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L'Atalante
et L'Autre Cinéma - L'Asso -
Edito
Une année utile ?
Nous avions commencé l’année 2011 en citant Stéphane Hessel; le succès
de son manifeste, « Indignez-vous ! », ne faisait alors que commencer. Il
n’a cessé de s’amplifier, au point de donner naissance au mouvement des
Indignés. Vous pourrez découvrir le mois prochain, INDIGNADOS, le dernier
film attendu de Tony Gatlif, une plongée dans ce mouvement de résistance
pacifique, à travers le regard d’une jeune clandestine africaine.
Des peuples malmenés, des banquiers qui gouvernent, des nations abaissées
: le spectacle fut souvent désolant en 2011 et la légitimité des indignés
de plus en plus évidente. A l’image du balcon vide de HABEMUS PAPAM, le
monde a perdu sa tête. Cette image forte traduit l’impuissance ou l’inconscience
de nos élites dirigeantes. D’ailleurs qu’ils parlent du monde (THE
TREE OF LIFE, MELANCHOLIA), ou de la société (L’APPOLONIDE, L’EXERCICE
DE L’ETAT) les films que nous avons défendu renforcent cette impression
tenace: nous sommes au bord du gouffre.
Dans ce contexte funeste et comme lors de la récession de 1929, le cinéma
fait office de refuge puisque la fréquentation des salles a battu des records
en 2011. « Année historique», «fréquentation record», «carton plein dans
les salles» : les superlatifs pleuvent dans la presse. Avec plus de 215 millions
d’entrées, l’année qui vient de s’achever est l’une des meilleures (il
faut remonter à 1967 pour trouver un meilleur score, dopé par de bons
vieux de Funès). Tant pis pour ceux qui annoncent régulièrement la disparition
des salles obscures à cause de la télé, puis du DVD et maintenant
du téléchargement sur internet. L’année 2011 n’est pas un «accident», elle
confirme une tendance de fond : la fréquentation dans les salles est en
constante hausse depuis 2007. Dans un système relativement mutualisé,
ce tableau idyllique présente des aspects positifs mais il est surtout un superbe « trompe-l’oeil ».
Il masque l’extraordinaire concentration des entrées sur quelques films et
quelques salles et la fragilisation des exploitants et des distributeurs indépendants
au profit des grands groupes. A Paris, UGC, EuroPalaces (Gaumont/
Pathé) et MK2 trustent 90 % des entrées et le Balzac, salle indépendante
historique, lutte pour sa survie. Les multiplexes représentaient 4%
des établissements et 35% des entrées en 2000. Onze ans plus tard, les 180
multiplexes en activité représentent 10% des établissements et 60% des
entrées. Loin de se stabiliser, ce mouvement inquiétant tend à s’amplifier.
Il faudra donc rester offensif dans nos choix de programmation. Nous
avons dépassé le seuil des 110 000 entrées, sur l’année civile comme sur la
saison, en tenant bon sur la diversité de l’offre et sans céder à la facilité de
programmer la poignée de films qui a inondé les salles en 2011. Nous continuerons
en 2012 de nous adresser à des spectateurs citoyens et non à des
consommateurs. Comme nous continuerons, à notre niveau, de dénoncer
ce renoncement démocratique, cette inversion aberrante de gouvernants
gouvernés, d’économie qui dirige le politique. Il est temps, sous peine du
pire, de regagner du terrain face à une oligarchie financière avide et arrogante.
Un monde inversé n’attend qu’une chose: être remis sur ses pieds…
Bonne année à tous !
Jean-Pierre Saint-Picq
Président de l’association Cinéma&Cultures
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