CVN Calendrier 2007-2008
 

 

Séance du 23 mai 2008

Séance exceptionnelle ce vendredi 23 mai 2008. En effet, nos amis de Cesson Sévigné ont été invités à présenter leurs films à l’occasion de cette soirée.
Arrivés à Nantes vers 18 H 30, les vidéastes rennais, une dizaine de personnes, dînent avec quelques cévénistes à la Cantine de la République, tandis que l’équipe habituelle prépare la salle de projection et installe les matériels.
A 20 H30, tout le monde se retrouve salle A.

Environ quarante personnes dans la salle. Loïc accueille, donne de brèves infos et excuse Geneviève et Yves, membres du comité empêchés ce soir.

Michel Lelièvre, président du club de Cesson, remercie de l’accueil, présente succinctement son club et les membres qui ont fait le déplacement.

Puis, le premier film est lancé :

Les sabots de Jeanne, de Daniel Reymond, film de club, passé au régional de Brest 2004, 26 minutes.
Il s’agit d’une reconstitution d’un mariage en 1900 à Cesson.
Œuvre de commande et de mise en valeur du patrimoine pour célébrer le centenaire de l’église du pays. Montage parallèle : d’une part le déroulement de la cérémonie du mariage fabriquée pour la circonstance et, d’autre part, scènes reconstituées de la vie à la campagne il y a un siècle.
Assurément, un très gros travail (écriture, acteurs, figurants, costumes, décors, objets d’époque…). Quelques moments délicieux, dont le morceau de grande jésuterie où le célébrant martèle avec une conviction toute d’époque la soumission obligée de l’épouse. Et aussi, des images qui nous font découvrir efficacement des temps que les moins de cent ans…
Quelques faiblesses cependant : au moins deux caméras en tournage, mais on sent bien que si l’une d’elles est en chaleur, l’autre est de glace ; pourtant c’est le même jour, dans la même église, et avec la même lumière. Et aussi la règle des trente degrés, malmenée à deux ou trois reprises. Quand aux sabots, entraperçus dans deux ou trois plans, rien ne dit qu’ils sont bien à Jeanne.
Au final, un film intéressant, mais lent et long. Et pour l’équipe qui a travaillé sur ce film : une aventure inoubliable.


Chauffe Marcel, de Adrien Hilaret, 2003, 8 minutes
Film d’une équipe de jeunes, managée par Denis Schneider, président d’honneur du club de Cesson.
Une histoire simple : trois SDF, dont un souffre douleur.
Ce dernier doit ravitailler le trio en bois de chauffe pour alimenter le feu nécessaire à faire chauffer la soupe, griller les patates et aussi dégeler des doigts de pieds.
Pas sot du tout, le souffre douleur, qui va solutionner le problème en rapportant « au foyer » le symbole du rêve des autres !
Une affaire vite et bien expédiée, en quelques plans seulement. Et qui ne semble pas durer les 8 minutes annoncées.


Tromperies, de Olivier Cloarec, 2005, 5 minutes,
Comme le film précédent : travail d’une équipe de jeunes managée par Denis Schneider.
L’histoire : Jeune, beau, amoureux, mais trompé quand même. En tout cas il le croit… et donc jaloux.
Et inventif, genre concours Lépine ; grand investigateur pas radin en kilomètres pour tenter de piéger la belle.
La fin n’est pas celle qu’on imagine.
Un film bien ficelé, dont les trouvailles technologiques piègeuses du jaloux alimentent joyeusement le débat après la projection.


Compartiment non fumeurs, de Bernard Thomazeau, animation, 2004.
6 minutes de bonheur : de l’animation vraie, avec des dessins au crayon et à la peinture sur support adapté, qui se succèdent très efficacement, filmés vue par vue en 16 mm, et participent pleinement à la magie de l’animation.
L’histoire : Dans un train, un compartiment non fumeur, des passagers, tous différents. Un microcosme genre « Poséidon », ou « Tour Infernale », le dramatique et le grandiloquent en moins. La gêne d’un cigare allumé met le feu partout : cher le lecteur (du journal) qui devient diable, dans le pantalon du vieux monsieur qui soudain …ose, chez la fille réservée qui colle une beigne au vieux monsieur…
Transformation des visages, gestuelle : du beau dessin, du grand art qui n’a rien à envier aux techniques d’animation modernes.
Pour moi, le meilleur film d’animation amateur vu à ce jour, du même niveau que « l’Âme Seule » (dans un autre registre, certes) de nos amis de la Baule Images.


Suite du programme avec 4 films d’Emmanuel Guy.
Invité par Loïc à venir présenter son premier film, Emmanuel sera clair « Ni avant, ni après ». Provoc !
Heureusement pour nous, finalement il ne se fera pas prier pour venir nous parler de chacun de ses quatre films.

Entraves, d’ Emmanuel Guy, 2005, 18 minutes
Deux individus parasites nuisent à une jeune femme et à son appartement. L’un est une bête, un chien, l’autre un homme : Polo, pas beau mais vrai. L’histoire ne se raconte pas, il faut voir le film pour en éprouver l’émotion, recevoir le choc, admettre la maîtrise de la réalisation sur toute la ligne.
D’entrée on fait le tour de l’appartement par un très long panoramique (avec un peu de travelling dedans ?). Tourné en couleurs très atténuées, format 4/3, recadré avec bonheur en 2/1 (on perd des pixels, mais on s’en moque car avec un tel ratio on n’est plus dans le format téloche, mais bien au Cinéma), « Entraves » est, selon Emmanuel Guy, le premier film qu’il ait tourné avec vrai un chef opérateur, et dont il ne pourra plus se passer par la suite.
Découvert lors du Régional à Nantes 2006, ce film a été, pour beaucoup, la révélation de la maîtrise cinématographique d’ Emmanuel Guy.
Par la suite, « Entraves » s’est distingué pratiquement partout où il a concouru.


Peu de Chose, d’ Emmanuel Guy, 2004, 20 minutes.
Encore un sujet grave, contemporain… Pire : récurrent : le mépris et la haine portés aux Juifs (mais ça pourrait être d’autres minorités) par une partie non négligeable de la bonne société française bien campée sur ses certitudes, assise sur son petit confort définitivement acquis (qu’elle croit), sa supériorité prétendue (on n’est pas le pays des Droits de l’Homme pour rien !), mais aussi sa propension à se mettre la tête dans la sable pour ne pas voir ce qui se passe autour.
En contrepoint des convives lâchetons, 2 êtres qui résistent, qui vivent : « lui », qui tranche dans le vif et part vers des airs plus respirables. Et « elle », la rescapée des camps, déjà âgée mais encore très belle, douce, posée, dont la voix et les mots ont aidé à la prise de décision du premier.
Dans ce film, Emmanuel Guy ne juge pas ; il laisse à voir, et à réfléchir.

Filmé (PD150) en couleurs, mais monté en noir et blanc, ce film coup de poing à l’indiscutable qualité visuelle (cadrages, montage) pêche quelque peu par la qualité du son. En effet, aux 2/3 du film, dans les échanges verbaux violents, on y entend très clairement la rémanence métallique que Sony s’est avéré incompétent à solutionner sur les prises XLR des séries PD150, PD170, PDX10P entre autre.
Sur d’autres films primés à des compétitions fédérales, ce défaut est également très clairement audible. Dommage !


Dérapages, d’ Emmanuel Guy, 2006, 15 minutes.
Concours de circonstances, affolement, précipitation dans la décision… ce sont les arguments qui concourent à l’aboutissement de ce film violent dont on ne sort pas intact, une fois de plus.
Un film à méditer, et à transposer dans les événements simples de notre vie de tous les jours. Pour réfléchir avant de faire ou de dire. Et éviter les catastrophes.

Côté technique : des images et un montage tirés au cordeau, résolument pro.
Des contrastes aussi : l’environnement douillet et la féminité extrême de la conductrice, avant que tout ne bascule. En contrepoint, un décor ruralo-cauchemardesque façon Tim Burton, humide et gluant, sans lumière, complètement adapté pour accueillir la chute dramatique de cette histoire.


Nuit Blanche, d’ Emmanuel Guy, 2007, 22 minutes.
Un bar, la nuit, dans un pays imaginaire.
Le garçon et la fille se rencontrent, se plaisent et quittent l’établissement ensemble.
Chez lui, des volutes de leurs cigarettes fêtent un accomplissement tout neuf.
Quelques images plus tard, ils sont séparés par des brutes qui représentent l « Ordre ». Séparés à vie, mais ils ne le savent pas.
Un pays imaginaire où fumer est un crime, mais un pays qui décore et rend les honneurs aux larbins qui assassinent « glorieusement ».
J’aurais bien aimé voir ce que fument les officiers supérieurs, ceux qui donnent les médailles…

Là aussi, un sujet très fort, percutant, superbement joué par tous les acteurs. Avec, visiblement, des moyens institutionnels mis à la disposition de l’équipe du film. Tant mieux, on y croit d’autant plus.
Côté image, son et montage, aucun effet gratuit, mais une technique parfaitement et sobrement maîtrisée. A noter un mémorable panoramique gauche droite à mi film. Un régal pour les débutants, et aussi pour ceux qui croyaient avoir tout vu.


A l’issue de la projection de ses films, Emmanuel Guy explique qu’il ne tourne plus qu’avec une équipe parfaitement structurée, organisée, évolutive en fonction des films, des sujets, de la disponibilité des uns, des unes et des autres.
Ses interprètes sont choisis sur casting. Certains, qui croyaient que le tournage d’un court n’est qu’une partie de rigolade, n’y reviennent pas. Mais à la lecture des génériques de ses films, on voit bien qu’un noyau artistique et technique performant est toujours là. Comme par exemple, Jean-Luc Rousselle, interprète parfait, mais aussi auteur remarquable de la musique originale des films d’Emmanuel présentés ce soir au CVN.

Emmanuel Guy montre que faire des films ce n’est pas « seulement maîtriser parfaitement la technique et l’art », c’est avant tout mettre la technique et l’art au service de sujets forts, voire dérangeants. Incontestablement, il y réussit parfaitement. Souhaitons-lui de nous déranger encore longtemps.

Après ce beau programme offert par nos amis de Cesson Sévigné, le verre de l’amitié est partagé par tous. Très rapidement, afin de libérer, avant les fatidiques douze coups de minuit, la salle qui accueille nos séances.

Robert Beautru