BELAIN D'ESNAMBUC AUX ANTILLES

Les Caraïbes

     Dès le début du XVIe siècle, les Espagnols fondèrent des établissements dans la Mer des Antilles à Cuba, Porto-Rico, Hispanolia (Haïti) et Jamaïque, bases pour leur expansion en Amérique Centrale et notamment au Mexique. Les Antilles étaient peuplées alors par une tribu venue d'Amérique du Sud, les Caraïbes lesquels avaient combattu et refoulé les Arawaks. Pratiquant la culture du manioc, du maïs et du coton, les Caraïbes boucanaient la viande pour la conserver. Armés d'arcs et de flèches qu'ils  trempaient à l'occasion dans le curare, de massues et de sarbacanes, ils étaient des guerriers  cruels qui mangeaient leurs ennemis vaincus après la bataille. Redoutés par les Espagnols ceux-ci avaient bien du mal à coloniser les îles d'Amérique. Les corsaires Anglais et Français dont ceux de l'armateur dieppois Jean Ango en tirèrent profit pour intercepter leurs galions et affaiblir leur monopole commercial au Nouveau Monde.

     Après la défaite de l'invincible Armada en 1588, l'Espagne ne pouvait plus faire plus la loi dans cette partie du Monde et la Mer des Antilles devenait une destination privilégiée pour les tentatives d'établissements des autres puissances maritimes européennes. Les Anglais occupèrent l'île Saint-Christophe qu'ils durent partager avec les Français, la Barbade, Monserrat, Antigua. Les Hollandais prirent Tobago, Saint-Eustache, Curaçao. Les Français quant à eux s'installèrent dans les îles au Vent, d'abord à Saint-Christophe puis en Guadeloupe, à Marie-Galante, à la Martinique, à la Grenade et aux Grenadines, à Sainte-Lucie et Sainte-Croix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mer des Caraïbes par Blaeu 1643. Antique maps. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Portrait imaginaire de Belain d'Esnambuc sur un billet de la Caisse Centrale de la France               d'Outre-Mer. Document Internet. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC

 

 

 

 

 

Belain d'Esnambuc et la première implantation française aux Antilles

     En 1625, Urbain du Roissey, corsaire normand avait pour lieutenant Belain d'Esnambuc originaire d'Allouville-Bellefosse en Pays de Caux où ce dernier  serait né le 9 mars 1585. Ils interceptaient les galions espagnols dans la Mer des Antilles. Le brigantin Espérance armé de 4 canons commandé par d'Esnambuc dut se réfugier sur la rade de Basse-Terre à l'île Saint-Christophe pour réparer des avaries subies pendant la bataille navale. L'équipage d'un corsaire anglais naufragé sous les ordres d'un certain Thomas Warner s'y était réfugié mais on ne savait à qui vraiment appartenait l'île depuis que les Espagnols s'en étaient retirés. Anglais et Français s'entendirent pour chasser les Indiens Caraïbes et se partager l'île.

     De retour au Havre quelque temps plus tard avec un chargement de tabac plein la cale de son navire, Belain d'Esnambuc est convoqué à la Cour par Richelieu ainsi que du Roissey rentré en métropole également. Le 31 octobre 1586, le cardinal accorde la concession des îles  Saint Christophe, de la Barbade "et toutes autres circonvoisines" aux sieurs d'Esnambuc et du Roissey. Des navires armés en course seront mis à leur disposition au départ du Havre de Grâce et de Port-Louis. Ils devront effectuer leur retour au Havre. La Compagnie de Saint-Christophe est fondée avec quelques associés dont Richelieu, qui placent  chacun deux mille livres dans l'affaire, d'Esnambuc et Roissey se réservant le dixième des bénéfices.

     En Europe la situation économique n'est guère brillante : la misère  et le chômage, les persécutions religieuses conduisent  des tas de gens à l'exil. On s'engage au service de quelqu'un. Le 22 février 1627 embarquent au Havre, 532 engagés, sur quatre navires : Victoire, Trois-Rois, Cardinale, Catholique. Un tiers des émigrants n'arriva pas à destination, emporté par le scorbut et la dysenterie. Les  cadavres sont cousus dans de la toile à voile et immergés en mer. Une centaine d'autres mourront à l'arrivée dont une trentaine, écroulés à bout de force  sur la grève, dévorés par les crabes. Restent environ 250 exilés mal en point qui finiront par être décimés à leur tour.

A l'origine de la traite négrière atlantique  

     De son côté l'anglais Thomas Warner arrivait avec 400 colons anglais en pleine forme munis d'approvisionnements et de matériel alors que les Français se trouvaient livrés à eux-mêmes, la Compagnie de Saint Christophe se contentant d'attendre les revenus de l'opération sans avoir rien prévu pour eux. Belain d'Esnambuc est obligé de vendre du tabac aux navires  de passage pour se faire un peu d'argent. De plus, les Anglais complotent en vue de se rendre maîtres de l'île. Une escadre française doit intervenir en 1629 afin de faire respecter le traité de partage.  Exploitant cette mésentente, les Espagnols finissent par occuper l'île franco-anglaise. Avec la poignée de colons français survivants, d'Esnambuc se réfugie dans des îles voisines Saint-Martin et Saint-Barthélémy mais parvient à revenir à Saint-Christophe où la Compagnie continue de les ignorer. Ecœuré, il revient en France protester auprès de Richelieu. Roissey s'était retiré de l'affaire.

     Le 12 février 1635, sur  proposition de d'Esnambuc,  est créée la Compagnie des Iles d'Amérique dont les statuts prévoient la fondation d'établissements dans toutes les îles d'Amérique qui ne sont pas encore occupées et la conversion des "Sauvages" à la religion catholique apostolique et romaine. Il est prévu d'y envoyer en 20 ans, 4 000 colons français, hommes, femmes et enfants,  ainsi que de nombreux missionnaires.

     La compagnie concéda au gentilhomme normand Duplessis et à Liénart de l'Olive, lieutenant de Belain d'Esnambuc, et pour 10 ans, le monopole de la colonisation des terres nouvelles. Le 28 juin 1635, un contingent de 550 Français débarquait en Guadeloupe pour y cultiver le tabac, le sucre et le coton. Le 1er septembre suivant, d'Esnambuc fondait la colonie martiniquaise. Sept ans plus tard, 5 000 catholiques français occupaient   14 îles dans la Mer des Antilles et y développaient d'une façon intensive la culture de la canne à sucre laquelle va nécessiter une importante main d'œuvre d'importation. Le trafic colonial triangulaire prenait son essor. Il va se développer et s'intensifier pendant un siècle et demi faisant des ports de l'estuaire de la Seine le deuxième complexe portuaire français d'armements pour la traite des Noirs, derrière Nantes et en concurrence avec Bordeaux et La Rochelle. Les statistiques sont difficiles à établir, d'abord en raison du manque d'archives pour la première période, ensuite par la confusion établie avec l'expression "voyages en droiture" ; en réalité les expéditions qui ne passaient pas par les côtes d'Afrique à l'aller, ramenaient les produits coloniaux achetés avec le produit de la vente des esclaves africains, car le navire négrier ne suffisait pas à lui tout seul. Tout était donc lié.

Retour à la page d'accueil

Vestiges d'une ancienne sucrerie à l'île St. Kitts (ex-Saint Christophe) aux Antilles.  Photo  J. Stephen Conn sur Internet. Usage pédagogique non commercial. DIUPNC

Principales sources utilisées :                                                                                          Charles André Julien : Les Français en Amérique au XVIIe.  Cours dactylographié de la Sorbonne. Centre de documentation Universitaire. Paris s.d.                                       Margry : Belain d'Esnambuc et les Normands aux Antilles. Paris A. Faure. 1863            A. Joyau : Belain d'Esnambuc. Paris. Bellenand. 1950.