(Suite à l'assassinat du préfet Erignac, Claude Jacquemard a publié une petit article fustigeant les meurtriers et dénonçant avec juste raison l'expression « professionnels du crime » employé à l'époque. Alors pourquoi ce titre : « Un meurtre imbécile » ? Dans quel cas pourrait-il y avoir de l'intelligence dans un meurtre ? [6]
3- « Violence : six policiers blessés lors d'incidents entre jeunes » [7]
Je suis attiré par ce titre dans la rubrique « En bref » du journal.
Comment peut-il y avoir des policiers blessés dans le cas d'incidents ? Pour moi, un incident, ce n'est pas grave. Dans le doute, le dictionnaire Le Robert appelé à mon secours me dit : « Incident [...] 1- Petit événement qui survient. Petite difficulté imprévue au cours d'une entreprise. »
A priori il n'y a pas de quoi fouetter un chat...
« 2- Événement peu important en lui même mais capable d'entraîner de graves conséquences. Un incident de frontière. »
Nous y sommes peut-être.
Lisons l'entrefilet :
" Six policiers ont été blessés dans la nuit de samedi à hier à Châtellerault lors d'incidents avec des jeunes dans le quartier de la plaine Dauzon. A l'origine des violences, une rixe entre deux jeunes de ce quartier défavorisé. Un des protagonistes a poignardé son adversaire, avant d'être lynché par des dizaines de témoins de la scène. Arrivés sur les lieux, les policiers ont à leur tour été pris à partie. »
Peu importe finalement l'état des « protagonistes », il faut savoir assumer son premier rôle dans une affaire.
Meurtre et lynchage, tout compte fait, ( toute honte bue ? ) ne seraient que des incidents. Quand il s'agit de l'adjectif, Le Robert me souffle : « Qui survient accessoirement, qui n'est pas essentiel. » J'avais bien compris.[8]
4- Pour finir dans le numéro spécial consacré aux violences de l'excellente revue « Sciences Humaines », Philippe Braud , professeur des universités à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris illustre son article « Des attentats aux guerres, les violences politiques » d'une photo avec la légende : « Le 31 mars 1981, tentative d'attentat contre le président Reagan, à Washington ». Ah bon, c'est rassurant : ce n'était qu'un tentative puisque Reagan n'est pas mort !
Nier, édulcorer, raboter l'information, la minimiser
b) Une violence acceptée
Lorsqu'il vient de se produire un attentat, les informations manquant, les journalistes et nous - mêmes sommes tentés de dire :
« Les enquêteurs ne savent pas encore s'il s'agit d'un acte politique ou l'œuvre d'un déséquilibré ».
En 2002, les radios nous ont annoncé qu'un « vrai déséquilibré », agissant seul, avait tenté de détourner un avion d'ALITALIA. Pourquoi un vrai déséquilibré ? Lorsqu'on agit en groupe on n'est plus déséquilibré, ou alors on est un faux déséquilibré ? Les pirates du WTC n'étaient-ils pas de « vrais déséquilibrés »?
Cette phrase devrait faire hurler, les observateurs, les politiques, les citoyens. Quoi ? Un attentat serait un acte politique ?
La société doit affirmer clairement que tout attentat est l'œuvre d'un déséquilibré. Dans une société libre, une démocratie, toute opinion est possible, acceptable dès lors qu'elle ne porte pas atteinte à l'honneur et à l'intégrité d'une autre personne. On peut prôner l'indépendance de la Corse, de la Bretagne, du pays Basque, de l'Ile de France se présenter aux élections avec un tel programme, demander une révision de la constitution à ce sujet. Les indépendantistes sont invités à s'exprimer, dans les journaux, à la radio à la télévision sur internet : ils publient des livres, éditent des revues, créent des écoles ( Diwan en Bretagne )
Je suis même personnellement convaincu de la nécessité d'une réelle décentralisation, avec transfert de pouvoir, et en tout cas une forte dose de subsidiarité.
Mais cela ne légitime aucunement la violence.
Celui qui place une bombe pour blesser, tuer, ou tout simplement endommager ou détruire un édifice public ou privé est un criminel, un déséquilibré.
Que par la suite, on explique ce déséquilibre, par l'histoire, le passé, l'enfance de cet individu, cela va de soit.
Il reste qu'au moment de passer à l'acte, il se met hors la loi des hommes et si y on croit, hors des lois divines, il porte atteinte aux libertés des autres.
Nous devons dans notre vocabulaire exclure toute acceptation implicite des actes de violence. [9]
Le député et président du Conseil général de la haute Corse, Paul Giacobbi se lève courageusement contre les nationalistes clandestins qui « votent non au référendum, se plaignent de la victoire du non et en tirent argument pour poser des bombes. En démocratie, on s'incline devant le suffrage universel »
Pourtant, à la question du journal « La violence en Corse a-t-elle un caractère mafieux ? », l'édile éclairé répond : « Je n'en sais rien. Mais la motivation des bombes n'est plus politique aujourd'hui. » [10]
Ce qui signifie qu'elle l'était auparavant. Monsieur le député a-t-il protesté avec autant de force à l'époque, n'y avait-il pas à s'incliner devant le suffrage universel avant le 6 juillet 2003 ?
Nous n'avons aucun doute sur la sincérité de M. Giacobbi, mais il faut répéter, et lui le premier, que jamais en démocratie, poser des bombes ne peut reposer sur une motivation politique.
Professionnalisme ?
Lorsqu' un homme est assassiné d'une balle dans la tête ( comme Monsieur Doucet, syndicaliste de petits commerçants ) on nous dit qu'il a été abattu par des professionnels. Quoi ? L'assassinat est une profession ? Quelle que soit la victime, nous devons affirmer que celui qui tue est un salaud, et rien d'autre.
Nous sommes bien là dans l'acceptation de la violence lorsque cela devient honorable par ce que c'est bien fait.
« l'art de faire le mal avec adresse n'est pas sagesse. »
La BIBLE, L'ecclésiastique, 19
Dans ses « Fondements de la métaphysique des mœurs, » Emmanuel Kant ne dit pas autre chose :
« Puisque, en effet, la raison n'est pas suffisamment capable de gouverner sûrement la volonté à l'égard de ses objets et de la satisfaction de tous nos besoins ( qu'elle même multiplie pour une part ), et qu'à cette fin un instinct naturel inné l'aurait plus simplement conduite ; puisque néanmoins la raison nous a été départie comme puissance pratique, c'est à dire comme puissance qui doit avoir de l'influence sur la volonté,