CVN Calendrier 2007-2008
 

 

National de Bourges 2007

28 au 30 septembre 2007

Quel plaisir d'aller à Bourges, quel plaisir d'aller au concours national de cinéma de la fédération, ou encore aux rencontres nationales ou encore au festival des vidéos brèves ou encore à Cœur de vidéo.
Rassurez vous, tout ça c'est pareil. C'est une question de dénomination qui évolue avec les années, les états d'âmes des cinéastes, les inquiétudes des responsables qui pensent qu'une appellation plus qu'une autre attire plus de participants. J'ai toujours été stupéfait de la suprématie de l'appellation "rencontres" qui voulait cacher la réalité d'un concours, avec hiérarchie très marquée dans les classements et remises de prix, de diplômes et autres gadgets. Le mot concours était interdit et cette tromperie m'a toujours agacé (peut être révolté …). Mais il ne faut pas être figés, immobiles comme celui qui refuse d'avancer et qui recule … et proposer du nouveau ne fait de mal à personne. Et puis laisser sa marque, ne serait-ce que dans l'appellation, fait aussi partie du jeu.

Quel plaisir d'aller à Bourges. Non pas pour l'ambiance, ni l'accueil ! L'ambiance elle est spéciale, il n'y a même pas de musique environnante, c'est plat et inodore. L'ambiance est bonne parce que faite par les bonnes relations entre auteurs et spectateurs qui sont heureux de se retrouver, mais pas par les organisateurs. L'accueil, c'est : il ne faut pas poser de mauvaises questions parce que vous vous faites rentrer dedans … Une année nous avons eu droit a quelques hôtesses fort jolies et souriantes mais cette année elle n'ont pas été invitées ou bien ont-elles raté leur train !

Qu'importe, c'est pour moi un grand plaisir d'aller savourer des films qui font vibrer, du cinéma "AUTO PRODUIT, DIT ENTRE PARENTHESES AMATEUR". C'est une formule, élégante, entendue encore la semaine dernière sur les planches du théâtre Jacques Cœur, pour dire, mais surtout ne pas le dire, que les auteurs sont amateurs. Parce que ce mot est interdit. Ce n'est pas d'aujourd'hui puisque la fédération est passée, de l'appellation "Fédération Française des Clubs de Cinéma Amateur" (FFCCA), en 1969, à FCFC puis FFCV. Le grand A est donc banni depuis près de 40 ans ! Et que dire de l'appellation UNICA ! … qui garde le A … mais ne le prononce pas !

Mais je me suis régalé des projections et il faut très fortement remercier les auteurs qui permettent d'être là et se faire plaisir.

Dans les œuvres qui m'ont passionné, j'ai noté tout particulièrement, dans l'ordre de passage :
Le couloir, La joie du monde, Dérapages, Amoureuses, Mortinium, Présence, Les oursons, Le soldat, Devant le miroir et Dédicace
Tous ces œuvres sont bien maîtrisées, tant dans l'écriture, qui fait progresser l'action d'une façon organisée et cohérente, que dans la mise en scène, dans le cadrage des images, dans la continuité des éclairages, dans la psychologie des personnages. Globalement un grand pas a été fait, déjà depuis quelques années, dans la maîtrise des techniques. Fini les mauvaises images et elles sont souvent belles. Le son a fait d'énormes progrès avec les facilités qu'offrent les ordinateurs. Les bandes sonores sont complexes, se superposent avec créativité et donnent une dimension qui efface beaucoup la notion de "cinéma d'amateur" (à ne pas confondre avec le "cinéma amateur" !)

Le premier film, dans ma liste hiérarchisée : Le soldat de Jean-Marie Burgin et François Laurent, Epinal, région 5. Fiction de15'.
J'ai adoré la construction de cette histoire qui nous amène à découvrir comment un homme devient un monstre en tuant froidement un pauvre prisonnier sans opposition … pour se faire bien voir de sa hiérarchie qui lui accordera dès lors une permission qu'il n'aurait pas eue autrement . Et cette permission il l'avait promise à sa femme quand elle accoucherait. Un monstre pour jouer au père présent, protecteur et rassurant. La dualité qui existe, peut être, en chaque homme, est ici la raison du scénario. Le film est construit en tournant autour des deux aspects du personnage, tantôt chez lui en permission au cours de laquelle il fera sa promesse, tantôt dans une ambiance de guerre, de cette guerre qu'il méprise parce qu'il n'est plus au combat mais, maintenant, affecté à la surveillance dans un camp. Tout cela construit par approches successives, en deux types de flash-back d'époques différentes, l'un en couleur pour le repas familial de permission où une grande pression patriotique règne dans la famille, l'autre en NetB pour le camp, amené par touches dévoilées que petit à petit, jusqu'au pire. Et la scène finale, époque réelle du film, 10 ans après les faits montrés en flash-back. Un très bon jeu des acteurs, surtout du principal, et fort bien dirigés. Une maîtrise de la lumière très agréable, une ambiance qui nous ferait croire que nous sommes en salle professionnelle. Bravo. Je ne connais pas le degré de financement "hors amateur" que cela peut représenter mais c'est un sacré boulot et il fallait venir à Bourges. Ce fut mon coup de cœur ! Et je reviendrai à Bourges pour voir des films de ce niveau. Le jury a décerné un prix du meilleur scénario.

Après ce coup de cœur, et quelque hésitation, je tire mon chapeau à Les oursons, de Charly Costa, Marseille, région 8. Fiction de 8'30.
Là aussi j'ai été bluffé par ce film qui commence doucement, à l'inverse du précédent, avec ces deux assistantes sociales classiques, dans un décor banal de bureaux sociaux, puis dans des rues banales, qui entrent dans un immeuble banal pour rencontrer une maman banale qui ne s'est pas présentée à un rendez-vous.
Et là c'est extraordinaire. On comprend de suite qu'il y a un problème avec le bébé dont la maman évite de parler. Elle détourne questions et réponses en parlant et en parlant d'autres choses. On la sent très vite dans son rôle, maîtrisant parfaitement les paroles pour convaincre, les expressions pour traduire une domination par la dialectique devant ces deux femmes qu'elle semble apprécier mais qui posent des questions. Et puis son jeu s'enflamme quand elle devient furieuse à l'adresse de son mari qui l'a trompée, dans le lit conjugal, avec la pouffiasse de voisine, et qui n'est même pas capable de chercher du travail. Sa colère va exploser mais en même temps elle accompagne, sans s'en rendre compte, les deux visiteuses vers l'irréparable, vers son bébé qui n'est plus. Virginie Aimone, dans ce rôle de maman a eu le prix d'interprétation féminine et elle ne l'a pas volé parce que ce niveau de jeu c'est plutôt rare, même exceptionnel. Le rôle des deux autres femmes est bien calme à côté, mais c'est-à-dire complètement dans le sens de la discrétion que se doivent de tenir les travailleurs sociaux. Autrement dit tout est dans le ton. Le sujet a ému le public et encore plus quand le générique annonce que le scénario est issu d'une réalité. Le jury a décerné le grand prix du président de la république.

Ces deux films sont bien dans la veine qui fera mentir deux réflexions entendues, ou lues, dans et après nos "nationaux" récents et qui disaient, a juste raison, que les amateurs n'osaient pas attaquer les problèmes actuels et importants de la société mondiale. Bravo Charly Costa. Je t'ai rencontré à l'UNICA de Belgique il y a peu. Je ne soupçonnais pas cette énorme disposition à nous émouvoir.

Et de deux. J'ai ensuite été accroché par trois films que j'ai du mal à départager. Qui doit être premier ou dernier ? Je commencerai donc par Amoureuses que je découvre. Les deux autres, vus au régional de notre région, attendront les paragraphes qui suivront.
Amoureuses de Renaud Ducoing, Paris, région 1. Fiction de 15'30
C'est pour moi un petit chef d'œuvre dans l'analyse psychologique des deux personnages et dans la direction de la mise en scène et le choix des plans et enchaînements.
Il y a d'abord la présentation du film en extérieur qui sans un seul mot, ou presque, campe parfaitement les deux personnages et la fête anniversaire qu'elles ont préparée pour elles deux. C'est clair, propre, esthétique et plaisant. Puis viennent les scènes délicates pour les deux lesbiennes qui ont décidé d'avoir un enfant mais bien sûr sans le mâle. S'en suivent des situations pas simples pour l'une, pour qui ce n'est pas le moment, et pour l'autre, en cadeau d'anniversaire de la première, de copuler avec ce charmant garçon sélectionné, secrètement, par sa compagne qui lui en fait la surprise. Il y a dix ans que cet acte charnel avec un garçon lui a échappé et elle n'est pas demandeuse. Mais il y a urgence. Et la caméra est là. Elle expliquera tout sans rien vraiment dévoiler d'impudique mais elle mettra parfaitement en scène la problématique de la relation et entre les deux amies et entre le garçon, puceau de surcroît. C'est délicat et osé, déshabillé dans la relation émotionnelle. C'est de la maîtrise d'un cinéma d'auteur qui se respecte. J'ai été emballé. Et puis la femelle a été reprise par la chose redécouverte du compagnon ... et a aimé. Trop aimé au goût de sa compagne qui l'a vite reprise en main.
Et après j'ai moins aimé, quand l'auteur nous emmène vers les deux compères qui ont chacune leur tour pris goût à la chose hétéro.
J'ai trouvé ça une chute facile et un peu machiste, interprétant, pour ma part, et ma seule part, la fin classique de la gourmandise facile et presque méprisante dans son côté machiste. J'aurais préféré, comme souvent les cinéastes de nos clubs, que l'auteur choisisse la chute que j'attendais, c'est-à-dire pour moi un immense conflit entre les deux amies dans des choix déchirants entre la partenaire ou le visiteur.
Malgré cela j'ai adoré le film et le cheminement de l'ambiance psychologique.
Deuxième lecture : au club, hier soir, nous avons visionné à nouveau les "Amoureuses". J'ai été très surpris par quelques mots entendus : "problème très grave" (sous entendu la volonté d'écarter l'homme, le père), "film qui a choisi la dérision", ou "l'approche humour". !!!
Bon. L'enfantement par femme seule n'est pas nouveau et si cela n'enrichissait pas, en d'autres temps, les conversations bien pensées, le phénomène existe sûrement depuis que la femme est femme et l'homme est homme. Peut être mettre l'accent sur les problèmes pas très mesurables de fécondations en tout genre qui se précisent à notre époque est-il un fait pas très rassurant, voire inquiétant, au moins pour les notaires et avocats. Pour la morale on en a entendu d'autres !
Je ne partage pas du tout l'approche dérision ou l'approche humour. Je n'ai, à aucun moment eu envie de rire ou de souscrire à la dérision au cours de la projection. J'ai trop été pris par le contexte "psychologie" des individus présentés dans les circonstances proposées. Mais chacun reçoit les images comme il est câblé, suivant l'heure, l'esprit de détente ou de tension, suivant ce qui a précédé et suivant la fatigue ou la relaxe, suivant l'environnement et l'envie ou non d'être réceptif.
Et la deuxième vision de la fin ? Il y a eu plusieurs propositions de réception que je peux partager. Je laisse à la rédactrice du compte-rendu le soin de le narrer. O
n peut dire encore que ce film rejoint l'appréhension des phénomènes contemporains évoqués plus haut.

Nous arrivons à … allez, pourquoi pas … Dérapages de Emmanuel Guy, Cesson-Sévigné, région 4. Fiction de 15'50.
Nous avions vu et apprécié ce film au régional de La Baule en avril dernier. J'ajouterai qu'il m'a plu davantage. En première vision il y avait des choses, même petites et pas très précises, un ressenti, qui me dérangeaient. En deuxième lecture c'est différent parce que l'on connaît les enchaînements et ça efface les questions d'avant. Par exemple la recherche du corps qui semble être très loin de la route alors que le choc pouvait nous le proposer à quelques … peu de mètres. Attentif, je pense que la caméra très basse qui montre les "chercheurs" approcher ne nous montre pas la route qui sans doute est très proche mais invisible. En "une vision" ça trouble, en "deux visions" on se l'explique ! D'accord, c'est pas normal.
Ce scénario est superbement écrit, très bien joué jusqu'à nous inquiéter. Il met en relief les débordements possibles et inquiétants de l'individu dans sa révolte réaliste et explicable (la mort supposée de son enfant), ses noirceurs d'âme (la mère qui découvre que ce n'est pas le sien qui est mort et s'en réjouit (là aussi on ne comprend pas vite sa réaction à la première lecture). La fin est triste, sans complaisance, sans vouloir faire plaisir au spectateur confortable que nous pouvons être. C'est du film fort dans le choix du propos, du film d'auteur du cru et d'aujourd'hui. Ça fait du bien et ça rassure. Quand je pense aux précédents du même jeune ("Peu de chose", 2005, médaillé à l'UNICA, et "Entraves", 2006) je me dit qu"il y a des génies.

Mortinium de Alain Hubert, région 4. Fiction de 18'30.
Comme le précédent nous l'avions aussi vu, et apprécié, à La Baule en avril dernier. Même sentiment de film superbement mené avec une ambiance de cadrages serrés, angoissants, sur un acteur en jeu de grande décadence psychique. Eclairages difficiles de pénombre, chez lui ou en boîte de nuit. Un grand flash-back entre deux plans le montrant interné chez son psy. Une grande maîtrise de l'image, de la mise en scène intime et de l'ambiance de l'irrationnel, de la souffrance de l'esprit, de la douleur de vivre les difficultés, l'alcool, l'éloignement progressif de son amie. Pas drôle le sujet mais une ambiance très travaillée. Le jury a décerné le prix de la meilleure musique originale.

Le jury n'a décerné aucun prix, aucun, rien, pas un miette, aux films "Amoureuses" et "Dérapages". Pourquoi pas !

Puis j'entre dans une catégorie que j'ai classée "très bonne mais moins aimée" et que je présente dans l'ordre d'apparition à l'écran parce que ça me fatigue de les différencier !

La joie du monde de Jean-Yves Fischbach, Mulhouse, région 5. Fiction de 10'
C'est une belle histoire de deux jeunes gens (et fille) réfugiés cachés dans une étroite armoire pour échapper aux fouilles de la (gestapo ?). C'est très bien joué et surtout propose une lumière extrêmement gérée puisque nous sommes dans une armoire et que seule une supposée fente laisse entrer un rayon de lumière.
La fin m'a déçu et n'est pas réaliste ou mal réalisée. On entend des coups de feu en rafale qui sont supposés les tuer à travers l'armoire, mais aucun éclat ne perturbe les portes vues de l'extérieur maintenant, qui restent vierges, sans doute pour ne pas les abîmer. Il fallait suggérer la fusillade … ou bien je n'ai pas compris. Enfin ce dernier plan n'enlève pas la crédibilité à l'ensemble qui était d'une grande facture émotionnelle.

Présence de Philippe Donon, Vaires-sur-Marne, région 1. Fiction de 16'.
C'est la vie compliquée d'un jeune couple dont le garçon a, peut être, perdu son jumeau qui se serait noyé. On voit des scènes atroces, et fort bien amenées, où sa compagne se fait trucider. A chaque fois on en sort par la fin d'un cauchemar. Mais on est hanté par la peur et elle envahit le spectateur. On ne sait plus si on est dans la réalité ou le rêve, si le garçon est orphelin de son jumeau ou si c'est lui qui l'a volatilisé. Tout est question, sans réponses, sans relaxation. L'ambiance est réussie. L'écriture est au rendez-vous.

Devant le miroir de Thomas Legal et Stéphanie Doncker (- de 26 ans), La Baule, région 4. Fiction de 10'30.
J'ai eu un peu de mal, malgré aussi une vision précédente à La Baule en avril, à accepter le personnage de ce père à qui le fils voue une haine profonde et issue de l'enfance. Je ne sais pas si c'est le déroulement du film, le montage, qui me perturbe. Mais la haine du fils et l'espoir du père qu'elle disparaisse, la révolte du père déçu à nouveau par la réconciliation avortée, me perturbe dans la crédibilité du personnage. C'est pet être son jeu qui ne me convainc pas complètement. Il reste que ce film mérite d'être reconnu, parce que conçu originalement et super bien dirigé et mis en scène.

Dédicaces de Loïc Nicoloff, Salon-de-Provence, région 8. Fiction de 8'50.
Passé le dernier, ou presque, il a été un bon divertissement, une détente pleine d'humour, avec un jeu d'acteur remarquable. Le scénario est plein de subtilité, traité délicatement malgré des allusions pas toujours gentilles. Ce "célibataire récent" veut adresser à son ex des messages du bonheur d'être enfin libre et laisser traîner ses chaussettes sans réprimandes. Une "ex et nouvelle" amoureuse, au téléphone, lui remet le grappin … au téléphone. Ça repart pour les mêmes reprises en main … Un acteur seul et un téléphone. Tout passe par la voix, les expressions, les situations drôles, sans redondances. C'est fin, agréable et mérite largement d'être revu.
Le jury a décerné le prix du meilleur acteur


Le dernier film dans ma liste : Le couloir. Un film frais qui ne se prend pas la tête mais qui est complètement organisé dans son déroulement, qui nous surprend dans ses gags, pourtant simples mais qui n'en rajoutent pas, c'est-à-dire que l'acteur ne rit pas de son gag après le gag. Les analyses des situations par les acteurs eux-mêmes, l'un après l'autre, dans un autre cadre que "le couloir", nous font entrer dans la confidence de la problématique, traitée avec humour, de la "relativité-rangementesque". Ces panneaux ne sont pas très esthétiques mais ils sont brefs, dépouillés et justes dans le discours. J'ai trouvé ce film très bien mené dans son exposé et très réaliste. Je ne vous parle pas de la chute qui ferait rougir bien des professionnels, une chute qui surprend par son contenu, sa simplicité et la justesse de son jeu. Bravo à ces filles, deux auteures jeunes qui promettent. Le jury a décerné le prix du CNC, hiérarchiquement le troisième prix de ce concours.

Je ne vous ai pas parlé du film Cool de Vincent Pili, auteur qui a pourtant eu le "Prix du président de la république" en 2006 avec "IDSH66-407C". J'ai voulu défendre ce film à Nantes sans rencontrer, loin s'en faut, l'unanimité. Je l'avais très apprécié et même présenté à un stage d'initiation en vantant sa construction, enfin, non conventionnelle. Donc j'attendais son nouveau "Cool" pour … peut être le prochain stage, avec impatience. Figurez-vous que je l'ai loupé, arrivé trop tard à l'embauche de 9h00 du samedi matin … On en parlera une autre fois puisqu'on doit le voir bientôt au club.


Vous avez facilement remarqué que je n'ai parlé que de films de la catégorie "fiction", c'est-à-dire que des scénarios. Il est vrai que j'ai un faible pour eux, prétextant qu'ils sont des œuvres "personnalisées", en opposition (toute petite) avec les réalités que je trouve d'avantage des "images empruntées". Dans le scénario l'auteur invente sa prise de vue, alors que dans le reportage l'auteur la subit. Mais je ne suis pas, loin de là, un opposant au reportage, considérant qu'il y a une forme d'écriture dans le reportage puisque l'auteur écrit en choisissant ses images et en choisissant son montage.

Parlons donc de cette catégorie "réalité". Je la partage en deux groupes, avec les films réalisés dans l'hexagone, souvent des reportages sur les métiers ou sur des personnalités, et les films tournés dans le reste du monde qui nous montrent l'exotisme de carte postale, ou l'exotisme socialo-humanito-folklo-religio-pauvrisme.
Ces films ont en commun une grande qualité, celle de nous faire découvrir des situations insoupçonnées, inimaginables, des métiers méconnus ou disparus, ou des personnages, même près de chez nous, que nous ne connaissions pas.
Par contre, ils prennent le risque du "déjà vu à la télé", du "vu et revu" dans nos nationaux depuis des décennies. Tant il est vrai que la télé a presque tout montré et que la particularité de nos reporter devrait aller non pas à l'imitation mais d'avantage au ressenti personnel, à l'analyse vue de notre intérieur à nous et non pas depuis les exemples des médias en tout genre. Nous raconter que les Huns étaient nos ancêtres on s'en fout, mais nous montrer que les descendants des Huns mangent du poisson cru le mardi matin sur les plages du nord, ça peu devenir palpitant.
Mais ne nous plaignons pas. Ces films ont le grand mérite d'avoir été faits et souvent quand même bien faits. Et comme le disait Gérard Bailly à nos reporters, dans le forum : tu fais partie de ceux qui mouillent leur chemise pour aller chercher des images difficiles.

Qu'ai-je retenu de ces réalités ? … par ordre de passage … ou presque,

Le cahier d'Hamadoun m'a beaucoup plu pour le choix fait par l'auteur au début : panne de 4x4 et entrée en jeu d'un enfant du pays qui vend son cahier. Ce cahier raconte la vie de son pays et il le vend pour aider son pays et lui aussi, bien sûr. C'est un scénario qui rend sympathique un voyage et le transforme en "reportage scénarisé". Ça s'est déjà fait mais c'est au moins une approche personnalisée. Dommage que le récit "off" de l'enfant ait été repris, en cours de film, par le commentateur officiel, blanc et adulte.
"Le lin", de la fleur au fil"
Une découverte intéressante et instructive
"Plus lourd que l'air … mais si peu"
Une découverte instructive et attirante

De corps … d'âme
Des images rares qu'il a fallu aller chercher dans cette école "confidentielle"
Des 4L pour la Casamance m'a bien plu parce qu'il relate quelque chose qu'il est intéressant de découvrir en images même si l'existence de ces "livraisons" ne nous était pas étrangère. Les images, chronologiques, sont nombreuses, belles et variées, tournées quelquefois à des heures où il aurait fait meilleur à se reposer.
Le temps n'attend pas
Même remarques que pour des 4L … mais ça se passe tout près de notre bon vieux chez nous
Le grand prix de Slovaquie
Voilà un sujet extraordinairement original et remarquablement filmé, où tout est montré, sans perdre de temps, presque avec humour et sympathie envers ces vieilles locomotives qui font la course, de front, en … Slovaquie.
Le passage un émouvant hommage à une personne de la résistance de la guerre 39-45 qui, très jeune, aide son père à aider les "recherchés" à franchir les Pyrénées. Récit et reconstitutions, ce qui n'est pas commun.
Sans papiers une incroyable réalité à Madagascar qui refuse les papiers d'identité à ses propres ressortissants nés "en douce" parce que pauvres pour aller à l'hôpital. Nous … on en réclame pour ceux qui sont nés ailleurs !

Adrénaline. J'en parle parce qu'il m'a tellement choqué …
Un film, fait avec les images des autres, qui veut, et c'est bien, dénoncer la propagande des journaux télévisés Américains à la solde de Bush et de quelques pays arabes à la solde d'Al-Qaida. Ça part d'un bon sentiment. Mais où ça se gâte "gravement", comme disent les moins de 20 ans, c'est qu'on nous sert de la boucherie à ne plus en finir, avec des snippers dans tous les azimuts qui "défoncent" de l'ennemi en direct dans tous les coins de l'écran … et on veut nous servir ça POUR DE LA DÉRISION. Qu'en penseraient les parents des jeunes soldats "tirés" dans notre écran comme des lapins ? … pour nous faire rigoler … en mettant l'auteur dans l'image, déguisé en vrai faux correspondant. J'ai trouvé ça de très mauvais goût et tellement déplacé que je me suis demandé ce que ce film faisait là. Et je me le demande encore.
Evidemment le président du jury régional qui l'a sélectionné a dû avoir peur de remontrances à venir, en cas de non sélection, étant donné la personnalité de l'auteur.
Et ce film a eu un prix. Je me demande si le président du jury n'est pas un copain de l'auteur ! …

D'autres films m'ont plu, à des degrés divers. Il n'y a pas de honte à être absent de ce papier !

Voilà mes sentiments, non garantis, sur ce "National".

Après ce long bavardage je vais me remettre sur mes chantiers de montage de films. Parce que ça n'avance pas beaucoup ! Il y en a trois sur trois time line. Avec des images, pour l'un, tournées en 2001 … C'est pas rapide !

C'est plus facile de critiquer les films des autres et les jurés, comme disent mes "amis" du club !

A la prochaine à Bourges … si j'suis pas j'té !

André Charpentier

 

Palmarès 2007 "Cœur de vidéo"

 

Grands Prix
Prix du Président de la République : Les oursons de Charly Costa
Prix de la Ville de Bourges : Bill Viola de Quentin Lazzarotto
Prix du CNC : Le couloir de Marie Boivent et Cécile Guieu
Prix de la région Centre (prix spécial du jury) : Le temps n'attend pas de Christophe Déat
Prix de la FFCV ( prix du président du jury) : L'emmerdeur de Claude Marcellin

Prix du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des sports :
Formulaire de Marie Arun, Cassandre Munch et Mélodie Gonthier

Prix spéciaux
Prix d'interprétation masculine : Wulfran Dufay dans le film Dédicaces
Prix d'interprétation féminine : Virginie Aimone dans le film Les oursons
Prix de la mémoire : Le passage de Bernard Seillé
Prix de la fraternité : Passe le temps de Michèle et Jean-Luc Jarousseau
Prix de l'environnement : L'ourse de Joël Sentenac
Prix de la meilleure investigation : Adrénaline de Philippe Sevestre
Prix du meilleur scénario : Le soldat de Jean-Marie Burgin et François Laurent
Prix de la meilleure lumière : La joie du monde de Jean-Yves Fishbach
Prix de la musique originale : Mortinium d'Alain Hubert
Prix du meilleur montage : Le réseau de Ludovic Piette et les jeunes de Vatos Locos
Prix du meilleur reportage : Des 4L pour la Casamance de Louis Pireyre

Mentions
De corps... et d'âme de Gérard Bost
Cool de Vincent Pili
L'ombre de Mathieu Perrier

Prix du film minute
Dialogue de Michel et Jocelyne Portat

Sélection UNICA 2008
Le couloir de Marie Boivent et Cécile Guieu
Bill Viola de Quentin Lazzarotto
Les oursons de Charly Costa
Cool de Vincent Pili
Le passage de Bernard Seillé
La canette magique de Ludovic Piette et les jeunes de Vatos Locos
Film minute : Dans la peau de Cixi :Plouf! de Loïc Nicolof

Prix du forum (attribué par le public)
Le couloir de Marie Boivent et Cécile Guieu