Onomatophobie sociale et politique
« Ah ! On ne va pas faire de sémantique ! »
Cette peur viscérale des mots, le manque de rigueur du vocabulaire affaiblit la pensée, permet et encourage la manipulation des citoyens.
Pour chasser le diable, il faut le nommer : J.K. Rowlings dans Harry Potter joue très habilement sur cettre tradition , distinguant ceux qui maîtrisent leurs appréhensions et s'autorisent à prononcer de nom de Voldemort, et ceux qui ce contentent d'évoquer « celui dont on ne doit pas prononcer le nom »
Par antithèse, dans la tradition judéo-chrétienne, le nom de Dieu est imprononçable, ( Jéhova, Jahvé ou plus précisément, YHVN ) non pas par crainte mais parce que ce qu'il représente dépasse notre entendement.
Le paradoxe c'est le grand écart entre la banalisation et une dévalorisation de l'argot et l'interdiction de prononcer des mots précis sous prétexte de ne choquer personne.
Comme « Con » dans le sud ouest de la France, « Putain » est lancé dans chaque phrase des collégiens et lycéens, garçons et filles, comme une simple ponctuation.
Nous n'en ferons pas l'inventaire ici, mais il est stupéfiant d'entendre à longueur de journées ces grossièretés, pas seulement dans certains quartiers, mais sur les radios et à la télévision, dans la rue, au lycée et au bureau... Ce qui relevait de l'exceptionnel, du transgressif est devenu le mode de relation habituel, normal, banal. Ménie Grégoire avait été contrainte un jour d'interrompre la communication téléphonique d'un auditeur, parce q'uil avait employé un de ces mots répétés à longueur de journée aujourd'hui et dont un des dérivés guère plus acceptable est « enfoiré» .
Nous aimons le langage fleuri, l'argot des métiers, et qui n'a pas poussé un grand juron libérateur face à un imprévu ou un acte manqué ? Mais qui connaît encore Cambronne, et ses fameuses« cinq lettres» ?
Pour goûter le plaisir de s'encanailler par son vocabulaire, il faut peut-être commencer par ne pas en être une.
La France est devenu un pays de 60 millions de charretiers !
Dans le même temps, nous sommes tenus d'expurger de notre vocabulaire des mots, locutions qui pourraient être attentatoire à la dignité de certaines catégories sociales, religieuses, ethniques ou professionnelles.
En réalité, cette onomatophobie, qui englobe et dépasse le politiquement correct, menace la liberté de penser et d'agir.
Les sources de l'onomatophobie sociale et politique :
- la lâcheté, la fuite devant la difficulté,
- la peur de déplaire, de prendre des coups, d'être pris pour quelqu'un d'autre,
- la paresse, le refus devant l'obstacle, le refus de l'effort.
Les conséquences :
- la confusion intellectuelle,
- la manipulation politique,
- l'inaction,
- le recul de la liberté de penser.
Les mots barrages :
1/ Le problème, médaille d'or du nihilisme et de l'inaction. Avec le dérivé « nous avons un problème de communication. »
Problème en grec ( problhma ) dans son premier sens, c'est une saillie, un cap, un promontoire une difficulté à contourner, puis dans un deuxième sens ce qui se trouve devant soi , d'où la notion d'obstacle. Mais aussi un abri, un vêtement ou une armure dont on se couvre, jusqu'au sens de bouclier.
Ce n'est qu' en son troisième sens, que problème prend l'acception de question proposée, un sujet de controverse.
Dans l'usage médiatique, syndical et politique, le mot même de « problème » sert de protection, de bouclier pour ne pas affronter la réalité : on nous sert dès que possible le « problème des retraites », « le problème de la sécurité sociale », « le problème de la dette » pour se cacher la réalité et éviter de prendre des décisions.
2/ Marchandisation
Néologisme de stigmatisation, on ne peut que s'émerveiller de la créativité des opposants à la société ouverte pour manipluer les idées et les concepts.
Le mécanisme est simple : invention d'un mot repoussoir, puis répétition du mot à toute occasion. Le public et plus spécifiquement les journalistes s'imprègnent du mot dans sa connotation négative.
Variante : la phrase paramétrée : « le livre - l'art - la culture - le monde ( au choix ) n'est pas une marchandise »
Mais le plus effarant, c'est la prolifération d'hyperboles :
« l'agriculture n'est pas une marchandise comme les autres » Jean Claude Lefort, ancien député communiste,
« ma commune n'est pas une marchandise comme les autres » ATTAC
Et l'oscar :
« l'homme n'est pas une marchandise comme les autres » Nicolas Sarkozy !
Ce qui en bon français signifierait que l'homme, l'agriculture, la commune sont des marchandises, même différentes : ce qui est débile.
Dialectikon proposera une suite dans sa prochaine publication
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