Dans le dédale des conspirations, que voit-on du premier coup d'œil ? Des indices ; on avance, et souvent, au lieu de déchirer le voile, il devient encore plus épais.
Telle paroîtroit la conduite de l'astucieux Wimphen, si en Ne la considéroit que du côté qu'il la présente ; mais on trouvera bientôt l'issue de ce labyrinte, si on pénètre les vues de ce nouveau Protée, qui a su se ménager les livrées des Deux partis qu'il servoit, et se couvrir à propos de celle qui convenoit au rôle qu'il lui importoit de jouer avec succès.
Législateurs, je requiers ici votre attention ; car il est Important de ne juger le fayéliste Wimphen et son dénonciateur Que lorsque vous serez en état de le faire par la comparaison Des faits.
Je dénonce Wimphen pour m'avoir chargé, le 30 août, de dire de sa part au général ennemie : " qu'il étoit venu trop tard ;
Que s'il étoit arrivé devant Thionville dans le tems qu'il en avoit donné l'avis, la ville n'étoit défendue alors que part Cinq bataillons d'infanterie, et n'étoit pas munie de subsistances ; qu'aujourd'hui il a sous ses ordres neuf bataillons de volontaires, quatre régimens de ligne, du nombre Desquels est le cent-troisième régiment, composé de déserteurs de l'ancien régime et d'une forte partie des gardes-françaises, tous gens déterminés ; que ce régiment est placé au Fort, mais qu'il a mis avec eux des recrues de Picardie qui savent à peine tirer, et qui se sauveront dès qu'il verront le feu :qu'il a encore un escadron de chasseurs et un de dragons, et trois cents canonniers si déterminés, qu'ils ont dit ouvertement que si lui, le corps administratif ou la bourgeoisie parloient de rendre la place, ils la réduiroient en cendre et s'enseveliroient avec eux sous les ruines plutôt que de se rendre ; que la ville est approvisionnée de substances pour trois mois seulement ; mais que pour les consommer en moins de tems, il a fait entrer une quantité de bouches inutiles, qui donneront l'alarme pendant l'attaque par leurs déclamations ; et qu'afin de se faire chérir des troupes et des canonniers, de consommer les boissons d'autant plus vite et exciter l'insubordination dès qu'elles viendront à manquer, il fait distribuer le vin et l'eau-de-vie avec profusion : qu'il est mal placé du côté de la porte de Luxembourg, parce que la ville, flanquée de deux bastions imprenables, est inattaquable de ce côté-la ; qu'il faut changer ses batteries et former l'attaque du côté de la basse Guénétrange, suivant son précédent avis ; qu'il faut ouvrir la tranchée, et qu'il suffira de battre la ville de ce côté pendant vingt-quatre heures à boulets, bombes, obuses et boulets rouges avec la plus grande activité ; que pendant la durée de ce feu, il faut aussi qu'il attaque en même tems la jonction de la droite près la haute Yutz, où, dans le dessein de la favoriser, il a placé quelques pièces foibles de quatre et de huit ; qu'il fasse ses efforts pour entrer dans l'île et de- là au Fort, d'où les recrues se sauveront ; qu'avant d'attaquer, il lui conseille de faire passer une lettre au cent-troisième régiment, de lui promettre ma continuation de son service et de grandes récompenses, s'il ne s'oppose pas à son entrée dans le Fort ; qu'il peut être assuré que, quant à lui, il fera de son côté tout ce qu'il pourra pour le succès de l'attaque qu'il lui conseille ; et qu'il croit d'autant mieux, qu'il a gagné le cœur et la confiance de la garnison et de la bourgeoisie, et qu'il lui sera facile de gagner ceux de la municipalité qu'il n'a encore pu mettre de son parti, et de les épouvanter tellement des suites de cette violente attaque, qu'il les fera consentir de rendre place ; que dans sa sommation de rendre la ville, il est nécessaire qu'il ne l'interpelle pas, mais seulement le corps administratif ; que cette précaution de sa part est pour éviter de le compromettre vis-à-vis le corps législatifs.