


Société à violence intégrée - Introduction (suite)
Doit-on supprimer dans notre législation tout ce qui relève de l'appel au meurtre ou à la haine ?
Et si Kenzy et Stomy Bugsy veulent retrouver une esthétique de la provocation forte, il peuvent relire ( sic ? ) les milliers de pages de la littérature et de la chanson françaises, revoir les innombrables films et pièces de théâtre, qui ridiculisent et brocardent avec talent la maréchaussée et la gendarmerie.
Ou aller voir Guignol...
Le sujet de cet essai ne porte pas sur l'existence de la violence mais de sa négation, de son intégration en normalité, de sa banalisation.
Brûler des voitures pour Noël ou le jour de l'an est devenu traditionnel, c'est entré dans les moeurs, dans la logique des choses. Les commentaires, des experts, des observateurs et des journalistes sont directement issus de cette même « normalité », de ces explications sociologiques simplistes et convenues sur le malaise des banlieues, des inégalités croissantes ou de la montée de la précarité. Imprégnées de l'idéologie dominante, il n'y a plus de différence audible entre les interventions éclairées des journalistes des radios, qu'elles soient publiques ou privées : l'auditeur pourrait rédiger lui-même l'article tant il a entendu les mêmes antiennes répétées.
Donc on en parle et on se fait peur, mais, par le vocabulaire et le commentaire, chaque fait est minimisé, son importance est gommée. La peur de la violence c'est d'abord la peur de la nommer.
Chacun s'entend à pester contre la violence. Elle est abjecte et avec juste raison nous protestons à chaque manifestation de cette violence.
A chaque ? Là, c'est moins sûr.
Il ne s'agit pas de faire appel à plus de police et à une justice plus sévère : cela viendra de surcroît.
Nous disposons d'ailleurs d'un arsenal juridique qui répond à toutes les situations.
Nous n'avons même pas besoin de plus de gendarmes et de policiers , nous avons sans doute besoin d'une justice plus efficace : aussi importants soient - ils, ces points n'entrent pas directement dans le sujet de cet essai.
Il faut que le peuple, l'ensemble des citoyens soient éminemment convaincus que le mal existe, qu'il est en nous et qu'il faut le combattre.
Car, condamner n'est pas suffisant : il faut d'abord que le coupable se sente coupable, et que le citoyen le sache coupable.
Le fossé naît de l'absence de tout sentiment de culpabilité du délinquant. A force de vouloir tout expliquer sans condamner formellement, on en est venu à tout excuser. Il faut savoir ce qu'est le mal : porter volontairement atteinte à l'intégrité physique et morale de son prochain. ( Cela inclut forcément les atteintes matérielles qui ne sont jamais que matérielles. )
Dans de nombreux cas aujourd'hui, le vol de voiture se traduit par quelques kilomètres parcourus et la destruction du véhicule par le feu. L'objet du délit n'est même pas le lucre mais la simple intention de nuire.
La société doit simplement oser dire « Non », énoncer le bien et le mal et cesser d'accepter la délinquance.
Je vous propose dans une première partie d'entendre ou de lire la banalisation de cette violence puis dans une deuxième partie d'en comprendre les ressorts idéologiques qui la légitiment.
Enfin j'en appelle à la mobilisation du corps social.
Alain C. Toullec
Lire la suite : Banalisation de la violence
Éducation : la tête dans le sable.
Dans une circulaire du 11 avril 2007 adressée aux chefs d'établissement du département de l'Eure, l'inspection académique rappelle les règles de tenue des livrets scolaires de CAP et de BEP des secteurs tertiaires, industriels ainsi que ceux du bâtiment.
Concernant l'appréciation des professeurs, il est précisé ce qui suit :
« L 'appréciation des enseignants et formateurs ne peut porter que sur trois points : sur le travail, le niveau du candidat et ses progrès durant l'année. Cette rubrique doit être renseignée en tenant compte de la finalité du diplôme préparé, à savoir la reconnaissance des compétences et de connaissances professionnelles, techniques et générales de l'individu. D'autre part l'avis se doit d'être synthétique et explicite.
En aucun cas, il ne doit être fait état du comportement de l'élève et d'éventuels problèmes disciplinaires. Ilconvient de s'assurer de l'adéquation et de la cohérence entre les appréciations et les notes. »
Pourtant les chefs d'entreprise répètent inlassablement aux recruteurs confrontés à la pénurie de personnel dans le bâtiment : « le critère déterminant est le comportement. Pour le métier, on s'en charge, on va lui apprendre. »
Face aux « incivilités » des « sauvageons », pour se contenter du vocabulaire politiquement correct, qui finissent trop souvent par déraper vers les délits et la violence, les bonnes âmes bêlent à la prévention.
La première des préventions est l'éducation, le respect de son prochain par les marques de politesse, l'apprentissage de la vie en société et du travail en équipe.
A quoi peut servir l'éducation civique si les manquements ne sont pas sanctionnés ?
Est-ce que cela se réduit à cocher les bonnes cases d'un QCM ?
Sans avoir la nostalgie des prix de bonne camaraderie, ou de ce point de conduite perdu pour avoir troubler le bon ordre de la classe en laissant tomber par maladresse une règle en fer, la moindre des choses est que le jeune citoyen apprenne à assumer la responsabilité de ses actes.
Les textes de référence, un arrêté et une circulaire datant l'un et l'autre de 1972, sur lesquels s'appuie l'inspection académique sont inaccessibles sur Legifrance ou sur le site du ministère de l'éducation nationale.
Seuls sont consultables quelques décrets du Code de l'Éducation qui n'abordent pas la question du comportement. La partie législative ne traite pas du livret scolaire.
L'Éducation Nationale a abdiqué. Comment défendre les enseignants et se lamenter des agressions si la hiérarchie les désarme ?
Le pédagogue est d'abord un guide pour la vie du futur citoyen.
Pour Littré la pédagogie c'était « l'éducation morale des enfants ».
Les « hussards noirs de la République » ont porté cette même conviction.
Que de renoncements ! Que de compromissions ! Que d'abandons de responsabilité !
La société à violence intégrée
Dérive d'un mot : une crapule
Crapule vient d'un mot grec signifiant ivresse : être crapuleux c'est vivre dans la débauche, une crapule est un homme grossier et sans scrupule.
Le criminologue Alain Bauer dans un entretien au journal Les Echos du 19 octobre 2006 : dit « En 2004-2005, les violences non crapuleuses – ce que certains appellent les violences gratuites, terme qui n'a pas de sens – ont progressé deux fois plus vite que les violences crapuleuses »
Autrement dit, c'est au moins une inversion de sens, puisque dans son esprit violence crapuleuse nécessiterait un gain, ce qui est étranger à la crapule.
Ce sont bien les actes crapuleux qui sont en forte augmentation. Que ce soit ou non sous l'emprise de l'alcool ou de la drogue, il y a bien recrudescence d'actes motivés par la simple intention de nuire : dégradations de biens publics et privés, dont les tags, vandalismes, déprédations de logements.
Le manque d'éducation est bien la source de l'acte crapuleux.