La Seyne-sur-Mer (Var) La Seyne-sur-Mer (Var)
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Marius AUTRAN
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Conférence de Jean-Claude AUTRAN
à l'occasion de son départ à la retraite de l'I.N.R.A. (1968-2004)

Retour sur 36 années de carrière à l'INRA

 

 

1976-1977 : L'année sabbatique à l'USDA, Berkeley, Californie : Food Proteins Unit (leader : Don Kasarda)

Ce fut à la fois une année charnière dans ma carrière et l'année de ma vie qui m'aura certainement le plus marqué, pénétré, influencé aussi, qui m'aura laissé le plus de souvenirs profonds et vivaces. Je peux dire que, dans ma vie, il y aura eu un "avant les USA", et un "après les USA". Depuis ce séjour, il est évident que je n'ai plus été exactement le même, qu'il s'agisse d'opinions politiques, de respect d'autrui, de comportement en tant qu'automobiliste, d'habitudes alimentaires, etc.

Dans ce contexte californien (je ne veux pas généraliser à tous les états américains, à toutes les villes, ou à tous leurs quartiers dont on connaît les contrastes et la diversité), qu'il s'agisse du travail ou des loisirs, j'ai été pris sous une espèce de charme, qui ne s'est brisé que 11 mois plus tard, le jour où nous avons remis le pied en France, et même dès le premier contact avec le comptoir Air France de l'aéroport de Los Angelès, où nous avons retrouvé la désorganisation de la société française.

Ce séjour avait été longuement préparé, près d'un an à l'avance : accord de la hiérarchie de l'INRA (bien que - fait extraordinaire - je n'aie jamais eu d'"ordre de mission" administratif : je ne l'avais pas demandé tant mon séjour me semblait évident et admis de tous ; ma hiérarchie ne me l'avait pas rappelé non plus ; et je n'écrivis jamais de "rapport de mission"), contact avec le labo américain (surtout avec Donald D. Kasarda) où je souhaitais passer mon année sabbatique, demande et obtention d'une bourse de l'OTAN de 4000 $ pour financer mon voyage et celui de ma famille et aider à payer ma location, etc.

Le 15 septembre 1976, toute la famille était donc partie de Roissy (après avoir laissé notre voiture chez mes parents à La Seyne et fermé pour 9 mois notre appartement de Massy - en fait nous resterions 11 mois). 8 heures d'un Paris - New York dans un 747 d'Air France, puis, dans la foulée, 6 autres heures d'un New-York San Francisco dans un superbe --- d'American Airlines. Premier contact avec un nouveau monde, où tout est organisé, rien n'est laissé au hasard, propre, feutré. Il devait être 3 heures du matin, heure de Paris, avec 9 heures de dcalage horaire lorsque nous vîmes les rivages de l'océan Pacifique dans le soleil couchant et que l'avion atterrit au bord de la baie de San Francisco.

Mon futur research leader Don Kasarda, avec son épouse Ferne, avait remarquablement préparé notre arrivée : il avait loué une villa à El Cerrito, ville voisine de Berkeley et Albany, il nous en avait envoyé quelques photos Polaroïd avant notre départ, il avait fait lui-même l'avance du loyer et de la caution, tout était prêt dans la maison, y compris un réfrigérateur plein d'aliments. Don Kasarda était venu nous attendre à l'aéroport de San Francisco

Premier choc : l'échelle du pays, les distances.

Après 1-2 jours de récupération du décalage horaire et d'installation, Don Kasarda

Je passe sur les différentes (achat d'une voiture d'occasion, passage d'un examen de permis de conduire californien, ouverture d'un compte en banque, abonnements eau, gaz, électricité, pour laquelle DDK me fut d'un grand secours car mon anglais qui n'était pas extraordinaire avant se trouva

Amené au labo, occasion d'une réunion de l'équipe, je fis connaissance avec tous ses membres, dont certains avaient été des collègues de P. Feillet lors de sa propre année sabbatique quelque 9 ans plus tôt : Dale Mecham, Ellen Lew, Chuck Nimmo, Earl Cole. L'unité de recherche était maintenant dirigée par DDK qui avait pris la suite de James Pence, appelé à d'autres fonctions (et qui devait malheureusement décéder l'année suivante).

Le second jour, DDK me parla longuement de leur programme de recherches. Au début, je ne comprenais qu'une petite partie de ce qu'il me racontais tant l'accent américain et la prononciation de certaines consonnes était déconcertante pour moi. Exemple, le t suivi de voyelles est avalé ou ressemble au mieux à un l : proulin (pourquoi me parle-t-il constamment de proline ?)

Après discussion, mon programme de recherche fut décidé. Mon expérience sur l'identification des variétés ne me fut pas très utile, ce n'était alors pas une question qui se posait pour les USA, seule ma petite expérience sur l'extraction et le fractionnement des protéines (acquise quelques aannées plus tôt sur les histones) me servit. DDK travaillait alors sur le séquençage de peptides de gliadines pour tenter de trouver un motif reponsable de la maladie cœliaque. Il me proposa de purifier un maximum de polypeptides de la gliadine en croisant une chromatographie classique d'échange d'ions et une technique nouvellement disponible dans le commerce : l'électrofocalisation préparative en couche mince de dextrane (Sephadex). La pureté des polypeptides étant contrôlée à la fois par électrophorèse et par électrofoalisation classiques en gel de polyacrylamide. Ce travail devait être accompli chez un blé hexaploïde, puis chez certains progéniteurs tels que T. monococcum car on pouvait alors penser qu'une espèce détentrice du seul génome A (ou nulli-tétra)

 

Le fonctionnement de l'unité de DDK, une quinzaine de personnes en tout, était très différent de ce que j'avais connu en France à Massy ou à Paris.

Contrats, comme par la suite dans toutes les équipes dynamiques

Personnel beaucoup plus mobile. Structures non pérennes.

Photo de groupe

Une équipe, mais sans véritables collaborations

Stratégie de biochimie-génétique, parenté entre espèces de céréales, homologies de séquences d'acides aminés

JCA : électrofocalisation analytique et préparative des gliadines en vue des séquences N-terminales

Compréhension des propriétés fonctionnelles des protéines

Pas de vraie préoccupation en matière de technologie

Photo de la cafet

Première publication dans la revue Nature

 

 

De retour, tout paraît petit, étroit et mesquin.

 

 

Septembre 1977 Arrivée au Laboratoire de Technologie des Blés durs et du Riz à Montpellier

Directeur : Pierre FEILLET ; Secrétaire : Nicole FABRE

Équipe de recherche : Joël ABECASSIS, Jacques ALAUSE, (1930-2000), Rémi ALARI, Jacqueline ASENSI, Paul BRILLOT, Irène GIL, Marie-Françoise JEANJEAN, Karoly KOBREHEL, Bernard LAIGNELET, Marguerite MICHEL (1926-1997), Christian REDON, Christian ROBERT (1953-1989) + Équipe IRAT (Jean-Claude MICHE, JOURDAN, Françoise MATENCIO) + 2 thésards : René DAMIDAUX, Gérard ABRAHAM

Septembre 1977 : Arrivée de Jean-Claude AUTRAN et Renée BERRIER (1927-1996)

Septembre 1978 : Arrivée de Philippe JOUDRIER et Ginette GOBIN-LEROY

 

1977-1979 : A Montpellier sous la direction de Pierre Feillet

Le retour en France, avec toute ma famille, s'effectua à la mi-août 1977. Je devais rapidement prendre mon poste à Montpellier, mais il fallait aussi régler de très nombreux problèmes matériels : trouver un logement, déménager ensuite de Massy à Montpellier, inscrire les enfants à l'école, retrouver des repères dans une ville nouvelle, etc. Rien de tout cela ne fut facile. Habitués depuis un an à la vie californienne, à une villa en quartier résidentiel, aux grands espaces, à un environnement et à des gens paisibles, à une organisation parfaite de la société, et se retrouver brusquement en France ce fut un choc particulièrement désagréable. Tout nous parut petit, étroit, mesquin, désorganisé, avec des gens qui gueulent ou qui klaxonnent pour un rien, qui ignorent le fair-play, qui ne savent pas faire une queue, qui ne connaissent que le chacun pour soi...

Et la "réinsertion" dans la sociéte française ne fut facile nulle part, ni dans la ville, ni avec les administrations, ni dans l'école pour les enfants, ni au laboratoire. Nous regrettions la Californie (Ah, si nous avions pu refaire nos bagages et y retourner !) et je la regrette encore souvent. Et que de petits conflits avec les Montpelliérains, surtout ceux qui n'étaient jamais allés ailleurs, qui n'appréciaient pas nos critiques, persuadés que leur ville était la plus agréable qui fut au monde.

Je dois d'ailleurs faire une parenthèse pour dire que je ne me suis jamais réellement enraciné à Montpellier et sa région. Dès les premiers jours, je pensais que ma famille et moi n'y resterions pas longtemps. [Mais à chaque fois que j'envisageai sérieusement de demander ma mutation, un évènement professionnel ou familial intervint et, année après année, j'y serai finalement resté 27 ans !]. Ainsi, je n'ai jamais acheté Midi Libre, j'ai toujours lu des journaux ou hebdomadaires nationaux. Jusqu'à très récemment, je n'ai jamais voté à une élection municipale, cantonale ou régionale. Je n'ai jamais partitipé à quoi que ce soit de la vie locale ou associative. Après 27 ans à Montpellier, lorsque je parcours les noms des 63 candidats au Conseil Municipal, de toutes les listes de tous les partis, je ne connais (à part G. Frèche et A. Vézhinet) aucun nom de candidat. Et après 27 ans, je n'ai jamais pu mémoriser plus de 8-10 noms de rues de la ville de Montpellier - alors que j'en connais encore parfaitement 200 dans la ville de La Seyne-sur-Mer, que j'ai pourtant quittée en 1965. On comprend pourquoi, dès mon départ à la retraite, j'ai une hâte certaine à quitter la région.

Mes premières impressions au laboratoire ne furent pas des meilleures. Si, contrairement à Paris, je n'avais plus les trajets métro-boulot à accomplir, l'ambiance et le mode de travail étaient à l'opposé de ceux que j'avais connus jusque-là. Ma nouvelle affectation (appartenance à une équipe plus nombreuse et plus solide) présentait des avantages évidents sur ma précédente situation d'isolement - et je resterai éternellement reconnaissant à P. Feillet de m'avoir incité à rejoindre son laboratoire. Car jamais je n'aurais eu le même déroulement de carrière en restant isolé dans mon petit laboratoire parisien. Mais, simplement, l'arrivée dans ce nouveau laboratoire du campus de Montpellier bouleversait mes habitudes de travail et cadrait mal avec mon tempérament.

Je dus ainsi m'habituer aux réunions de laboratoire, scientifiques ou administratives (quasi inexistantes au cours de mes 7 années précédentes, et même au cours de mon année en Californie), aux exposés, aux discussions collectives, à la confrontation des idées. J'héritai aussi d'un minuscule bureau, qui était aussi un lieu de passage vers un autre bureau où travaillaient M.-F. Gautier et R. Alary.

Dès la première réunion fut posée la question de mon nouveau programme scientifique. Curieusement, je ne l'avais jamais réellement envisagé. Il me semblait que je changeais de ville, mais que c'était pour poursuivre les mêmes thèmes. Et je proposais ainsi un approfondissement des travaux de nature biochimie-génétique que j'avais menés précédemment notamment en Californie : utilisation du fractionnemennt des protéines pour comprendre l'origine génétique des blés, étudier l'hérédité des constituants, sans oublier de poursuivre mon ancien sujet qui m'avait fait connaître à la filière céréalière : l'identification des variétés par électrophorèse. Mais on me fit comprendre que cela correspondait davantage à une stragégie de Génétique et d'amélioration des plantes qu'à celle d'un laboratoire de Technologie. Je fus incité à glisser rapidement vers la problématique bases physico-chimiques des propriétés fonctionnelles du gluten, en équipe avec K. Kobrehel (gluténines) et M.-F. Gautier (gel protéique). Ce que je fis, tout en

 

Les conditions matérielles de travail dans ma nouvelle équipe m'avaient aussi beaucoup déçu. Habitué (à Paris et en Californie) à une grande autonomie, à mon "coin de paillasse" dont j'étais responsable et que j'étais seul à utiliser, cela me dérangeait profondément de voir des gens travailler partout à la fois. Les appareils se devaient d'être "communs". Il fallait constamment demander ou emprunter aux autres. Toute expérience se déroulait inévitablement dans 4 ou 5 pièces successives : la pesée ici, l'extraction ailleurs, la centrifugation en bas, l'électrophorèse dans un 4e labo, la coloration des gels dans un 5e, etc. D'où des va-et-vient permanents et un entretien souvent déplorable des appareils et des paillasses, avec de la verrerie ou des piluliers remplis d'échantillons oubliés autour des balance et dans tous les coins... Et, à l'origine, les labos n'étaient d'ailleurs pas conçus pour un rangement adequat : des plans de travail carrelés sous les fenêtres, mais sans aucun tiroir ou meuble de rangement en dessous.

P. Feillet, qui avait une vision claire et volontariste de la stratégie de son labo, n'était pas sensible à ces détails matériels qui me mettaint mal à l'aise. Ce n'était plus le labo "de mes rêves" que je m'étais créé à Paris, où tout était nickel et organisé, sans que personne ne vienne déranger ou emprunter quelque chose. Mais je dois avouer n'avoir jamais réussi à faire changer durablement les choses dans le sens que j'aurais voulu. Même pendant mes années de direction, le labo est souvent resté "bordélique" (par rapport à l'idée que je me faisais d'un labo, mais tout est peut être relatif). Certains de mes collègues, pris aussi par l'action, n'ont jamais ressenti la nécessité de faire un effort. Et je supportai mal de voir une certaine colonne de chromatographie abandonnée avec une couche d'algues vertes dans sa partie supérieure. Combien de fois, sachant que nous allions avoir des visiteurs le lendemain, suis-je venu discrètement mettre de l'ordre, enlever de la vue certains détails qui auraient lui à l'image de marque de mon labo...

 

 

La découverte des gliadines 42 et 45 et la « Pasta Connection »

Mais il y avait heureusement beaucoup de matière grise dans ce laboratoire, et un leader qui savait diriger. Malgré les conditions matérielles que je ne trouvai pas idéales, la recherche avançait donc

Après une première année de transition, où je travaillais encore beaucoup l'identification variétale et l'électrophorèse des gliadines (j'étais toujours président du groupe d'experts BIPEA à Paris) avec Renée Berrier, je m'intéressais enfin aux propriétés du gluten de blé, notamment de blé dur. Ayant été amené à encadrer la seconde partie de la thèse de doctorat de René Damidaux, c'est là qu'une découverte majeure se fit. Et ce, grâce à la collaboration entre une vision génétique et une vision technologique. René Damidaux trouva une relation parfaite entre la viscoélasticité du gluten des blés durs (une composante essentielle de la qualité des pâtes alimentaires - mesurée objectivement grâce à un système qu'il avait mis au point lors de son DEA l'année précédente) et les diagrammes des gliadines dont je lui avais enseigné la technique. C'est le genre de découverte qui n'était possible que dans le cadre d'un travail en collaboration entre généticiens, biochimistes et technologues - et qui n'aurait jamais pu être faite si j'étais resté isolé dans mon petit laboratoire parisien.

Cette année (1978) fut aussi un peu ma découverte du monde du blé dur.

 

 

 

A la direction du laboratoire (1979-1985)

Au début du printemps 1979, il y avait un an et demi que j'étais à Montpellier, P. Feillet vint m'annoncer une nouvelle inattendue : il n'allait plus rester à la direction du Laboratoire, il allait prendre de nouvelles fonctions dans la société Elf-Aquitaine. Et j'étais pressenti par la direction de l'INRA pour lui succéder à la direction du Laboratoire. Pour lui, c'était bien dans cette perspective que ma mutation à Montpellier avait été pensée par l'INRA. Mais moi, je ne m'y attendais pas. J'étais encore dans l'idée d'une stabilité des gens de l'INRA dans leurs postes. Je m'étais sans doute vu succéder à A. Bourdet à Paris, sachant que, lui, approchait de la fin de sa carrière. Mais considérant que P. Feillet n'avait qu'une quarantaine d'années à mon arrivée, je le voyais stable à ce poste pendant encore une vingtaine d'années et je n'avais donc jamais imaginé de lui succéder un jour.

C'est fin juillet 1979 que P. Feillet quitta Montpellier pour Paris et que je me retrouvai assis à son bureau de directeur du Laboratoire de Technologie des Blés durs et du Riz [qui prit d'ailleurs l'appellation de Laboratoire de Technologie des Céréales un mois plus tard, e 1er Septembre 1979].

Je n'étais pas vraiment prêt à assumer ces responsabilités. J'étais un scientifique, je n'avais à peu près aucune notion de l'administration d'un labo, qui plus est dans un campus INRA-ENSAM. Je n'avais aucune formation de gestion des personnels. N'étant pas un extraverti notoire, je n'ai pas l'impression d'avoir

 

 

Un retour à des activités de recherche (1986-1990)

 

 

 

Des hauts et des bas

 

 

 

 

Les années noires

Ce furent les années 1993 à 1996 où l'on vit se développer le conflit entre les équipes BTC et BM, conflit qui aboutit à leur divorce et à la scission du LTC de 1979 en deux nouvelles unités : UTC et UBBMC. Je dus assurer de nouveau une direction de labo.

Pourquoi et comment est-on arrivé à cette situation ? Problème de stratégie ou de pensée scientifique ? Problèmes de personnes ? Difficulté de dialoguer ? Sans doute les trois à la fois.

En effet, nous avions peut-être tous commis une erreur, dix ans plus tôt, lorsque nous avions décidé d'ouvrir, au sein du LTC (qui comportait déjà une équipe de technologie et une équipe de biochimie - c'était là sa richesse), un troisième champ de recherches, celui de la biologie moléculaire. C'était l'époque où apparurent les outils fascinants qu'étaient le clonage, le séquençage de l'ADN, etc., dont le potentiel était immense, et qui nous apparurent incontournables pour aborder les grandes questions que notre biochimie peinait à résoudre : fonctionnalité du gluten, origine génétique ou fonctionnelle de la relation bande 45 / qualité, etc. Certes, nous n'avions pas la masse critique pour cela (et aussi, des outils de laboratoire, aussi remarquables soient-ils, ne suffisent pas pour faire une stratégie).

Mais il faut se replacer dans le contexte des années 82-83, avec la loi de programmation de la recherche, qui nous promettait textuellement "un poste de chercheur par an et par équipe, accompagné des moyens en fonctionnement et, en principe, en techniciens". Avec une telle croissance annoncée des moyens, il était alors possible de démarrer la biologie moléculaire et c'est ce que nous avons tenté de faire avec l'accord de P. Feillet, chez du Département TGP (malgré les réticences du Directeur Général J. Poly). L'envoi de deux de nos biochimistes en année sabbatique aux USA (M.-F. Gautier, près de 2 ans à Berkeley et P. Joudrier un an à Purdue), et le recrutement dès le 1.1.1983 d'un jeune chercheur, Vincent Colot, qui devait être suivi d'autres recrutements par la suite, plus une dotation exceptionnelle de matériels spécifiques (ultracentrifugeuse, autoclave, compteur à scientillations, etc). Malgré le retard que nous avions déjà pris sur les équipes anglaises, américaines ou italiennes, tout cela pouvait logiquement permettre de développer une équipe suffisamment solide. C'était logique de le croire dans ce contexte.

Mais c'était peut-être sous-estimer la différence, je dirais l'altérité, de pensée scientifique entre biochimistes classiques et biologistes moléculaires. Passé les premiers moments d'euphorie, il ne fallut que quelques jours, après le retour des USA de MFG et de PJ, pour réaliser que nous ne parlions plus le même langage. Le fait de toucher aux gènes semblait leur donner une supériorité sur les "touilleurs de semoule" qui poursuivaient leur approche classique. Les biochimistes moléculaires ne se privaient pas de dire : c'est chez nous que se fait la recherche de pointe"

Des problèmes similaires apparurent d'ailleurs dans les équipes homologues

Et au niveau des concours de l'INRA certains responsables qui avaient vécu ces situations

Car les outils ne font pas une stratégie.

Cette différence de pensée scientifique rendit très difficile l'animation du labo à partir de 1985 : Largeur du champ : de la banque génomique au couscous. Une seule et même personne pouvait-elle diriger cet ensemble sans dire de bêtises soit en technologie, soit en biologie moléculaire, sans se trouver donc récusée par l'une ou l'autre des équipes ? Du gène au grain : slogan, poésie...

Il s'y rajouté naturellement des problèmes de personnes. Il est notoire qu'au sein de communautés de chercheurs qui s'entendent bien lorsqu'il débutent ensemble à 25 ou 30 ans, des désaccords finissent par apparaître lorsqu'ils approchent de 50 ans. C'est probablement une erreur de notre recherche publique de permettre que des équipes cohabitent aisni sans redistribution des cartes pendant des décennies.

C'est aussi l'époque où PF étant nommé DG délégué à Paris, après avoir conservé qqs mois la direction du labo, finit par transmettre la Direction à PJ.

Et enfin, la croissance annoncée par la loi de Programmation de la recherche ne survécut pas à la "pause dans les dépenses de l'Etat" de 1984. Nous avions effectivement pu recruter au concours de novembre 1982, une jeune biochimiste MHM et un jeune BM Vincent Colot. Mais cela s'arrêta là et il n'y eut pour nous de nouveau recrutement jusqu'en 1989. Le pire fut que Vincent Colot, tant attendu pour renforcer l'équipe de BM, s'il effectua sa formation dans une grande équipe anglaise et y passa sa thèse, ne prit jamais son poste à Montpellier. Il n'avait pas le profil humain pour cela : une petite équipe de province, qu'il n'avait pas hésité à qualifier de tarés. Regret de l'avoir recruté en 1982. Mais ce sont des choix qui s'apparentent à des paris, au soir des concours, on a une demi-seconde pour. Quand le DS vous demande êtes vous prêt à prendre un tel. Si l'on dit non (parce qu'on a un doute en soi sur l'adéquation entre la personne et sa future équipe), le DS va immédiatement affecter ce poste chez un autre, qui lui va le prendre - et on va retourner le lendemain matin "bredouille" devant son équipe qui comptait sur ce poste. Si on dit oui, on prend le risque de ramener un chercheur. Mais je répète qu'on n'a (que je n'avais eu) qu'une demi-seconde pour prendre ma décision.

Le dialogue fut insuffisant. Je n'étais pas séduit par cette approche (conquérante : pour eux, tout le monde devait basculer vers la BM) et ne fit pas d'effort pour m'y initier. Je n'étais pas uffisamment homme de dialogue pour recoller les morceaux dès les premières fissures dans l'équipe.

Tout cela (différence de pensée, insuffisance de dialogue pour faire un pas l'un vers l'autre, absence de masse critique), que la petite équipe de BM mena des recherches isolées. Ce qui accentua la divergence car qui dit faibles moyens dit obligation de se concentrer [pour pouvoir publier rapidement et se faire connaître - ce que l'on comprend très bien] sur de petites molécules, plus faciles à cloner et plus rapides à séquencer, et de renoncer ainsi à attaquer de grosses molécules comme les gluténines classiques. Mais précisément, les petites molécules n'étaient pas celles qui intéressaient la plupart des technologues et biochimistes, à l'exception de K. Kobrehel qui avait publié l'existence d'une relation entre PGRS et qualité des spaghetti.

Résultat qui ne put jamais être reproduit, malgré les 3 ans de thèse d'Isablle Chardard ("Biquette") qui avait été recrutée pour cela (90-93 ?).

Accentuation du clivage avec nouvelles arrières pensées car technologues cessèrent de s'intéresser au clonage des petites molécules opéré par les BM. Croissance des BM en 89 (VL) et en 92 (FDLM), mais survenue trop tard

L'ambiance devint déplorable, je n'assistais plusguère aux réunions d'unité qui s'avéraient stériles et conflictuelles.

Les PB remontèrent au CD, au DS et au Président du Centre et au SG, qui ne contribuèrent pas à calmer le jeu. On ne peut s'empêcher de penser que si à la place de DRM et de D. Barbace on avait eu PF et JP Michel, les questions ne se seraient pas envenimées comme elles le furent.

Continuer ainsi n'était plus possible. Alors, les solutions étaient : changer de Directeur avec une structure administrative commune mais légère en en séparant les questions scientifiques, ou bien scinder le labo en 2 avec deux directeurs, ou bien interrompre la BM en remettant le maximum de moyens sur la techno, d'autant qu'à cette époque allait se créer la noulle Chaire de TAB de S. GUILBERT. Compte tenu desclivages avec les plus anciens de BM, avec qui je ne voyait plus comment il serait de nouveau possible de travailler ansemble, c'est cette dernière hypothèse que dans une tentative deséspérée j'essayais d'explorer : (pour proposer éventuellement la solution au CD). Je n'avais aucune envie de reprendre la direction d'un labo

Séparation du LTC en UTC et UBBMC ; séparation des locaux et des postes

 

S. GUILBERT succède à J.-C. AUTRAN au 1/1/1997

Le dossier de courriers sur la séparation !

 

 

Raisons stratégiques : désaccord sur la science noble et l'autre.

Financement de recherches en BM par des contrats de technologie.

 

PB de personnes ou de tempéraments

 

On a été le jouet de DRM, de partenaires privés qui ont mis de l'huile sur le feu, un secrétaire général sans autorité.

 

La situation a été mal gérée et a eu des conséquences regrettables.

 


Les heures passent, les années passent… 1996, 1997, 1998, 1999…

 
Vulnerant omnes, ultima necat…
Chacune d'elles blesse, la dernière tue...

 


1996-2001 : Les derniers grands programmes de recherche

C'est l'époque où je participais au programmes : Fractionnement des grains, Panzani, AGRICE, Blés biscuitiers, Génoplante, EUREKA, Spectroscopie RAMAN, Maïs OGM, etc., mes derniers grands programmes

Ces programmes étaient sensiblement plus innovants que bien des programmes abordés auparavant, avec un partenariat renouvelé, et leur intérêt scientifique était considérable. Mais ma participation à ces programmes (et même la coordination de certains d'entre eux) se fit sans véritable enthousiasme. Et je ne pense pas avoir communiqué beaucoup d'enthousiasme ni fourni des idées originales aux nouveaux collaborateurs ou étudiants qui oeuvraient dans le cadre de ces programmes (). Je ne fus qu'un participant discret aux réunions, animateur terne, rédigeant des compte-rendus de pure routine, sans impulser de ligne de recherche originale.

Je commençais à glisser vers une certaine lassitude, une perte d'intérêt pour la science et la technologie des céréales et les problématiques développées. En outre, la réalité, le mode de travail, ne correspondait plus du tout à ce pourquoi j'avais choisi ce métier de la recherche 30 ans auparavant. A l'origine, quand on avait une idée, on la travaillait soi-même, on pensait ses expériences, on les réalisait, on les interprétais, on les publiais. Aujourd'hui, lorsqu'on a une idée et qu'on en parle à un collègue, on en conclut par : "il faut monter une réunion". La hiérarchie nous encourage à la pluridisciplinarité, la transversalité, l'interfaçage, à participaer à des UMR, des IFR, etc. Et les agendas se saturent avec des déplacements, des réunions, des "réunions de préparation de la réunion". Et de chaque déplacement à Paris où il a suffi que l'on rencontre 2-3 personnes, on revient en annonçant qu'on va "monter un nouveau programme". Sur des domaines aussi diversifiés que ---, on se dit "il faut que le labo y soit", ou "nous ne pouvons pas ne pas y être". Mais avec cet activisme dans le montage des programmes, est-on plus efficace pour autant ? Ne se garagarise-t-on pas un peu trop avec ces nouvelles notions d'« intégratif », d' « émergent », etc. sans lesquelles on n'est apparemment plus rien ?

Et dans ce nouveau contexte, moi qui n'ai jamais été un extraverti notoire, je ne m'y retrouvais plus. Les réunions me paraissaient toujours interminables et je n'avais qu'une hâte : retourner à mon bureau, au calme, où je me sentais (à tort ?) beaucoup plus efficace.

Cette époque fut cependant positive du fait de la création et du développement de la nouvelle chaire AGRO de Stéphane Guilbert "Technologie des Aliments et des Bioproduits" et où j'allais m'ivestir dans l'enseignement au D.A.A. comme Professeur consultant.

Cette époque fut aussi sympathique par quelques déplacements lointains et par l'habitude que nous avions prise de tenir à peu près annuellement un séminaire labo dans un cadre extérieur au campus : Mas de Coulet, Bouzigues.

 


Au Gluten Workshop de Sydney, Octobre 1996


Séminaire labo au Mas du Coulet, 16 Juin 1997


Congrès Génie des Procédés, 8 Octobre 1999


Séminaire labo à Bouzigues, 22 Juin 2001


De nouvelles responsabilités internationales ?

Au début de l'année 2000, à l'approche de la cessation progressive de mes activités, j'avais failli "rebondir" encore une fois en m'impliquant dans l'Association Américaine de Chimie Céréalière, dont je n'étais qu'un simple membre depuis une vingtaine d'années. En effet, lors de ma participation au Congrès de Seattle, en novembre 1999, l'AACC m'avait fait "AACC Fellow" et me proposa dans la foulée d'être candidat aux élections de mai 2000 sur le poste de membre du Bureau, avec la fonction d'"International Director". Dans le cadre de l'évolution de l'AACC vers une association internationale, ce poste, obligatoirement occupé par un non-Américain, avait été créé récemment. La durée du mandat était de 2 ans.

Je n'étais pas certain d'être taillé pour cette fonction d'"Ambassadeur de l'AACC" auprès des différents pays, mais l'idée ne me déplut pas et je fis ma campagne du mieux que je pus avec une (trop) longue profession de foi (Autran's views) dans Cereal Foods World et beaucoup de collègues me dirent qu'ils me soutenaient et voteraient pour moi. Mais mon adversaire était un Irlandais, bien connu dans le domaine des glucides et de leurs enzymes, Barry McCleary, directeur de Megazyme International, un personnage compétent et plein d'humour.

Finalement, ce fut Barry McCleary qui fut élu. Les membres de l'AACC avaient préféré un Anglo-Saxon impliqué dans le domaine industriel et commercial à un chercheur de la recherche publique française.

Ma déception, réelle, fut cependant de courte durée et, si je n'avais naturellement gardé aucune rancune envers l'AACC pour mon échec, c'est néanmoins de cette époque que je commençai à "réduire la voilure" en matière de relations internationales et de déplacements. Ainsi, depuis l'année 2000, je suis plus retourné aux Congrès de l'AACC ni de l'ICC et je n'ai pratiquement plus participé à des réunions en dehors de Montpellier depuis 2001. Après tant d'années de déplacements en France et à l'étranger, tant de voyages en avion, l'interruption fut brutale. Je peux avouer aujourd'hui n'avoir plus mis le pied dans un avion depuis janvier 2001.

Mes principaux déplacements sur le vieux continent (en rouge, ceux de l'époque du programme ECLAIR - 1991-1994)


2001-2004 : Cessation progressive de l'activité scientifique

En 2001, le sentiment dominant est alors celui d'avoir "fait le tour de la question". Après 33 ans dans l'Institut, dont 24 ans dans le même laboratoire de Montpellier, après avoir un peu touché à tout : recherche fondamentale, recherche appliquée, collaboration avec l'industrie, direction d'un laboratoire, animation scientifique, administration, gestion financière, rédaction de publication, de rapports, de compte-rendus de réunion, recherche bibliographique, organisation de circuits d'analyse, partiticpation aux réunions scientifiques ou administratives, participation aux congrès, organisation de congrès, organisation de stages pour l'industrie, enseignements à l'ENSMIC, à l'IUT, au DEA, à l'ISIM, à la SIARC, à l'AGRO,... et ce dans des domaines aussi divers que le blé tendre, le blé dur, l'orge, le maïs,... la meunerie, la semoulerie, le pain, les pâtes alimentaires, la malterie-brasserie,... les protéines, les enzymes, et leurs techniques d'étude,... l'électrophorèse, l'HPLC, la spectroscopie RAMAN, etc. Oui, quand on a touché à tout cela tant d'années, doit-on continuer encore et toujours à remuer les mêmes problématiques ?

En fait, dans tous les domaines, qu'il s'agisse de gestion de contrats, d'enseignement de l'électrophorèse, de participation à la commission CPS blé dur, etc..., les choses se sont déroulées suivant des cycles de 5 à 7 ans, cycles dont la première année est une découverte, les deux ou trois années suivantes, on prend plaisir à ce qu'on fait, on y croit, on se défonce, puis les mêmes choses deviennent des corvées qu'on finit par mal accomplir et on ne demande qu'à passer à autre chose.

Et, d'une façon générale, ce qui a été enthousiasme, devient accomplissement du devoir (sans se poser trop de question), puis on glisse vers la routiine, quelquefois la lassiture, puis vers le manque d'intérêt, et finalement l'aversion. C'est ainsi que depuis les années 2000-2001, je ne trouvais plus rien qui puisse encore m'accrocher en matière de programme de recherche en science et technologie des céréales. Participer à des réunions, et ne pas s'y endormir, me demandait un gros effort et seuls les aspects historiques pouvaient encore m'intéresser.

Encadrer une nouvelle thèse pour étudier une n+unième protéine ? Rédiger un n+unième projet de programme pour améliorer la teneur en protéines des blés durs, sans y croire ?

C'est ainsi que les deux derniers travaux que j'entrepris, je ne suis plus arrivé à les mener à leur terme, faute de pouvoir m'y concentrer : la coordination d'un ouvrage Wheat Science in Europe, qui fut pourtant bien entamé, je ne suis pas arrivé à en terminer la coordination. De même le chapitre de review sur les bases biochimiques de la dureté, je dus y renoncer.

L'envie de faire autre chose que de la recherche en science et technologie des céréales devint dominante

Bien décidé à m'en aller dès l'âge de 60 ans, je ne me sentais plus suffisamment de durée devant moi pour

Naturellement, un nouvel emploi du temps ne me permettait plus d'attaquer des sujets conséquents et mes drenières activités glissèrent vers une fonction de "mémoire du labo", je déployais mes dernières forces dans l'aide à la réalisation d'un site internet du Département ENSAM, puis de notre unité IATE, au disctionnaire multilangues de l'ICC, de la mise à jour des activités du labo sur le site INRA CompAct, le suivi du budget du labo, etc.

J'étais aussi fatigué de parler 'boulot", d'entendre parler de "montage de programmes", car beaucoup

Autant j'étais intarissable dès qu'on parlait botanique ou histoire ou généalogie, je fuyais plus ou moins ces lieux ou tables de cantine où l'on ne parlait que boulot, où même si l'on arrivait à glisser une phrase sur un sujet culturel, on sentait qu'on était adroitement ramené au boulot, à un nouveau "montage de programme" dès la phrase suivante.

 

puis, les dernières semaines, le rangement des archives du labo, la constitution d'un CD-ROM renfermant les principaux fichiers de données (15000 références bibliographiques, adresses, gestion financière, dictionnaire ICC,...) que je distribuais aux collègues. J'ignore si ces années de travail ont servi à quelqu'un ?

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quels furent les meilleurs moments de mon activité professionnelle ?

Ceux dont je conserve le meilleur souvenirs sont incontestablement :

1) Les années de travail que j'ai pu effectuer personnellement à la paillasse : 1969-1973 (époque du DEA et de la thèse), puis.

2) L'année sabbatique 1976-1977 en Californie, que je ressens aujourd'hui encore comme l'époque la plus enrichissante et la plus marquante de ma carrière et de ma vie.

3) Le bref « retour à la science » que j'ai pu effectuer en 1986-1989 après mon premier mandat de Directeur

4) Quelques congrès à l'étranger (AACC, ICC) aux époques où mon enthousiasme pour la recherche était intact et où je partais chargé de tirés-à-part pour lire et annoter dans les avions, où je suivais avec délice les sessions protéines où je tenais alors ma place avec les grands noms de la recherche internationale comme Bushuk, Kasarda, Lafiandra, Payne, Shewry, Wrigley, et où les inter-sessions et même les dîners étaient consacrés à des discussions passionnées sur la structure du gluten ou le polymorphisme des gliadines.

5) La grande expérience que fut la coordination du programme européen ECLAIR (1990-1995)

6) Les divers enseignements et formations (électrophorèse, protéines végétales, technologie des céréales) à l'UM2, à l'ISIM, puis à l'AGRO.

Mais j'aurai une pensée particulière :

- pour mes proches collègues avec qui j'aurai passé tant d'heures à travailler, à discuter dans les bureaux ou les couloirs, ou pendant les longs voyages à Paris ou à l'étranger.

Pierre Feillet
Marie-Hélène Morel
Joël Abecassis

- pour celles qui m'ont apporté leur excellent et sympathique collaboration technique ou administrative :

Ginette Gobin
Renée Berrier
Joëlle Bonicel

Marie-Françoise Samson
Nicole Volle
Yolande Massol

- pour tous les étudiants dont j'ai assuré partiellement ou totalement la direction des thèses de doctorat :

René DAMIDAUX
Alain MONTEMBAULT
Michel COTTENET (1956-1986)
Tatiana DACHKEVITCH
Régis MERITAN
Marie-Odile MILLET
Isabelle CHARDARD
Florence BENETRIX
Pierre VIOLLE
Isabelle LEMPEREUR (1969-2002)
Valérie GAZANHES
Stéphane PEYRON

Les moins bons moments

- Avant tout, la période que j'ai appelée ci-dessus « Les années noires » (1993-1995), sur laquelle je ne reviendrait pas.

- Les années où j'ai dû assumer la direction du laboratoire avec notamment les inévitables problèmes de personnels et administratifs

- Servir d'intermédiaire pour appliquer une décision (ou expliquer qqch) dont on n'est pas responsable

- Certaines négociations financières de contrats

- Au cours des dernières années, le nombre abusif de réunions de toutes sortes

Regret de ne pas avoir trouvé davantage d'interlocuteurs sur des questions culturelles

- Au moment du départ à la retraite, le manque d'humanité de la hiérarchie et de l'administration.

Certes, un courrier manuscrit classique de la part de la Directrice-Générale. Mais une accumulation de courriers intitulés Aucun message de sympathie de la part du CD ou du CDA, pour qui le passage en CPA. Même si on a Je ne damandais pas à être décoré du Mérite Agricole (bien qu'un certain nombre de jardiniers de l'ENSA.M aient reçu cette distinction dès l'âge de 50 ans), ni d'un quelconque Mérite, mais il me semble qu'après 36 ans passé dans l'Institut on mérite autre chose qu'une succession de courriers administratifs

 

Mais l'Administration (cf. ma grand-mère à qui l'Administration avait demandé de rembourser les 6 jours de solde trop-perçu par son maru, tué dans l'exercice de ses fonctions)

 

Quelques réflexions et enseignements

On est « taillé » pour faire certaines choses (c'est dans ces domaines qu'on réussit le mieux), on peut s'en écarter pour un temps, mais on est rattrapé par sa propre nature

Impression que la recherche est un éternel recommencement : Ne pas négliger la bibliographie et les travaux apparemment « dépassés »

Frustration dans la recherche des bases physico-chimiques de la qualité

 

Et si c'était à refaire, suivrai-je la même voie ?

Question délicate, et qui n'est d'ailleurs pas pertiente, puisque l'occasion de recommencer ne nous est pas donnée.

Mais s'il fallait quand même y répondre, je pense que je suivrais approximativement la même voie. Je ne me verrais ni commerçant, ni médecin, ni avocat, etc et, par élimination il e semble que je n'hésiterais qu'entre recherche et enseignement. Mais, ni dans les professions libéralesutre métier ? Lequel ? Enseignement ?

Éloignement par rapport aux racines familiales

Pas de regret d'avoir passé 36 ans à l'INRA

Sentiment du devoir accompli

Regrets : pas avoir managé avec davantage d'autorité et de concertation

Une mutation thématique et géographique vers 1990 : protéomique ?

 

Mais, maintenant, il est temps de s'en aller, il est temps que je vous quitte. Mais ce n'est pas vous, mes amis, qui m'êtes devenus insupportables. Simplement, aujourd'hui, le désir de faire autre chose, l'envie d'ailleurs et surtout du retour à mes origines, sont devenus pour moi plus importants que de continuer à oeuvrer ici dans ce laboratoire de l'INRA-Montpellier.

Alors, précisément, que vais-je faire demain ?

Un premier exemple humoristique de ce que l'on peut faire lorsque la page de l'activité professionnelle a été tournée :

Ou encore ceci : retourner les foins dans la France profonde...

 

D'une façon générale, ma ligne de conduite sera : mens sana in corpore sano

Une famille
Une grande propriété à entretenir
Randonnée pédestre, jogging, VTT, etc.
Activités culturelles, et notamment sciences naturelles (botanique, géologie), histoire locale, philatélie, généalogie, musique, etc.
etc.

Mais avant toute chose, un retour dans la Var

Pourquoi dans le Var ? L'explication en est donnée par l'image ci-dessus. Il existe dans l'arrière-pays toulonnias, au coeur de la forêt, ce monastère de l'ordre des Chartreux : Montrieux-le-Jeune. Eh bien, il y a un peu plus de 60 ans, je naissais dans ce monastère, une particularité assez rare. La flèche indique la fenêtre où je vis le jour pour la première fois.

En fait, c'est à La Seyne-sur-Mer que je vais revenir, car c'est là que j'ai grandi

La Seyne-sur-Mer, c'est une ville maritime, avec un passé de construction navale aujourd'hui disparue, dont il ne reste que quelques vestiges dont ce pont classé monument historique :

La Seyne, c'est aussi un ensemble de paysages enchanteurs :

D'ailleurs, si par magie, on remontait le temps quelque 55 ans en arrière, on apercevrait un jeune enfant qui jouait déjà sur le sable en ce même lieu, dans le même décor de la même mer, des mêmes collines avec les rochers des Deux-Frères à l'horizon.

Mais à La Seyne, il y a aussi une tombe dans la cimetière :

Une tombe sans croix dans laquelle reposent ma mère, mon petit frère et mes quatre grands-parents. C'est là que mon parcours terrestre se terminera, là, à côté de ma mère.

 

Mais d'ici là, j'espère habiter le plus longtemps possible la maison, dont la construction est en train de se terminer sur une terre familiale, dénommée Bastian.

Voici la vue que je vais avoir depuis mon bureau : le jardin, des arbres, et la mer dans le lointain.

La famille se prépare à cette installation. Voici Jean-Victor, Pierre-Olivier, Yolande, et mon père Marius Autran, 94 ans. Mon père, qui a lui même travaillé cette terre de Bastian pendant plus de 50 ans, tout en exerçant à la fois un métier d'enseignant et des fonctions d'homme politique local et régional, sans oublier les loisirs du pêcheur ou du chasseur, un peu braconnier comme le sont tous, plus ou moins, les Provençaux.

Pour la suite des aventures, je vous donne rendez-vous on line, sur le site internet :

http://www.site-marius-autran.com

que j'ai créé en 1990 pour les 90 ans de mon père, pour y héberger ses 10 ouvrages d'histoire locale, et que je continue de développer à partir de souvenirs ou d'archives familiales.

Ce sera mon dernier mot. Je vous dis adieu, ou au-revoir, car vous êtes tous invités à nous rendre visite dans notre nouveau cadre de La Seyne-sur-Mer :

Jean-Claude et Yolande Autran
2170, chemin de La Seyne à Bastian
83500 La Seyne-sur-Mer

Merci de m'avoir écouté. Désolé d'avoir été aussi long...

 

Jean-Claude Autran

Montpellier, le 28 juin 2004

 

 

 

 


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