EDITORIAL d' AVRIL 2007
Un Président ? Pour quoi faire ?
« La politique de la France ne se fait pas à la corbeille. »
s'indignait en son temps De Gaulle lors d'une conférence de presse ! Eh bien, L'économie, l'amélioration des conditions de vie, le bonheur ne se font pas à l'Elysée. Légale ou pas, la révolution non plus. Le regretté Jacques Faizant n'avait-il pas découvert cette merveilleuse anagramme : Révolution française, un veto corse la finira ?
La multiplication des hommes et des femmes providentiels se nourrit de l'Etat Providence.
Ces mouches Tsé-Tsé, qui s' approprient les succès de ceux qui tirent le coche et prennent tous les risques, ignorent que ce sont elles qui les anesthésient et les épuisent. Alors, devant les résultats de sa politique, un président français a pu un jour s' impatienter : < Il n' y a pas de caisses là, dans un coin, d' où on puisse tirer les Louis d' or pour compenser les pertes de ceux qui ont perdu le sens de la compétition ! > (François Mitterand, discours d'Alès, 24 juin 1984 )
Mai 2007 passé, tout reste à faire : une révolution légale peut modifier des aspects du pays légal, pas l'essentiel du pays réel. La fonction de l'Etat aujourd'hui est de codifier la vie privée au nom de la vie sociale. Le pays réel n'aspire pas à prendre ou renverser le pouvoir politique mais à reprendre le pouvoir sur lui-même : que chacun puisse contrôler sa propre vie. Nous ne devons pas attendre d'un président qu'il nous dise : voilà ce que je vais faire pour vous mais voilà les pouvoirs que je vais vous rendre à chacun d'entre vous, car vous êtes responsables et propriétaires de votre propre vie ! Quel candidat adoubé par la classe politique a-t-il tenu un tel discours ?
Que de promesses, que de programmes, que de JE veux, JE serais, JE ferais, dans les discours des candidats à la magistrature suprême !
Pourtant, comment débattre du temps de travail lorsqu'on confond production de biens physiques et richesse ? Comment aborder la sécurité publique et privée lorsqu'on crie au fascisme dès que les mots ordre ou autorité sont prononcés ? Comment réduire la dette et améliorer le solde budgétaire de l'Etat quand l'impôt n'est pas un moyen de financement mais un outil de sanction de ceux qui sont supposés être riches ? Comment réduire le chômage quand on veut obstinément ignorer que ce sont les ventes, le chiffre d'affaires des entreprises profitables qui paient les salaires et par conséquent créent les emplois ?
L'exception politique française fait de notre Président de la République un chef d'Etat hors du commun. Dans tous les pays démocratiques du monde le chef d'Etat a un rôle de représentation, l'essentiel du gouvernement revenant au représentant de la majorité parlementaire, qu'elle soit absolue ou relative. La France est entourée de Monarchies, constitutionnelles et honorifiques ou de républiques parlementaires dont les présidents ont des pouvoirs contrôlés. Seul aux Etats Unis, le Président est en même temps le chef du gouvernement. Mais ses pouvoirs sont limités par le congrès, la durée de ses mandats ( quatre ans renouvelable une seule fois ), l'impossibilité de dissoudre le congrès, une constitution simple, vigoureuse et connue de beaucoup de citoyens et un statut qui ne le met ni à l'abri des poursuites judiciaires ni de la révocation ! Avec la Constitution américaine, ni Giscard d'Estaing, ni Mitterand et encore moins Chirac n'auraient terminé leur mandat sans au moins subir un début de procédure d'impeachment.
La Constitution de la Vème République a été écrite à la mesure d'un homme providentiel rappelé dans une situation où l'économie était dynamique dans une croissance forte et la politique instable et déliquescente : meurtrie par la guerre d'Indochine, la France était embourbée dans le conflit algérien.
« Je n'ai pas pris le pouvoir, je l'ai ramassé » aurait dit le Général De Gaulle.
Dans la France de 2007, l'économie est étouffée et la classe politique psycho-rigide : paranoïaque, celle-ci a peur des mots (libéralisme, autorité), des autres ( américains, mondialisation, immigrés ) et ses représentants se perdent dans des stratégies sinueuses sinon nébuleuses pour ne déplaire à personne, et se faire élire ou réélire.
Si par miracle, notre futur chef de l'Etat, une fois élu découvrait le libéralisme, tout resterait à faire.
Le 7 mai 2007, le combat commence.
Alain C. Toullec