EDITORIAL de JUIN 2007
Les courants d'air de l'ouverture
François Bayrou en a rêvé, Sarkozy l'a fait. Ouverture à gauche, et c'est l'euphorie, « embrassons-nous Folleville ». Et chaque observateur, chaque analyste fait chauffer sa calculette pour décrire l'équilibre du gouvernement : combien de femmes, d'étrangers d'origine, d'hommes de gauche, de droite, de tel parti, de tel autre... Sommes-nous guettés par une sorte de « quota-cratie » ?
Nomme – t-on un gouvernement pour agir ou pour « représenter les diversités » ? Et d'ailleurs pourquoi ne pas augmenter le nombre de critères ? Les plus de 100 kilos, les cheveux roux ou blonds-vénitiens, les yeux vairons, les moins d'un mètre cinquante, les bègues ou les bretons-nés-à-Paris- ayant-vécu-à-l'étranger-et-réfugiés-en-Normandie, chacun n'ayant-il pas légitimement le droit d'être représenté au sommet de l'Etat ?
Un gouvernement idéal serait-il une espèce d'Arche de Noé humaine pour être sûr de n'oublier personne ?
On dissèque les particularités, alors que 70 % des députés sont des fonctionnaires, lesquels représentent 25 % de la population. Vous avez dit « Représentation Nationale » ?
A vrai dire, ce n'est pas nouveau et les gouvernement « d'ouverture » se sont succédés sous la cinquième République, les ministres concernés s'envolant rapidement par la fenêtre entraînés par le courant d'air ainsi formé.
D'ailleurs cela fait plus de quarante ans qu'Alain Duhamel met tout son talent, sur les ondes et dans la presse écrite à ne rien dire sur le sujet.
Au début des années 1970, l'Insee s'était mis en tête de rechercher le français moyen, sans doute attisé par le succès d'une chanteuse populaire qui répétait niaisement sur les radios « Je suis une petite fille de français moyens ».
Résultat étonnant, le français moyen était une femme mariée, d'une quarantaine d'années avec deux enfants. Je vais peut-être surprendre, je ne me suis pas reconnu.
Et maintenant, le moindre grain de beauté fait passer l'individu de la différenciation à la crainte de la discrimination.
Que peut-bien signifier une ouverture « à gauche » ? Doit-on former un gouvernement pour faire bien auprès des médias et des statistiques ou pour agir efficacement pour le bien public ?
N 'est-ce pas même insultant pour Rachida Dati, Hervé Morin ou Bernard Kouchner que l'on puisse seulement un instant les imaginer devoir leurs nominations à leurs caractères représentatifs ?
Ce ne sont pas les partisans de la Société ouverte qui regretteront une quelconque fermeture dès l'instant où l'on cessera de réclamer le ouvertures à droite, à gauche ou an centre, mais que l'on pratiquera celle de l'intelligence, du courage et de la ténacité.
C'est la société civile qu'il faut libérer : c'est sur tout l'appareil d'Etat qu'il faut pratiquer l'ouverture. De l'air, de l'air !
Gouvernement : les trois vraies ruptures
Nous nous garderons de faire tout procès d'intention au gouvernement qui vient d'être nommé. Nous verrons bien après les élections législatives : une modification substantielle confirmerait l'aspect factice ou artificiel de « l'ouverture », les pratiques politiques n'auront pas changé.
La première rupture serait de choisir les ministres sur une évaluation de leurs compétences, leurs capacités, leur dynamisme , leur enthousiasme, leur passion, leur envie de bien faire et non sur leur appartenance réelle ou supposée à un camp.
La deuxième rupture serait que ces ministres soient dotés de vrais pouvoirs et que les fonctionnaires des ministères soient tenus d'appliquer la politique du gouvernement élu. Libre au fonctionnaire mal à l'aise de se mettre en disponibilité, de demander sa mutation ou de démissionner.
La révolution serait que les ministres puissent désigner leur collaborateurs. Après tout une ouverture, cela se franchit dans les deux sens.
La troisième rupture serait de voir l'Etat se retirer de tous les domaines qu'il a investis au détriment des responsabilités individuelles des citoyens.
Lorsqu'une candidate UMP, haut fonctionnaire, énarque bien sûr, et sûre de ses certitudes, parachutée dans ma région vient expliquer en réunion publique qu'il faut que « l'Etat organise la performance individuelle », que « les français expriment une forte demande de protection » , et que « les entreprises ont besoin qu'on leur dise dans quelle direction il faut aller, car les marchés sont myopes, et qu'il faut créer des structures publiques de veille technologique pour leur apporter une vision à long terme » on est pessimiste sur l'avenir et impatient de ruer dans les brancards.
Mais lorsque cette même personne se présente au début de son intervention, pensant draguer avec finesse ce public choisi, en clamant « je suis une libérale-libertaire » qui peut s'étonner de notre intense colère devant tant d'indécence ?
Alors l'ouverture, oui, mais aussi pour faire sortir !
Alain C. Toullec