on s’éloigne des Maures dans cette direction. On a l’impression qu’il est à son optimum sur le cristallin ; mais il n’est pas lié à ce type de substratum ; la limite occidentale de son aire en Basse-Provence n’est pas atteinte brusquement mais progressivement : il diminue d’importance sur le cristallin même de Sicié et cette régression continue sur les calcaires des collines du cadre montagneux de Marseille où il se retrouve assez abondant que sur les grès siliceux entre la Ciotat et le Beausset ou sur le versant Nord des Monts Olympe et Aurélien. Sa limite occidentale coïncide à peu près, dans les Bouches-du-Rhône, avec l’isohyète de 600 mm de précipitations annuelles, ce qui paraît indiquer qu’une certaine humidité climatique est une condition de son développement (8).

L’aire de l’Erica arborea présente le même caractère que celle de l’Arbousier ; mais cette bruyère est encore très abondante dans le Massif de Sicié ; plus à l’Ouest elle ne forme que rarement des peuplements denses et disparaît au-delà de Marseille et d’Aix.

Déjà, dans ce maquis, le Calycotome épineux prend de l’importance et s’apprête à former un maquis très particulier décrit un peu plus loin.

Le maquis bas à Erica scoparia et Lavandula Stœchas — Ce type de maquis est encore bien développé sur la presqu’île de Saint-Mandrier où il comporte, à côté d’Erica scoparia et Lavandula Stœchas dominants, une autre Éricacée, Calluna vulgaris, qui évoque régulièrement, en Provence cristalline, des lieux relativement humides. Or, d’une part, ce type de maquis est rare dans la presqu’île de Sicié et, d’autre part, on n'y a pas observé la Callune qui doit y être peu commune si elle s’y trouve.

On voit souvent, cependant, un maquis bas où Erica scoparia et Lavandula Stœchas abondent, mais alors le Calycotome devient également abondant et c’est l’ébauche du maquis à Calycotome annoncé ci-dessus qui paraît bien marquer lui aussi un caractère de transition entre la végétation de la Provence cristalline et celle de la Provence calcaire.

D'après deux relevés effectués, l'un en Forêt de Janas, près de la Maison forestière, l'autre dans la Presqu’île de Saint-Mandrier, le maquis bas à Erica scoparia et Lavandula Stœchas (Ericeto-Lavanduletum stoechidis Br.-Bl. 1931) présente la composition floristique suivante :

Caractéristiques de l’association :

Bruyère à balais
(Prov. Brugas femèu, Brusc femèu, Brusc d'escoubo, Brousso, Brouisso)
Erica scoparia L.
Éricacées
Lavande Stœchas
(Prov. Queirelet, Keirelet)
Lavandula Stœchas L.
Labiées

[Photo restant à rajouter : Orchis picta]

Caractéristiques des Lavandutelia stoechidis :

Ciste à feuilles de Sauge
(Prov. Messugo trebo, Messugo tarébou)
Cistus salviæfolius L.
Cistacées
Calycotome épineux, ou Argelas
(Prov. argelas, argeiras, genèsto pounchudo)
Calycotome spinosa (L.) Link.
Légumineuses

[photo restant à rajouter : Calluna vulgaris]

Vestiges des stades antérieurs (maquis à Erica arborea et Arbutus et chênaie d’Yeuse) :

Phyllaria à feuilles étroites, Alavert, ou Aouret
(Prov. Aladèr mascle, Filaria)
Phillyrea angustifolia 
L.
Oléacées
Dorycnium sous-ligneux, ou Badasse
(Prov. Blanqueto, Badasso)
Dorycnium suffruticosum Villars
Légumineuses
Bruyère arborescente
(Prov. Brugas mascle, Bruscas mascle, Brusc mascle)
Erica arborea 
L.
Éricacées
Arbousier Unedo, ou Arbre-aux-Fraises
(Prov. Arbous, Arboussié, Faus-Fraguié)
Arbutus Unedo L.
Éricacées
Chêne-liège, ou Surier
(Prov. Suve, Suvié, Suvrié)
Quercus suber
L.
Fagacées
Ciste cotonneux
(Prov. Messugo blanco, Estènde-pedans, Badafo)
Cistus albidus L.
Cistacées
Chèvrefeuille entrelacé, ou Chèvrefeuille des Baléares
(Prov. Pandecousto, Pantacousto, Cabrifuei, Maire sèuvo)
Lonicera implexa
Aiton
Caprifoliacées
Pistachier Lentisque, ou Lentisque
(Prov. Lentiscle)
Pistacia Lentiscus L.
Anacardiacées
Asperge sauvage, ou Asperge à feuilles étroites
(Prov. Espargo-fèro, Roumaniéu-couniéu, Espargasso, Pèd-de-ròumi)
Asparagus acutifolius L.
Liliacées
Daphné Gnidium, Garou, ou Saint-Bois
(Prov. GarouCanto-Perdris, Herbo dóu cauteri)
Daphne gnidium L.
Thyméléacées
Myrte commun
(Prov. Nerto)
Myrtus communis 
L.
Myrtacées

Compagnes diverses :

Pin mésogéen, Pin maritime, Pin des Landes, ou Pin de Bordeaux
(Prov. Pin marin)
Pinus mesogeensis Fieschi et Gaussen, ou Pinus  maritima Lam.
Abiétacées
Pin d'Alep, Pin blanc, ou Pin de Jérusalem
(Prov. Pin blanc, Pin de Cavaioun, Pin dóu Leberoun)
Pinus Halepensis Mill.
Abiétacées
Romarin officinal
(Prov. Roumaniéu)
Rosmarinus officinalis L.
Labiées
Ciste de Montpellier
(Prov. Messugo negro)
Cistus Monspeliensis L.
Cistacées
Fumana à feuilles de Thym
Fumana thymifolia
(L.) Verlot
Cistacées
Odontites jaune
Odontites lutea
(L.) Rchb.
Scrofulariacées
Flouve odorante
(Prov. Erbo pradenco, Erbo de prat, bauco)
Anthoxanthum odoratum
L.
Graminacées
Thrincie tubéreuse
Thrincia tuberosa
(L.) DC.
Composées

 

Le maquis à Calycotome spinosa. — Dans les Maures on observe bien — surtout sur des points secs et chauds — des peuplements denses de Calycotome spinosa qui apparaissent, de toute évidence, comme des stades très avancés de la dégradation et proches des Cistaies à ce point de vue. Mais on n'a pas observé une aussi grande extension de ce type de maquis dans la Presqu’île de Sicié.

Lorsque le feu n’est pas passé depuis quelques années, il forme des peuplements denses, plus impénétrables que le maquis normal à Erica arborea et Arbutus Unedo. C’est le groupement végétal qui couvre la plus grande partie du massif où il ne laisse aux groupements ci-dessus étudiés que les fonds de vallons et le bas des pentes Nord.

Or ce type de maquis se retrouve, plus au Nord, sur les derniers affleurements cristallins : les phyllades des collines des Playes et du Fort de Six-Fours. Le Calycotome, comme l’Arbousier et la Bruyère arborescente, s’efface progressivement lorsque l’on gagne vers l’Ouest. On le retrouve sur la bordure calcaire du bassin du Beausset et jusqu’à une ligne joignant Cassis à la Bédoule, qu’il gagne en se raréfiant avant de disparaître.

Voici donc quatre espèces très représentatives de la végétation de la Provence cristalline dont les aires régionales présentent les mêmes caractères : diminution de densité et de fréquence, disparition progressive lorsqu’on passe du cristallin aux calcaires provençaux. Erica arborea, Arbutus Unedo, Erica scoparia et Calluna vulgaris ne se localisent pas de manière absolue sur les sols siliceux — les deux dernières surtout — mais y trouvent leur optimum dans l’Estérel et les Maures. Elles ne le trouvent déjà plus sur le cristallin de Sicié, et leur passage du cristallin au calcaire montre que les caractères très particuliers de la végétation qui font du Cap Sicié une zone de transition, répondent moins à des causes édaphiques qu’à des raisons climatiques, ces dernières marquant nettement elles-mêmes une transition entre le climat relativement froid et sec de la Provence calcaire et celui, plus chaud et plus humide, de la Provence cristalline.

Le maquis à Calycotome spinosa doit être considéré comme une sous-association de l’Ericeto-Lavanduletum stoechidis. Sa composition a été établie à partir de 3 relevés : 1) Sur les pentes Nord de la batterie de Peyras ; 2) Sur les pentes Sud du Peyras ; 3) À La Lèque, près du Brusc, en exposition Sud.

Différentielle de la sous-association :

Calycotome épineux, ou Argelas
(Prov. argelas, argeiras, genèsto pounchudo)
Calycotome spinosa (L.) Link.
Légumineuses

Caractéristiques des Cisto-Lavanduletea :

Lavande Stœchas
(Prov. Queirelet, Keirelet)
Lavandula Stœchas L.
Labiées
Bruyère à balais
(Prov. Brugas femèu, Brusc femèu, Brusc d'escoubo)
Erica scoparia L.
Éricacées
Lin à feuilles étroites
Linum angustifolium
L.
Linées
Lin de France
Linum Gallicum
L.
Linées
Filago de France, ou Cotonnière
(Prov. Erbo à coutoun, Coutounado, Erbo di Tarnagas, Erbo-griso)
Filago Gallica
, ou Logfia Gallica L.
Composées
Grande Brize, Amourette, ou Amourette tremblante
(Prov. Erbo à cimboul, Erbo d'amour, Erbo tremblanto, Pan de passeroun)
Briza maxima L.
Graminacées


Vestiges des Quercetalia ilicis :

Lentisque, ou Pistachier Lentisque
(Prov. Lentiscle)
Pistacia Lentiscus L.
Anacardiacées
Salsepareille rude, Salsepareille d'Europe, ou Liseron épineux
(Prov. Esglariat, Esclariat, Aglariat)
Smilax aspera
L.
Liliacées
Nerprun Alaterne, Alaterne, ou Bourgue-Épine
(Prov. Alader, Daladèr, Daradèu, Taradèu)
Rhamnus Alaternus L.
Rhamnacées
Phyllaria à feuilles étroites, Alavert, ou Aouret
(Prov. Aladèr mascle, Filaria)
Phillyrea angustifolia 
L.
Oléacées
Chêne vert, ou Yeuse
(Prov. Éuse, Éusin, Éuve, Chaine verd)
Quercus ilex
L.
Fagacées
Ciste cotonneux
(Prov. Messugo blanco, Estènde-pedans, Badafo)
Cistus albidus L.
Cistacées
Asperge sauvage, ou Asperge à feuilles étroites
(Prov. Espargo-fèro, Roumaniéu-couniéu, Espargasso, Pèd-de-ròumi)
Asparagus acutifolius L.
Liliacées
Chèvrefeuille entrelacé, ou Chèvrefeuille des Baléares
(Prov. Pandecousto, Pantacousto, Cabrifuei, Maire sèuvo)
Lonicera implexa
Aiton
Caprifoliacées
Bruyère arborescente
(Prov. Brugas mascle, Bruscas mascle, Brusc mascle)
Erica arborea 
L.
Éricacées
Euphorbe Characias
(Prov. Éufòrbi, Lachusclo)
Euphorbia Characias L.
Euphorbiacées
Daphné Gnidium, Garou, ou Saint-Bois
(Prov. GarouCanto-Perdris, Herbo dóu cauteri)
Daphne gnidium L.
Thyméléacées
Chêne-liège, ou Surier
(Prov. Suve, Suvié, Suvrié)
Quercus suber
L.
Fagacées
Clématite Flammette, Clématite odorante
(Prov. Redorto, Aubavit, Entre-vediéu, Jaussemin bastard, Rivouerto, Viradello)
Clematis Flammula L.
Renonculacées
Fragon piquant ou Petit-Houx
(Prov. Verbouisset, Verd-bouisset, Verd-bouis)
Ruscus aculeatus L.
Liliacées

[Photo à rajouter : Carex distachya]

Compagnes principales :

Brachypode rameux
(Prov. bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées
Arisarum vulgaire, Arum Arisarum, ou Gouet à capuchon
(Prov. Capouchoun, Calèu, Figueiroun)
Arisarum vulgare Targ.-Tozz
Aracées
Ciste de Montpellier
(Prov. Messugo negro)
Cistus Monspeliensis L.
Cistacées
Fenouil poivré
(Prov. Fenoui)
Foeniculum piperitum Ucria.
Ombellifères
Pin d'Alep, Pin blanc, ou Pin de Jérusalem
(Prov. Pin blanc, Pin de Cavaioun, Pin dóu Leberoun)
Pinus Halepensis Mill.
Abiétacées
Pulicaire odorante
Pulicaria odora (L.) Rchb.
Composées
Sélaginelle denticulée
Selaginella denticulata
(L.) Link.
Sélaginellacées
Aster à feuilles de Sédum
Aster sedifolius
Composées

[Photos à rajouter : Carex distachya, Crepis bulbosa, Rubus discolor]

La Cistaie. — L’abondance des Cistes est un autre caractère frappant de la végétation du Cap Sicié ; elle y évoque l’idée d’une profonde dégradation de la végétation. Cependant la carte [Fig. 2] ne figure que rarement la Cistaie que seule une analyse plus poussée et à plus grande échelle de la végétation permettrait de délimiter. Le Calycotome y joue toujours un rôle si important et les transitions vers ce que nous avons décrit ci-dessus comme maquis à Calycotome sont tellement insensibles qu’il est pratiquement impossible, à l’échelle 1/20 000e des levés — 1/10 000e de la carte ci-incluse — de séparer ces deux formes de maquis. Le relevé ci-dessous, réalisé dans la Forêt de Janas, au fond du vallon principal, montre les rapports étroits de la Cistaie et du maquis à Erica scoparia et son évolution possible vers le maquis élevé à Erica arborea et Arbutus Unedo. Tous deux sont faits  :

Caractéristiques de l’Ericeto-Lavanduletum stoechidis :

Lavande Stœchas
(Prov. Queirelet, Keirelet)
Lavandula Stœchas L.
Labiées 
Calycotome épineux, ou Argelas
(Prov. argelas, argeiras, genèsto pounchudo)
Calycotome spinosa (L.) Link.
Légumineuses
Ciste à feuilles de Sauge
(Prov. Messugo trebo, Messugo tarébou)
Cistus salviæfolius L.
Cistacées

Caractéristiques des Cisto-Lavanduletalia :

Grande Brize, Amourette, ou Amourette tremblante
(Prov. Erbo à cimboul, Erbo d'amour, Erbo tremblanto, Pan de passeroun)
Briza maxima L.
Graminacées
Filago de France, ou Cotonnière
(Prov. Erbo à coutoun, Coutounado, Erbo di Tarnagas, Erbo-griso)
Filago Gallica
, ou Logfia Gallica L.
Composées
Arisarum vulgaire, Arum Arisarum, ou Gouet à capuchon
(Prov. Capouchoun, Calèu, Figueiroun)
Arisarum vulgare Targ.-Tozz
Aracées
Trépane barbue, ou Œil-du-Christ
Tolpis barbata
(L.) Gaertn.
Composées
Centaurium maritimum Gastridium lendigerum

Vestiges (ou pionniers) du Quercetum ilicis :

Garance voyageuse
(Prov. Rùbi, Garanço, Lisari, Arraparello, Rais-restèu, Rapeguiéu, Reboulo, Sauno-lengo)
Rubia peregrina L.
Rubiacées
Asperge sauvage, ou Asperge à feuilles étroites
(Prov. Espargo-fèro, Roumaniéu-couniéu, Espargasso, Pèd-de-ròumi)
Asparagus acutifolius L.
Liliacées
Chêne vert, ou Yeuse
(Prov. Éuse, Éusin, Éuve, Chaine verd)
Quercus ilex
L.
Fagacées
Lentisque, ou Pistachier Lentisque
(Prov. Lentiscle)
Pistacia Lentiscus L.
Anacardiacées
Bruyère arborescente
(Prov. Brugas mascle, Bruscas mascle, Brusc mascle)
Erica arborea 
L.
Éricacées
Ciste cotonneux
(Prov. Messugo blanco, Estènde-pedans, Badafo)
Cistus albidus L.
Cistacées
Daphné Gnidium, Garou, ou Saint-Bois
(Prov. GarouCanto-Perdris, Herbo dóu cauteri)
Daphne gnidium L.
Thyméléacées
Phyllaria à feuilles étroites, Alavert, ou Aouret
(Prov. Aladèr mascle, Filaria)
Phillyrea angustifolia 
L.
Oléacées
Chèvrefeuille entrelacé, ou Chèvrefeuille des Baléares
(Prov. Pandecousto, Pantacousto, Cabrifuei, Maire sèuvo)
Lonicera implexa
Aiton
Caprifoliacées
Salsepareille rude, Salsepareille d'Europe, ou Liseron épineux
(Prov. Esglariat, Esclariat, Aglariat)
Smilax aspera
L.
Liliacées

Compagnes :

Ciste de Montpellier
(Prov. Messugo negro)
Cistus Monspeliensis L.
Cistacées
Brachypode rameux
(Provglau. bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées
Romarin officinal
(Prov. Roumaniéu)
Rosmarinus officinalis L.
Labiées
Pulicaire odorante
Pulicaria odora
Composées
Bonjeanie hérissée, ou Pied-de-Coq
Bonjeania hirsuta
(L.) Rchb.
Légumineuses
Pin d'Alep, Pin blanc, ou Pin de Jérusalem
(Prov. Pin blanc, Pin de Cavaioun, Pin dóu Leberoun)
Pinus Halepensis Mill.
Abiétacées

Certaines Cistaies comportent les trois Cistes : Cistus salviæfolius, Cistus Monspeliensis, Cistus albidus ; d'autres, deux seulement, et lorsque Cistus albidus est absent, cela indique que l'on tend vers le maquis à Calycotome ou à Erica arborea. D’ailleurs les Cistes sont toujours abondants dans le maquis de Sicié et d’autant plus qu’il est plus bas et plus clairsemé.

L’abondance de Cistus Monspeliensis s’observe surtout dans les régions cristallines, mais on le voit également former de grands peuplements en région calcaire où il paraît cependant se localiser plus étroitement sur des sols anciennement cultivés et fréquemment parcourus par l’incendie.

Cistus salviæfolius est assez fréquent sur les terrains cristallins et, sur les sols calcaires de la Provence, il recherche les sables dolomitiques et les grès siliceux.

Cistus albidus est beaucoup plus localisé que les précédents sur les calcaires et on ne l’observe que rarement en Provence cristalline. Or il se mêle fréquemment aux espèces du maquis dans la Presqu’île de Sicié, par exemple autour du Peyras et sur les pentes Sud du Mai. Ce ciste est considéré comme caractéristique de la garrigue à Chêne Kermès (Cocciferetum) si représentative des affleurements calcaires en Provence calcaire occidentale et en Languedoc.

 

La garrigue à Chêne Kermès — Il semble donc que certaines espèces de la Provence cristalline disparaissent progressivement en pénétrant en Provence calcaire, des espèces de la Provence calcaire pénètrent, suivant un mouvement en direction inverse, en Provence cristalline avant de disparaître vers l’Est ; Quercus coccifera compte parmi ces dernières. Il dépasse largement la Provence cristalline vers l’Est ; mais il est peu fréquent dans les Maures et l’Estérel où il se comporte comme une espèce calcicole qui, de ce fait, éviterait le cristallin de Provence.

Or le Chêne kermès n’est point rare sur le massif cristallin de Sicié : il y forme même quelques îlots — d’importance trop réduite pour être figurés sur la carte ci-dessus [Fig. 2] — notamment dans les environs du Brusc et sur les collines de Six-Fours et des Playes. Le relevé ci-dessous provient des phyllades de Six-Fours ; il monte encore le caractère de transition de la végétation de la Provence calcaire vers celle de la Provence cristalline.

Caractéristiques du Cocciferetum :

Chêne Kermès, Chêne à Cochenille, ou Chêne nain
(Prov. Riganéu, Reganéu, Avaus, Avausse)
Quercus coccifera  L.
Fagacées
Ciste cotonneux
(Prov. Messugo blanco, Estènde-pedans, Badafo)
Cistus albidus L.
Cistacées
Germandrée Petit-Chêne ou Petit-Chêne
(Prov. Pichot chaine, Pichot-rouve)
Teucrium chamaedrys L.
Labiées
Euphorbe Characias
(Prov. Éufòrbi, Lachusclo)
Euphorbia Characias L.
Euphorbiacées

Espèces de la Provence cristalline :

Calycotome épineux, ou Argelas
(Prov. argelas, argeiras, genèsto pounchudo)
Calycotome spinosa (L.) Link.
Légumineuses
Lavande Stœchas
(Prov. Queirelet, Keirelet)
Lavandula Stœchas L.
Labiées
Bruyère arborescente
(Prov. Brugas mascle, Bruscas mascle, Brusc mascle)
Erica arborea 
L.
Éricacées
Chêne-liège, ou Surier
(Prov. Suve, Suvié, Suvrié)
Quercus suber
L.
Fagacées
Flouve odorante
(Prov. Erbo pradenco, Erbo de prat, bauco)
Anthoxanthum odoratum
L.
Graminacées
Filago de France, ou Cotonnière
(Prov. Erbo à coutoun, Coutounado, Erbo di Tarnagas, Erbo-griso)
Filago Gallica
L., ou Logfia Gallica L.
Composées
Grande Brize, Amourette, ou Amourette tremblante
(Prov. Erbo à cimboul, Erbo d'amour, Erbo tremblanto, Pan de passeroun)
Briza maxima L.
Graminacées

Caractéristiques du Quercetalia ilicis :

Chèvrefeuille entrelacé, ou Chèvrefeuille des Baléares
(Prov. Pandecousto, Pantacousto, Cabrifuei, Maire sèuvo)
Lonicera implexa
Aiton
Caprifoliacées
Lentisque, ou Pistachier Lentisque
(Prov. Lentiscle)
Pistacia Lentiscus L.
Anacardiacées
Phyllaria à feuilles étroites, Alavert, ou Aouret
(Prov. Aladèr mascle, Filaria)
Phillyrea angustifolia 
L.
Oléacées

Compagnes :

Pin d'Alep, Pin blanc, ou Pin de Jérusalem
(Prov. Pin blanc, Pin de Cavaioun, Pin dóu Leberoun)
Pinus Halepensis Mill.
Abiétacées
Ciste de Montpellier
(Prov. Messugo negro)
Cistus Monspeliensis L.
Cistacées
Ciste à feuilles de Sauge
(Prov. Messugo trebo, Messugo tarébou)
Cistus salviæfolius L.
Cistacées
Chêne blanc, ou Chêne pubescent
(Prov. Chaine blanc, Roure, Rouve)
Quercus pubescens
Willd.
Fagacées
Pin pignon, ou Pin parasol
(Prov. Pin pignoun, Pin pignié)
Pinus Pinea L.
Abiétacées
Brachypode rameux
(Prov. bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées
Thrincia tuberosa Pulicaria odora

[Photo à rajouter : Stipa aristella]

La garrigue à Romarin — On sait que la garrigue à Romarin est, comme la garrigue à Chêne kermès, très représentative de la Provence calcaire où elle occupe des sols meubles et profonds : sols recouvrant les affleurements marneux, anciennes cultures, sols sablonneux issus notamment de la décomposition des mollasses du tertiaire.

Les phyllades quartzeuses donnent parfois, par décomposition, des arènes qui justifient la présence des Rosmarinetalia qui se localisent cependant de préférence sur des versants secs et chauds, parfois aussi dans les fentes de rochers bien exposés. Mais l’ordre des Rosmarinetalia est vraiment très rarement représenté sur les sols cristallins : sa présence est d’autant plus remarquable dans la Presqu’île de Sicié, par exemple au Nord de N.-D. du Mai d’où provient le relevé suivant (100 m2 ; couverture 60 % ; exposition Sud ; pente 10 %) :

Caractéristiques des Rosmarinetalia :

Globulaire Alypum, Globulaire turbith, Séné de Provence
(Prov. Bè-de-passeroun, Erbo-terriblo, Erbo dóu bon pastour, Toundut)
Globularia Alypum L.
Globulariacées
Fumana à feuilles de Thym
Fumana thymifolia
(L.) Verlot
Cistacées
Pin d'Alep, Pin blanc, ou Pin de Jérusalem
(Prov. Pin blanc, Pin de Cavaioun, Pin dóu Leberoun)
Pinus Halepensis Mill.
Abiétacées
Romarin officinal
(Prov. Roumaniéu)
Rosmarinus officinalis L.
Labiées

Compagnes :

Genévrier Oxycèdre, Faux-Genévrier, ou Cade
(Prov. Cade, Cade picant)
Juniperus Oxycedrus L.
Cupressacées
Phyllaria à feuilles étroites, Alavert, ou Aouret
(Prov. Aladèr mascle, Filaria)
Phillyrea angustifolia 
L.
Oléacées
Odontitès jaune
Odontites lutea (L.) Rchb.
Scrofulariacées
Argyrolobe de Linné
Argyrolobius Linnaenum Walp
Légumineuses
Séneçon livide
(Prov. Seniçoun, Erbo-di Cardelino)
Senecio lividus L.
Composées
Brachypode rameux
(Prov. Bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées
Leuzée à cône
Leuzea conifera (L.) DC.
Composées
Lavande à larges feuilles
Lavandula latifolia (L.) Villars
Labiées
Sérapias en cœur
Serapias cordigera L.
Orchidacées
Stéheline douteuse
Staehelina dubia L.
Composées
Limodorum à fleurs avortées
Limodorum abortivum (L.) Swartz
Orchidacées
Narcisse douteux
Narcissus dubius Gouan
Amaryllidacées

[Photo restant à rajouter : Asterolinum stellatum]

Cette ébauche de Rosmarinetum peut être considérée comme une véritable irradiation d’un groupement caractéristique de la Provence cristalline donc de même sens que pour la garrigue à Chêne kermès. Ainsi donc, des espèces, des groupements végétaux entiers, propres à la Provence calcaire ou à la Provence cristalline, dépassent les limites de celle des deux Provence qu’ils caractérisent pour disparaître assez rapidement mais entièrement dans l’autre. Ils définissent bien une zone de transition entre les deux parties de la Provence et cette zone est particulièrement sensible dans la Presqu’île de Sicié qu’elle englobe.

 

Les bois de Pins — Les trois Pins présents dans le Massif de Sicié n’y sont localisés dans aucune association particulière, mais leur répartition appelle quelques remarques.

C’est encore à la présence d’arènes issues de la décomposition des roches cristallines qu’est due la présence du Pin pignon, en petits peuplements et, plus souvent à l’état isolé. La nécessité de ce type de substratum explique la localisation de Pinus pinea dans des fonds de vallons généralement remplis d’alluvions ou à proximité d’habitations où il a été certainement introduit.

Le Pin maritime (Pinus mesogeensis Fieschi et Gaussen) est beaucoup plus abondant ; il se localise également dans des fonds de vallons et sur les bas des pentes Nord, laissant les crêtes et surtout les versants Sud au Pin d’Alep.

Seul le Pin d’Alep peut coloniser les pentes dominant la mer ; et il est abondant aussi partout sur les bas coteaux entourant le massif. Nous retrouvons là une répartition des deux Pins (Pin d’Alep et Pin maritime) rappelant celle signalée dans l’Ouest des Maures (7) où elle a été mise en rapport avec le caractère plus sec du climat dans cette partie de la Provence cristalline ; le Pin maritime, qui exige plus d’humidité que le Pin d’Alep, recherche naturellement les pentes Nord et les fonds de vallon qui lui assurent ces conditions de milieux favorables.

Notons que si le Pin maritime remplace le Pin d’Alep dans la majeure partie des Maures, il n’est nullement cantonné sur les terrains cristallins ; on le voit sur calcaire notamment dans les Alpes Maritimes et aussi dans le Var et les Bouches-du-Rhône ; il perd toutefois de la vitalité dans ces derniers départements probablement à cause des exigences climatiques précisées ci-dessus et qu’il y trouve moins bien réalisées que dans les Maures et l’Estérel. Il n’en représente pas moins encore une espèce qui, en s’éloignant de la Provence cristalline où il trouve son optimum pénètre, vers l’Ouest, en Provence calcaire où l’on en voit encore quelques massifs vraisemblablement introduits sur le versant Nord du Mont Aurélien, de l’Étoile et de la Sainte-Victoire.

 

Les pelouses En de nombreux points apparaissent, en clairière, des groupements de l’Helianthemum guttati qui n’ont pas fait l’objet d’une étude spéciale lors des relevés cartographiques du Cap Sicié, parce qu’ils n’ont pas paru présenter de caractères très particuliers. A vrai dire, il semble bien qu’ils soient déjà affaiblis, c’est-à-dire moins riches en espèces, que la pelouse correspondante des Maures. L’étude de ce type de pelouse confirmerait probablement encore le caractère de transition que présente la végétation du Cap Sicié.

Nous retrouvons ce caractère dans la tendance à la substitution de l’Association à Galactites tomentosa et Echium plantaginaceum au Brachypodium phœnicoidis — qui s’amorce surtout à l’Est de Toulon — ainsi que dans la présence assez fréquente et inhabituelle, sur les pentes Sud de la Presqu’île, de pelouses à Brachypodium ramosum dominant.

Les relevés floristiques, s’ils permettent de rattacher déjà cette dernière pelouse aux Thero-Brachypodietalia, ne l’identifient pas au Brachypodietum ramosi si caractéristique de la Provence calcaire et du Languedoc. Cependant, ils marquent comme pour les garrigues à Chêne kermès ou à Romarin, une tendance au débordement de la végétation de la Provence calcaire vers la Provence cristalline ; ils soulignent ainsi, une fois de plus, que le Cap Sicié est un lieu de rencontre entre les flores et végétations des deux Provence calcaire et cristalline, plus exactement des climats correspondant à ces deux régions.

La pelouse à Brachypodium ramosum a la composition floristique suivante d’après deux relevés faits, le premier sous la batterie de Peyras, le second sous N.-D. du Mai, tous deux à l’exposition Sud.

Caractéristiques des Thero-Brachypodietalia :

Rue à feuilles étroites
(Prov. Rudo)
Ruta angustifolia Pers.
Rutacées
Fenouil commun, ou Fenouil poivré
(Prov. Fenoui)
Foeniculum piperitum Ucria
Ombellifères
Picridie vulgaire, Reichardia Faux-Picris, ou Coustelline
(Prov. Coustelino, Costo-Counihiero, Terro-Grèpio)
Picridium vulgare
Desf., ou Reichardia picroides (L.) Roth.
Composées
Carline en corymbes
(Prov. Carlino, Carlineto)
Carlina corymbosa L.
Composées
Inule visqueuse
(Prov. Nasco, Erbo-di-masco, Embriago)
Inula viscosa (L.) Aiton
Composées

[Photos à rajouter : Asterolinum stellatum, Linum strictum]


Caractéristiques de l’Helianthemum guttati :

Andryala à feuilles sinuées
Andryala sinuata
L.
Composées
Grande Brize, Amourette, ou Amourette tremblante
(Prov. Erbo à cimboul, Erbo d'amour, Erbo tremblanto, Pan de passeroun)
Briza maxima L.
Graminacées
Lin de France
Linum Gallicum
L.
Linées
Hélianthème à gouttes
Helianthemum guttatum
(L.) Miller
Cistacées
[Photo à rajouter : Aira Cupaniana]

Compagnes principales :

Brachypode rameux
(Prov. Bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées
Arisarum vulgaire, Arum Arisarum, ou Gouet à capuchon
(Prov. Capouchoun, Calèu, Figueiroun)
Arisarum vulgare Targ.-Tozz
Aracées

Asphodèle à petits fruits
Asphodelus microcarpus
Viv.
Liliacées
Oryzopsis bleuissant
Oryzopsis cœrulescens
(Desf.) Richt.
Graminacées
Lavatère maritime
Lavatera maritima
Gouan
Malvacées
Phagnalon des rochers
Phagnalon saxatile (L.) Cass.
Composées
Muflier rubicond
Antirrhinum orontium
Scrofulariacacées
Liseron Fausse-Mauve
Convolvulus
althaeoides L.
Convolvulacées
Panicaut champêtre, Chardon-Roland, ou Chardon roulant
Eryngium campestre L.
Ombellifères
Valériane tubéreuse
Valeriana tuberosa L.
Valérianacées


[Photos à rajouter : Crepis bulbosa, Crucianella angustifolia,
 exigua,
Poterium Magnolii]

Les deux relevés montrent une grande pauvreté, par comparaison avec les listes de plantes fournies par ce type de pelouse en Provence calcaire, mais ils ont été faits a des époques peu favorables et sont certainement incomplets.

La pelouse à Brachypodium phoenicoides s’observe, encore normale, sur les talus et dans les anciennes cultures ; on y voit notamment, avec B. phoenicoides dominant, des caractéristiques telles que Inula viscosa, Centaurea aspera, Satureia nepeta, Phleum nodosum, Foeniculum piperitum, Verbascum sinuatum, etc. Mais déjà s’introduisent Galactites tomentosa, Echium plantagineum, Bartsia trixago, Festuca fenas qui annoncent l’association entre Galactites tomentosa et Echium plantagineum.

On peut rattacher au Brachypodietum phœnicoidis les peuplements à Inula viscosa ou Oryzopsis miliacea. Sur le littoral, à partir de Marseille et surtout au-delà de La Ciotat, l’Oryzopsis miliacea prend beaucoup d’importance sur les talus, dans les champs abandonnés où il recherche le Brachypodietum phœnicoidis dont il constitue un faciès à caractère nitrophile.

Sur des sols plus ou moins rocailleux, moins riches en parties meubles que ceux du Brachypodietum phœnicoidis, notamment dans d’anciennes vignes du coteau, cette association s’installe difficilement ou pas du tout. Le sol est alors occupé par des peuplements à Inula viscosa dominant, que l’on doit rapprocher, comme sous-Association, du Brachypodietum phœnicoidis. Comme le groupement à Oryzopsis, il semble que celui-ci s’accommode d’une certaine nitrophilie comme le remarquent De Bolos et Vayreda en Catalogne où ils classent les peuplements à Inula viscosa et Oryzopsis miliacea dans l’Hordeion murini.

Un dernier type de pelouse est à signaler, l’Allietum Chamaemolyi dont René Molinier a signalé l’existence sur le littoral de Maures (9) et qu'il a décrit également aux Iles des Embiez (4).

Cette Association de l’Alliance de l’Helianthemion guttati est rare au Cap Sicié où elle a été seulement observée en quelques points de l’Ile de la Tour-Fondue et sur le littoral cristallin au Nord et à l’Est du Brusc, d’où proviennent les deux relevés suivants rappelant tout à fait celui donné pour l’île de la Tour-Fondue :

1 Phyllades de la Pointe-Nègre (1 m2 ; couverture 100 %).

2 Phyllades du Grand Gaou, au Brusc (1 m2 ; couverture 100 %).

Caractéristiques de l’Association :

Ail Petit-Moly
Allium chamaemoly
L.
Liliacées
Romulée de Colonna
Romulea columnæ
Seb. et M.
Iridacées

Caractéristiques de l’Helianthemion guttati :

Filago de France, ou Cotonnière
(Prov. Erbo à coutoun, Coutounado, Erbo di Tarnagas, Erbo-griso)
Filago Gallica
L., ou Logfia Gallica L.
Composées   
Hélianthème à gouttes
Helianthemum guttatum
(L.) Miller
Cistacées
Silène de France
Silene gallica
L.
Caryophyllacées

[Photos à rajouter : Hypochoeris glabra, Plantago Bellardi, Tillaea muscosa, Trifolium suffocatum]

Compagnes :

Paturin bulbeux
Poa bulbosa
L.
Graminacées
Lagure ovoïde
Lagurus ovatus
L.
Graminacées
Dactyle aggloméré
(Prov. )
Dactylis glomerata
L.
Graminacées
Brachypode à deux rangs
(Prov. bauco)
Brachypodium distachyum
L.
Graminacées

[Photo à rajouter : Anemone stellata]

Autres types de végétations

 

Les plantes des éboulis.

Caractéristiques des Asplenieta :

Ombilic à fleurs pendantes, Nombril-de-Vénus, Gobelets, ou Ecuelles
(Prov. Erbo-de-Moulin, Coucarello, Coucoumello, Escudet)
Umbilicus pendulinus DC.
Crassulacées
Petite Mélique, ou Mélique pyramidale
Melica minuta L.
Graminées
Centhrante rouge, ou Valériane rouge
Centhrantus ruber
(L.) DC.
Valérianacées
Cétérach officinal, Herbe-à-dorer, Herbe dorée, ou Doradille
(Prov. Erbo-daurado, Daurado, Erbo-de-la-brasiero)
Asplenium Ceterach, Ceterach officinarum Willd.
Polypodiacées
Asplénium Trichomanes, Polytric officinal, ou Capillaire
(Prov. Erbo de l'escaleto)
Asplenium Trichomanes L.
Polypodiacées
Polypode vulgaire, Polypode du Chêne, ou Réglisse des bois
(Prov. Poulipòdi, Regalisse-bastard, Erbo-de-Sant-Brancàci)
Polypodium vulgare L.
Polypodiacées

Compagnes :


Arisarum vulgaire, Arum Arisarum, ou Gouet à capuchon
(Prov. Capouchoun, Calèu, Figueiroun)
Arisarum vulgare Targ.-Tozz
Aracées
Alysson maritime, ou Corbeille d'argent
Alyssum maritimum
(L.) Lmk.
Crucifères
Romarin officinal
(Prov. Roumaniéu)
Rosmarinus officinalis L.
Labiées
Coronille à tige de Jonc
(Prov. )
Coronilla juncea L.
Légumineuses
Picridie vulgaire, Reichardia Faux-Picris, ou Coustelline
(Prov. Coustelino, Costo-Counihiero, Terro-Grèpio)
Picridium vulgare
Desf., ou Reichardia picroides (L.) Roth.
Composées
Rue à feuilles étroites
(Prov. Rudo)
Ruta angustifolia Pers.
Rutacées
Muflier rubicond
Antirrhinum orontium
L.
Scrofulariacacées
Thym vulgaire, ou Farigoulette
(Prov. Farigoulo, Farigouleto)
Thymus vulgaris L.
Labiées

                                                              

Cette association est à ranger dans l’Ordre des Asplenieta malgré la présence fréquente d’espèces de Thero-Brachypodietalia due probablement au microclimat, très chaud, de cette station. On n’y a pas observé la présence de deux importantes caractéristiques : Notochlaena Morantae et Andropogon distachyum qui n’atteignent pas la Presqu’île de Sicié mais s’en rapprochent beaucoup, si bien qu’elles pourraient s’y rencontrer : si le Notochlaena ne dépasse pas Bormes vers l’Ouest en Provence, l’Andropogon est dans les falaises dominant Toulon.

Deux autres caractéristiques au moins locales, Lavatera maritima et Cheilanthes odora, vont retenir notre attention. La première a été considérée comme caractéristique de l’Asplenietum glandulosi où elle se localise effectivement en Provence calcaire occidentale et en Languedoc. Mais, dans ces deux régions, elle n’atteint jamais l’énorme développement qu’elle présente sur les affleurements cristallins de Sicié notamment dans l’Est et le Sud-Est de la presqu’île où elle est manifestement caractéristique de la végétation rupestre. Cheilanthes odora, comme la précédente, est une espèce dont l’optimum se situe sur le cristallin, mais qui se situe également — bien que moins abondante et plus étroitement localisée — sur le calcaire du Massif d’Allauch ou de Marseilleveyre par exemple, aux environs de Marseille. Il s’agit donc encore de deux espèces dont l’aire s’estompe lorsqu’on passe de la Provence cristalline à la Provence calcaire tout comme pour les Bruyères et l’Arbousier ou le Calycotome.

Signalons en outre que diverses espèces appartenant à des associations caractéristiques de la Provence calcaire se retrouvent dans les éboulis — souvent aussi dans les rochers — de Sicié : Ruta angustifolia, Convolvulus cantabrica, Thymus vulgaris, Brachypodium distachyum. Les éboulis sont rares dans les Maures alors qu’ils sont trop fréquents en Provence calcaire où ils témoignent de l’extrême dégradation de la végétation. Ce fait s’explique par le caractère très délittable des roches, phyllades et micaschistes, qui dominent absolument dans le cristallin de Sicié et des Maures, et par l’exubérance d’une végétation qui laisse rarement dénudées de grandes surfaces de sol.

Or les éboulis sont fréquents et étendus sur toute la côte du Cap Sicié, depuis les îles des Embiez jusqu’à la Presqu’île de Saint-Mandrier. La chapelle de N.-D. du Mai, qui domine ces hautes pentes à 357 m. d’altitude n’est qu’à 300 mètres environ de la mer en distance horizontale, ce qui représente une pente moyenne de près de 60 %. Le sol y est formé de blocs de phyllades, de quartz, enrobés dans une masse de débris de petites dimensions et de terre fine colmatante, facilement mise en mouvement. Sur ce substratum mouvant, on ne voit qu’une végétation clairsemée : quelques touffes de Myrte et de Lentisque, des Pins d’Alep au rôle fixateur particulièrement précieux, quelques pelouses à Brachypodium ramosum (voir plus haut) et surtout les éboulis extrêmement étendus, dans lesquels se retrouvent, avec les espèces rupestres, les espèces ci-dessus nommées Thero-Brachypodietalia et quelques autres sans signification phytosociologique. Les deux relevés suivants ont été faits dans des éboulis de la Batterie de Peyras.

 

Espèces rupestres :

Phagnalon des rochers
Phagnalon saxatile (L.) Cass.
Composées
Oryzopsis bleuissant
Oryzopsis cœrulescens
(Desf.) Richt.
Graminacées
Centhrante rouge, Valériane rouge, ou Lilas d'Espagne
(Prov. Caurello, Pan-couguiéu)
Centhrantus ruber (L.) DC.
Valérianacées
Lavatère maritime
Lavatera maritima
Gouan
Malvacées

[Photo à rajouter : Andropogon pubescens]

Compagnes :

Rue à feuilles étroites
(Prov. Rudo)
Ruta angustifolia Pers.
Rutacées
Arisarum vulgaire, Arum Arisarum, ou Gouet à capuchon
(Prov. Capouchoun, Calèu, Figueiroun)
Arisarum vulgare Targ.-Tozz
Aracées
Linum strictum Brachypode rameux
(Prov. bauco)
Brachypodium ramosum
(L.) R. et S.
Graminacées
Alysson maritime, ou Corbeille d'argent
Alyssum maritimum
(L.) Lmk.
Crucifères
Urosperme de Daléchamp
Urospermum Dalechampii
(L.) Schmidt
 
Composées
Gesse Climène
Lathyrus Clymenum
L.
Légumineuses
Psoralée bitumineuse
(Prov. Herbo-dóu-quitran)
Psoralea bituminosa L.
Légumineuses
Picridie vulgaire, Reichardia Faux-Picris, ou Coustelline
(Prov. Coustelino, Costo-Counihiero, Terro-Grèpio)
Picridium vulgare
Desf., ou Reichardia picroides (L.) Roth.
Composées
Galactitès cotonneux
Galactites tomentosa
Mœnch
Composées

[Photo à rajouter : Aira caryophyllea, Crepis bulbosa, Euphorbia exigua, Rubus tomentosus]

Les Fougères des fentes de rochers ont disparu tandis que les Graminées peuvent, par leur abondance, formant parfois presque des pelouses annonçant une prochaine fixation de l’éboulis : sont particulièrement actives à ce point de vue : Oryzopsis coerulescens et Andropogon pubescens. C’est après ce stade de fixation que se développe la pelouse à Brachypodium ramosum étudiée ci-dessus et à laquelle le maquis peut assez rapidement se substituer.

 

 

Les prairies. — Il y a lieu de signaler seulement l’existence de prairies tout au long de la dépression de Six-Fours, surtout entre ce village et Sanary. Il s’agit de prairies peu étendues et mal entretenues, avec beaucoup de Festuca fenas et Carex distans qui traduisent toujours, dans l’Arrhénathéraie provençale, un excès d’humidité. Un relevé fait près de Six-Fours comporte :

Paquerette vivace, ou Petite Marguerite
(Prov. Margarideto)
Bellis perennis
L.
Composées
Lin à feuilles étroites
Linum angustifolium Huds.
Linacées

[Photos à rajouter : Carex distans, Centaurea jacea, Festuca fenas, Galium verum, Helminthia echioides, Holoschoenus vulgaris, Leontodon proteiformis, Orchis morio, Potentilla reptans, Ranunculus acer, Taraxacum officinale, Trifolium pratense]

3° Les associations hygrophiles. — Il n’y a pas de véritables associations hygrophiles dans le massif de Sicié, sinon quelques roselières au Sud de La Seyne et quelques éléments de Populetum albae, très appauvri, dans quelques vallons frais au Sud de Six-Fours. Signalons encore ici la présence, dans ces fonds de vallons frais et aux ubacs, d’espèces de Quercetum pubescentis Quercus pubescensSorbus domesticaPrunus spinosa et quelques pieds de Crataegus Ruscinonensis entre Talian et N.-D. du Mai.

On trouve également, le long des ruisseaux ou dans certains thalwegs de la forêt de Janas, outre le Peuplier blanc mentionné par R. Molinier, le Frêne à feuilles étroites, l'Aulne glutineux, le Laurier sauce, le Sureau noir, le Tamier commun. Egalement, à proximité des anciens lavoirs (Moulières, Rayolet, Belle-Pierre, Roumagnan), ou encore à proximité du ruisseau qui longe le camping de Janas, on trouve un certain nombre d'arbres ou arbustes, souvent plantés, caractéristiques de lieux plus ou moins humides, notamment le Platane, le Peuplier noir, le Tilleul, le Micocoulier ou l'Ostrya.

Chêne blanc, ou Chêne pubescent
(Prov. Chaine blanc, Roure, Rouve)
Quercus pubescens
Willd.
Fagacées
Sorbier domestique, ou Cormier
(Prov. )
Sorbus domestica
L.
Rosacées
Prunier épineux, Prunellier, ou Épine-noire
(Prov. Prunelié, Agrenas, Bouissoun negre, Palinambro)
Prunus spinosa L.
Rosacées
Aubépine du Roussillon ou Azerollier
(Prov. Aubespin, Acinas, Acinié, Peretié)
Crataegus Ruscinonensis L.
Rosacées
Peuplier blanc
(Prov. Pibo)
Populus alba L.
Salicacées
Frêne à feuilles aiguës
(Prov. Frais)
Fraxinus oxyphylla M. Bieb.
Oléacées 
Aulne glutineux
(Prov. Verno, Averno)
Alnus glutinosa (L.) Gaertn.
Bétulacées
Laurier noble, ou Laurier sauce
(Prov. Baguié, Laurié, Lausié)
Laurus nobilis L.
Lauracées
Platane à feuilles d'Érable
(Prov. Platano, Platanié)
Platanus acerifolia Willd
Platanacées
Sureau noir
(Prov. Sambu, Sambuquié)
Sambucus nigra L.
Caprifoliacées
Peuplier noir
(Prov. Piboulo, Piboulas, Pibo bastardo, Piboulo d'Itàli)
Populus nigra L.
Salicacées
Tilleul vulgaire
(Prov. Tihòu)
Tilia vulgaris Hayne
Tiliacées
Micocoulier austral ou Falabreguier
(Prov. Falabreguié, Petié)
Celtis australis L.
Ulmacées
Ostrya à feuilles de Charme, Charme-Houblon, ou Bois de fer
Ostrya carpinifolia Scop.
Bétulacées

 

Les associations halophiles. — Les associations halophiles n’appellent pas de remarques particulières. Sur calcaire comme sur silice le Crithmo-Staticetum se développe normalement et c'est la sous-Association à Lotus Allionii qui occupe les falaises lorsque leur caractère friable n’y interdit pas toute végétation. Entre 2-3 m. et 8-10 m. d’altitude — davantage sur les points les plus exposés — on y voit alors les caractéristiques habituelles :

Crithme maritime, Perce-pierre, ou Criste marine
(Prov. Fenoui de mar, Bacilo, Sausseiroun)
Crithmum maritimum L.
Ombellifères
Statice naine
Statice minuta
L.
Plombaginacées
Laiteron glaucescent
Sonchus glaucescens Jordan
Composées
Euphorbe Sapinette
Euphorbia Pityusa
L.
Euphorbiacées
Séneçon Cinéraire, ou Cinéraire maritime
(Prov. Erbo di Sant-Ounourat, Damo, Erbo-de-la-peiriero)
Senecio cineraria DC.
Composées
Picridie vulgaire, Reichardia Faux-Picris, ou Coustelline
(Prov. Coustelino, Costo-Counihiero, Terro-Grèpio)
Picridium vulgare
Desf., ou Reichardia picroides (L.) Roth.
Composées

[Photos à rajouter : Bellis annua, Catapodium loliaceum, Dactylis hispanica, Daucus gingidium, Lepturus incurvatus, Lotus Allionii, Statice minuta]

En arrière, on retrouve encore — mais rarement — l’association à Astragalus tragacantha et Plantago subulata de la Provence calcaire, même sur des phyllades au Nord du Brusc (100 m2 ; couverture 90 % ; altitude 8 m.) :

Caractéristiques de l’Astragaleto-Plantaginetum subulatae :

Astragale Adragant, ou Astragale de Marseille
Astragalus tragacantha
L.
Légumineuses
Plantain en alène
Plantago
subulata L.
Plantaginacées

Compagnes :

Séneçon Cinéraire, ou Cinéraire maritime
(Prov. Erbo di Sant-Ounourat, Damo, Erbo-de-la-peiriero)
Senecio cineraria DC.
Composées
Brachypode Faux-Phœnix
Brachypodium phœnicoides R. et S.

Graminacées
Immortelle Stœchas
(Prov. Inmourtalo, Eternalo, Flour dóu Bon Diéu)
Helichrysum Stœchas (L.) DC.
Composées
Picridie vulgaire, Reichardia Faux-Picris, ou Coustelline
(Prov. Coustelino, Costo-Counihiero, Terro-Grèpio)
Picridium vulgare
Desf., ou Reichardia picroides (L.) Roth.
Composées
Garance voyageuse
(Prov. Rùbi, Garanço, Lisari, Arraparello, Rais-restèu, Rapeguiéu, Reboulo, Sauno-lengo)
Rubia peregrina L.
Rubiacées
Asperge sauvage, ou Asperge à feuilles étroites
(Prov. Espargo-fèro, Roumaniéu-couniéu, Espargasso, Pèd-de-ròumi)
Asparagus acutifolius L.
Liliacées

[Photos à rajouter : Crepis bulbosa, Dactylis hispanica]

Aux Iles des Embiez et sur le reste du Cap Sicié l’Astragale disparaît et l’on voit intervenir Thymelea hirsuta ; le groupement présente alors la composition floristique suivante d’après un relevé effectué au Nord du Brusc, à la Pointe de Fort-Issole (100 m2 ; couverture 60 %) :

Plantain
Plantago
subulata
Plantaginacées
Séneçon Cinéraire, ou Cinéraire maritime
(Prov. Erbo di Sant-Ounourat, Damo, Erbo-de-la-peiriero)
Senecio cineraria DC.
Composées
Thymelea hirsuta Euphorbe Sapinette
Euphorbia Pityusa
L.
Euphorbiacées
Crithme maritime, Perce-pierre, ou Criste marine
(Prov. Fenoui de mar, Bacilo, Sausseiroun)
Crithmum maritimum L.
Ombellifères
Picridie vulgaire, Reichardia Faux-Picris, ou Coustelline
(Prov. Coustelino, Costo-Counihiero, Terro-Grèpio)
Picridium vulgare
Desf., ou Reichardia picroides (L.) Roth.
Composées

[Photos à rajouter : Dactylis hispanica, Daucus gingidium]

C’est l’amorce d’une association viccariante, le Thymelacetum hirsutae Mol. 1954 que R. Molinier a décrite (10) comme remplaçant, dans les Maures, l’Association à Astragalus tragacantha de la Provence calcaire occidentale.

 

CONCLUSIONS  DU PROFESSEUR MOLINIER (1956)

 

On retrouve donc, sur le cristallin du Cap Sicié, la végétation de la Provence cristalline mais avec des caractères qui en font une zone de transition avec la végétation de la Provence calcaire occidentale.

Cette transition est marquée par un mouvement en sens inverse de certaines espèces caractéristiques de ces deux régions, les unes (Arbutus Unedo, Erica arborea, Erica scoparia, Calluna vulgaris, Calycotome spinosa, Lavatera maritima, Cheilanthes odora) s'avançant d'Est en Ouest de la Provence cristalline vers la Provence calcaire, les autres (Quercus coccifera, Rosmarinus officinalis, Globularia Alypum, diverses espèces du Brachypodietum ramosi) débordant, inversement, de la Provence calcaire vers la Provence cristalline.

Or, les caractères du substratum sont très nettement distincts et il n'y a pas de transition pétrographique entre les calcaires de la Provence occidentale et le cristallin. Seuls, peut-être, peuvent fournir une transition de cet ordre, les grès plus ou moins siliceux du crétacé supérieur de l'auréole externe du Beausset, du versant Nord du mont Aurélien ou du petit plateau des Bréguières dans la Sainte-Victoire, où la végétation des Maures se retrouve partiellement. Mais des espèces considérées comme silicicoles débordent très bien ici sur les calcaires et d’autres, considérées comme calcicoles, débordent sur le cristallin. Ce comportement variable des espèces s’observe d’autant mieux, semble-t-il, que l’on est en pays plus chaud et plus sec. Des espèces ici cantonnées sur des sols siliceux : Tillaca muscosa, Filago minima, Rumex bucephalophorus par exemple, s’observent au Maroc sur des sols faisant fortement effervescence à l’HCl. Il est depuis longtemps évident que la vieille notion d’espèces calcicoles ou calcifuges, silicicoles ou silicifuges correspond moins aux différences chimiques que précisent ces qualificatifs, qu’à un ensemble de propriétés physico-chimiques — donc édaphiques — et aussi de caractères climatiques réglant notamment le mouvement de l’eau et des sels dissous dans le sol. Sans doute peut-on remarquer que le calcaire est absent — aucune effervescence à l’acide, aucune trace à l’analyse — dans le sol rouge pourtant peu épais qui recouvre les calcaires urgoniens et qu’on y trouve de la silice dans l’argile rouge issue de leur décalcification, et aussi que les feldspaths que les feldspaths donnent facilement du calcaire en se décomposant dans les sols cristallins. Mais ces remarques n’expliquent pas l’intrication des espèces caractéristiques des deux zones dans le Massif de Sicié seulement et pas ailleurs, sauf sur le pourtour de la Provence cristalline, au contact avec la couverture sédimentaire calcaire des Maures et de l’Estérel.

Il faut donc faire appel à d’autres caractères qu’à l’édaphisme ; on peut penser que le caractère de transition bien établi entre le climat tiède et humide de la Provence cristalline et celui moins chaud et plus sec de la Provence calcaire, peut rendre compte du caractère de transition également marqué par l’intrication, le débordement local des aires géographiques d’un certain nombre de végétaux par ailleurs caractéristiques de chacune des deux parties de parties de la Provence.

L’évolution de la végétation du Cap Sicié est la suivante :

 

Le reboisement est possible, surtout avec la protection des services des Eaux et Forêts. Mais on ne voit pas que le choix du Cyprès soit très heureux sur le versant Nord de la colline de Peyras. On voit la forêt de Chêne vert tendre naturellement à reprendre son ancien domaine : en débroussaillant — comme on l’a fait autour de la Maison forestière de Janas par exemple — on obtiendra aisément la reconstitution de la Yeuseraie primitive.

Quelques espèces d'arbres (autres que celles citées précédemment) utilisées pour le reboisement de la forêt de Janas

Cyprès toujours vert
(Prov. Ciprès, Auciprès)
Cupressus sempervirens L.
Cupressacées
Eucalyptus globuleux
(Prov. Éucaliptus)
Eucalyptus globulus Labillardière
Myrtacées
Mimosa
Légumineuses
Chêne chevelu, ou Chêne Lombard
Quercus cerris L.
Fagacées


Quant au Chêne-liège, il ne se maintiendra que si l’on veut l’exploiter, c’est-à-dire si l’on empêche le sous-bois d’atteindre une trop grande densité surtout après le passage d’un incendie.

L’introduction du Pin d’Alep sur les points les plus ensoleillés, du Pin mésogéen sur les bas-fonds humides à l’exposition Nord, donnera facilement aussi de bons résultats.

L’installation des banquettes tracées au bulldozer ne s’impose guère ; la végétation s’empare assez vite du terrain pour éviter des érosions trop vives sauf sur les pentes très accusées qui font face à la mer. D’autre part, les Cistes, dangereux vecteurs d’incendie et stérilisateurs des sols, vont rapidement occuper ces banquettes et l’on ne voit pas très bien l’avantage de travaux aussi coûteux.

Professeur René MOLINIER

Laboratoire de Biologie Végétale

Faculté des Sciences de Marseille

 

 

(1) MOLINIER R. 1956. La végétation de la presqu'île du Cap Sicié (Var). Bulletin du Muséum d'Histoire Naturelle de Marseille, t. XVI, pp. 1-23.

(2) BARBERO M. 2008. La végétation de Sicié et de Saint-Mandrier. Les principaux usages. Conférence donnée le 2 Juin 2008 à l'Association des Amis de La Seyne Ancienne et Moderne. Le Filet du Pêcheur, 109, pp. 10-13.

(3) ARÈNES P. 1928. Les Associations végétales de la Basse-Provence. Thèse Doct. Univers, Paris.

(4) MOLINIER R. 1953. La végétation des Iles des Embiez. Bull. Soc. Linn. Prov., t. XIX, Marseille.

(5) MOLINIER R. 1954. Les climax côtiers de la Méditerranée occidentale. Vegetatio, vol. IV, fasc. V.

(6) P. DEBAZAC, M. GUINOCHET et René MOLINIER. 1952. Notes sur les groupements climaciques de la Kroumirie orientale. C. R. 79e Session Soc. Bot. Fr. en Tunisie.

(7) MOLINIER. 1950. Aperçu sur la végétation des Maures occidentales. C. R. Soc. Biogéogr., n° 230.

(8) BONNAUD C. 1953. La répartition de l’Arbousier en Provence calcaire. Diplôme d’Études Supérieurs, Fac. Sc. Marseille, 1953.

(9) MOLINIER R. 1954. Observations sur la végétation de la zone littorale en Provence. Travaux botaniques dédiés à Braun-Blanquet. Vegetatio, Vol. V-VI.

(10) MOLINIER R. 1954. Observation sur la végétation de la zone littorale en Provence. Vegetatio, vol. V-VI.