EDITORIAL de MAI 2007
Dont acte.
Une grande fumée bleue s'est élevée des bureaux de vote : habemus praesidentem !
Notre constitution, sorte de monarchie élective, en donnant autant de pouvoirs au chef de l'Etat, exacerbe les antagonismes, déchaîne les passions et répand l'idée qu'un Président sait tout et qu'il peut tout faire. Tous les programmes électoraux fleurent bon cette infaillibilité papale et cette omnipotence.
Et l'on maugrée ensuite sur le non respect des promesses...
Lorsque François Bayrou affirme dans sa profession de foi, bien nommée pour le coup, « je vais multiplier les emplois », on finit par croire qu'il serait aussi capable de faire de même avec les pains et les poissons.
Alors que le rôle de l'Etat est de créer les conditions du développement économique et de la paix sociale, les candidats et les élus s'imaginent successivement Dieu, son fils ou Merlin l'Enchanteur. Quand ils ne courent pas le pays tenant à bout de bras une baguette de sourcier en clamant : j'ai trouvé un gisement d'emplois, j'ai trouvé un gisement d'emplois...
Un président d'une nouvelle génération
A cinquante deux ans, Nicolas Sarkozy est le premier président français qui n'a pas vécu la seconde guerre mondiale, étant né à la fin du « baby boom » au coeur des trente glorieuses. Pour ses vingt ans, c'était le temps du chômage à 4,5 % ( on parlerait aujourd'hui de plein emploi ), de la croissance à plus de 5 % en moyenne depuis 1961, mais aussi le premier choc pétrolier avec une inflation qui pointait à plus de 10 % par an.
Si certains d'entre nous pouvaient craindre les pays de l'Est et la Chine c'était uniquement sur le plan idéologique ou militaire mais nullement sur le plan économique. Personne ne jouait la peur du plombier polonais venant prendre notre travail et nous ignorions tout d'un électricien syndicaliste des chantiers navals de Gdansk qui aura pourtant marqué pacifiquement l'Histoire du XXème siècle.
Président d'une nouvelle génération certes, mais formé au sein du parti gaulliste au temps de son monolithisme, ce qui explique sa tentation étatiste et interventionniste et qu'il véhicule le mythe de l'homme providentiel.
Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, répondant aux participants de la Cité de la Réussite, le 23 octobre 2006 Nicolas Sarkozy a affirmé :
« Un président, ce n'est pas un arbitre, c'est un leader ».
Il ne nous importe pas de savoir si cette prise de position est conforme ou non à l'esprit et à la lettre de la Constitution de la Cinquième République ; laissons ce débat aux juristes.
La bonne nouvelle c'est que l'on peut espérer une rupture par rapport aux trente dernières années, avoir un président qui aura le courage d'aller de l'avant, qui prendra ses responsabilités, ne vendra pas d'armes à l'étranger tout en désarmant pour la galerie les avions exposés au Bourget, qui ne pourra pas prétendre ne pas savoir ce qui se passe dans son propre palais, ( écoutes téléphoniques de journalistes et d'opposants, sabordage meurtrier d'un navire, suicides de collaborateurs ), ne désavouera pas son propre gouvernement en recevant les manifestants, mais aussi saura répondre aux interrogations de la justice et ne prendra pas non plus les français pour des imbéciles en renvoyant dos à dos les millions de morts du totalitarisme communiste et le développement économique et social du libéralisme.
Si être arbitre, c'est ne pas prendre de décisions, ménager sa droite et sa gauche, gouverner au centre, autrement dit s'engouffrer dans l'impasse vaseuse de la troisième voie, alors effectivement le pays a besoin d'un leader.
La mauvaise nouvelle, c'est le risque d'un président inverventionniste qui fait confiance en une vertu innée de l'Etat et des fonctionnaires.
Nous n'avons pas besoin d'un Bonaparte au pont d'Arcole, d'un guide inspiré, d'un grand timonier ou d'un petit père du peuple.
L'énergie, l'enthousisame, la créativité, la volonté, le goût d'entreprendre, de vivre enfin, les français n'en manquent pas.
Nous ne demandons pas au président de nous montrer le chemin, mais d'ouvrir les portes et les fenêtres, d' aérer le pays, de réduire les contraintes, les entraves, les contrôles, de simplifier les procédures, d'alléger la législation.
Qu'il nous rende notre liberté, nous assumerons nos responsabilités.
Faisons un voeu ! Que notre nouveau Président de la République médite chaque jour avant de se mettre au travail cette réflexion de Benjamin Constant :
« Prions l'autorité de rester dans ses limites ; qu'elle se borne à être juste. Nous nous chargerons d'être heureux.»
Alain C. Toullec
p Je crois qu'une Afrique libre et entreprenante sera plus utile au monde qu'une multitude d'Etats sous perfusion.p
p Les ignorants qui parlent du libéralisme sont plus nombreux que les libéraux qui parlent de notre doctrine p
p Le « donner du temps au temps » , non, c'est fini ! Nous avons assez perdu de temps.p
Abdouladaye WADE
Président libéral du Sénégal