| COLIGNY ET LES COLONIES PROTESTANTES AU NOUVEAU MONDE | |||||
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Nommé amiral de France en 1552 à l'âge de 33 ans, Gaspard de Coligny originaire de Châtillon-sur-Loing pensait venir à bout des guerres de religion qui dévastaient la France, en ouvrant un front extérieur afin de ressouder la Nation. De 1555 à sa mort en 1572, Coligny, converti à la Réforme, est à l'origine de toutes les entreprises d'expansion française aux Amériques au XVIe siècle. Il voulait déloger l'Espagne et le Portugal de leurs bases américaines et pour ce faire préconisait la nécessité du peuplement et de la mise en valeur de nouvelles possessions françaises au Nouveau Monde. François 1er avait contesté avec force le traité de Tordesillas attribuant les nouvelles terres découvertes aux nations ibériques et revendiquait sa part du testament d'Adam. En fondant Le Havre-de-Grâce il avait la ferme intention d'en faire une base avancée vers les Amériques. Jean III persistait à exiger un monopole que François 1er ne reconnaissait pas. Ce dernier finira par obtenir le principe du droit de possession exclusive fondé sur l'occupation permanente. Il ne suffisait plus d'avoir découvert une nouvelle terre, encore fallait-il l'habiter pour en être propriétaire. La négociation se fit à Marseille en octobre 1533 par l'intermédiaire de l'Abbé du Mont Saint-Michel, le grand aumônier Jean Le Veneur et du cardinal de Monreale, neveu du souverain Pontife. |
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Par cette carte de l'Amérique du Sud baptisée "France Antarctique" Thevet révèle les intentions colonisatrices des Huguenots français selon l'ambition de Coligny. Historical Antique maps of Brasil . Usage pédagogique non commercial. DIUPNC. |
La "France Antarctique" En 1555 Coligny avait obtenu de Charles IX l'autorisation d'implanter des colonies au Nouveau Monde. Le vice-amiral de Bretagne, Durand de Villegagnon est chargé d'installer des Français au Brésil dans la Baie de Guanabara (rivière de Janvier) signalée par le cartographe havrais Guillaume Le Testu. L'armement de trois navires, deux vaisseaux de 200 tonneaux armés en guerre et une hourque de 100 tonneaux chargée de munitions, vivres, matériel et pacotilles eut lieu au Havre-de-Grâce au cours de l'été 1555. Selon Heulhard cité par Anthiaume, ces navires s'appelaient la Grande-Ramberge, la Petite-Ramberge et la Rosée. Les capitaines respectifs étaient Sainte-Marie dit l'Espine, Bois le Comte et probablement Guillaume Le Testu. Les auteurs ne s'accordent ni sur le nombre de personnes engagées ni sur la date exacte du départ. Pour Heulhard, elles étaient au nombre de 290 tant soldats que matelots, 600 selon d'autres, mais Heullard confond le premier départ du Havre et le deuxième départ, l'année suivante de Honfleur. Villegagnon avait eu bien du mal à recruter des volontaires et dut se contenter de gens de sacs et de corde, repris de justice, condamnés à mort. Des Calvinistes sentant venir les persécutions se sont joints à eux. Le moine cordelier Thevet était également du voyage. La flottille est partie du Havre le 12 juillet 1555 à trois heures de l'après-midi. Une tempête l'obligea à aller se mettre à l'abri sur la côte d'Angleterre puis à la faveur d'une accalmie à entrer en relâche à Dieppe où plusieurs engagés sortis de prison en profitèrent pour s'évader. Il y eut, par ailleurs, de nombreuses désertions parmi les équipages. Il fallait les remplacer. Quelques marins dieppois acceptèrent d'embarquer et des Huguenots se portèrent candidats à l'exil. Le vrai départ de France eut donc lieu de Dieppe le 14 août 1555.
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Après maintes péripéties, le 10 novembre suivant, la flottille de Villegagnon entrait dans la Baie de Ganabara et mouillait près de la plage où s'élèvera plus tard Rio-de-Janeiro. Finalement, pour contrôler l'entrée de la Baie on alla construire un fortin en son milieu, au pied du Pain de Sucre, sur l'ilôt le Ratier puis les colons s'installèrent près du rivage sur l'île aux Français rebaptisée pour l'occasion île Villegagnon sur laquelle on édifia un camp fortifié, le Fort Coligny. Négligeant d'ensemencer la terre, gagnée par la fièvre jaune, la colonie ne tarda à éprouver de sérieuses difficultés. Les rapports avec les Indiens Topinambaulx anthropophages à l'occasion étaient bons tant qu'on pouvait offrir des cadeaux et leurs femmes n'étaient pas farouches. Les événements dégénèrent quand les Indiens connurent la maladie à leur tour accusant les Français d'en être la cause et quand Villegagnon choqué par les accouplements des colons avec les Indiennes en vint à interdire l'union libre dans la colonie et à imposer le mariage. Catholiques et protestants approuvèrent la décision du vice-amiral de Bretagne mais les actes d'indiscipline et les désertions se multiplièrent. Pour fortifier la colonie, Villegagnon réclamait à Henri II, de l'argent, des renforts en hommes qui ne soient pas des repris de justice, mais des artisans et aussi des soldats car il craignait une attaque portugaise. Coligny vit l'occasion de trouver une terre d'exil aux calvinistes français lassés des querelles religieuses perpétuelles. Il fut aidé par des armateurs normands favorables à la Réforme et par le jeune pasteur Jean de Lery désigné par Calvin. La flottille avait ramené du Brésil des produits exotiques rares et notamment des bois de teinture, dont le fameux bois rouge, mais aussi des animaux vivants représentatifs de la faune brésilienne très prisés à l'époque en Europe : perroquets, perruches et autres oiseaux multicolores ainsi que des paresseux familiers et grimpeurs. Elle repartit d'Honfleur cette fois le 19 novembre 1556 avec 14 calvinistes parmi les 290 engagés. Jean de Léry était du voyage. Il en a fait le récit dans un carnet de route tenu du 19 novembre 1556 au 24 mai 1559 : "Journal de bord de Jean de Léry en la terre du Brésil" dans lequel les noms des navires deviennent Grande Roberge, Petite Roberge et Rosée. Aux difficultés de la première colonie vint s'ajouter la querelle religieuse. Coligny et Villegagnon n'avait fait en réalité qu'exporter la guerre de religion au Brésil. Les Portugais surent tirer parti de ces divisions et quand ceux-ci prirent possession de l'île aux Français en 1560, ils trouvèrent beaucoup de "livres hérétiques". Ni crucifix, ni images de Saints, pratiquement aucun signe du culte catholique. Ils venaient de déloger une colonie de l'église Réformée qui avait opéré une contre-révolution protestante au Nouveau Monde. La France Antarctique avait vécue. Elle fut curieusement appelée ainsi probablement parce que de Paris, elle semblait bien loin dans l'hémisphère Sud. |
En rouge sur le croquis : l'île Villegagnon et Fort Coligny dans la Baie de Guanabara (Rivière de Janvier où sera fondé Rio de Janeiro). Historical Antique maps of Brasil sur Internet. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC
Vestiges du Fort Coligny sur l'île Villegagnon dans la baie de Rio-de-Janeiro. DPLD
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![]() Arrivée de Ribault et Laudonnière au Promontoire Français de Floride en 1562. Dessin de Le Moyne de Morgues publié par Théodore de Bry. Chapitre.com - Usage pédagogique non commercial. DIUPNC |
Ribault et Laudonnière en Floride Française Après ses déboires au Brésil, Coligny se tourna alors vers la Floride que Verrazano commissionné par François 1er avait reconnue en son nom et nommée Franciscane, au début de 1524. Il fait armer deux roberges au Havre-de-Grâce au début de 1562 qu'ils confient à deux capitaines huguenots, le dieppois Jean Ribault et le breton René Laudonnière. La roberge était alors un petit navire à trois-mâts, ventru pour transporter beaucoup de marchandises et cependant gouvernant bien en dérivant peu à pleine charge. Plusieurs représentations de ces navires de commerce nous sont données sur les dessins de Le Moyne de Morgues. Une première expédition quitte Le Havre le 18 février 1562 sous les ordres de Jean Ribault pour un voyage d'exploration et de reconnaissance de la Floride. Après avoir abordé une avancée de terre située par 29° 30 ' de latitude Nord baptisée Promontoire Français, Ribault et Laudonnière remontèrent vers le Nord reconnaissant plusieurs rivières au passage auxquelles ils donnèrent des noms de fleuves français : Seine, Loire, Charente, Garonne, Gironde. Nos explorateurs prirent contact avec les Indiens et leurs différentes tribus amies et ennemies d'où la difficulté de négocier avec l'une sans s'attirer les foudres de l'autre. Le 1er mai 1562, ils découvrirent une autre rivière qu'ils baptisèrent Fleuve Mai. Poursuivant leur reconnaissance toujours vers le Nord, ils abordèrent un beau site qui reçut le nom de Port-Royal. L'embouchure du fleuve était large de 3 milles et se divisait en deux parties principales. En signe de prise de possession, Jean Ribault fit graver une colonne avec les armoiries du Roi de France, élevée sur un îlot le long de la berge de la rivière nommée Fleuve Libourne. Puis on construisit le Fort Charles. Ribault y laissa une garnison et rentra en France avec Laudonnière, mais la guerre civile contrariait leur projet de recrutement de renforts pour la Floride. |
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Comme au Brésil, négligeant de cultiver la terre pourtant fertile, à Charlesfort les huguenots français livrés à eux-mêmes, connurent rapidement la disette et durent s'en remettre aux libéralités des Indiens. Des dissensions conduisant à la mutinerie agitèrent la colonie qui sombra dans un horrible fiasco. Les émigrants survivants regagnèrent la France sur un brigantin en sacrifiant l'un d'entre eux nommé Lachère pour survivre en mer alors qu'ils étaient à bout de vivres après avoir mangé leurs souliers et bu leur urine. Cependant, le 22 avril 1564, René Laudonnière repart du Havre pour la Floride avec 300 huguenots embarqués sur les trois roberges Elizabeth, Breton, Faucon. Arrivés à destination, ils eurent la surprise de voir les Indiens vénérer la colonne édifié par Jean Ribault deux ans auparavant lors de la première tentative d'implantation. Tirant les leçons du premier échec, Laudonnière avait remarqué qu'au bord de la rivière de Mai, le mil et le maïs étaient plus abondants qu'ailleurs. De plus lors du premier passage on pensait avoir repéré des traces d'or et d'argent. On décida donc d'y établir un fort sur une île au milieu du fleuve. Ce sera Fort Caroline fondé à la suite d'un traité d'alliance avec le roi Satouriona. La médaille avait son revers car trois mois plus tard Satouriona vint demander l'aide des Français pour livrer bataille à une tribu ennemie. Mais pour accéder aux mines d'or, Laudonnière avait besoin de l'accord de cette dernière menée par le roi Outina. La bataille fut un véritable carnage. Les troupes d'Outina, plus disciplinées et mieux organisées remportèrent la victoire. Le Moyne de Morgues avait assisté au combat et ses aquarelles restituent d'une façon saisissante la violence des ces affrontements tribaux. Le double jeu de Laudonnière avec les tribus indiennes rivales, le manque d'ardeur pour cultiver la terre conquise, l'or promis que l'on ne trouvait que parcimonieusement dans les cours d'eau, conduisirent une fois de plus à l'échec cette nouvelle tentative d'exil des Huguenots Français au Nouveau Monde. Se débattant dans des problèmes insolubles, la seconde colonie aurait connu le même sort que la première si Jean Ribault n'était venu à la rescousse avec une imposante flotte. Ce ne fut qu'un sursis car les Espagnols venaient de fonder San-Augustine en Floride. Ribault prétendit les y déloger, c'était sans compter sur leur supériorité militaire. Dans la nuit du 19 au 20 septembre 1565 Pero Mendenez lança ses troupes à l'assaut des protestants français. Peu échappèrent au massacre. Réfugiés dans les roseaux, Laudonnière et Le Moyne de Morgues qui parvint à sauver son album, eurent la vie sauve. Venu à leur secours Ribault fit naufrage. Mendenez traquait les hérétiques sans pitié et Jean Ribault fut poignardé ainsi que 500 de ses soldats. La bataille pour la possession de la Floride devint un épisode important de la rivalité franco-espagnole. Coligny voulait y implanter des bases permettant de contrôler les Antilles espagnoles et la route des galions. Mais Catherine de Médicis ne le soutenait pas vraiment ne voulant pas la guerre avec l'Espagne. Si bien que Philippe II avait fini par considérer les protestants enrôles par Ribault et Laudonnière comme des hors la loi. |
![]() Construction de Charlesfort sur la rivière de Mai. Dessin de Le Moyne de Morgues publié par Théodore de Bry. Chapitre.com. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC
Aidé par les hommes de Laudonnière, le roi Outina livre bataille contre son ennemi Satouriona. Dessin de Le Moyne de Morgues gravé par Théodore de Bry. Chapitre.com - Usage pédagogique non commercial. DIUPNC |
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