Voir aussi : du
cotés quotidien
La création,
au printemps 2005, de la Halde,
autorité administrative indépendante chargée de
lutter contre toutes les discriminations, qu'elles soient dues à
la couleur de peau, à l'âge, au sexe, à l'origine
sociale ou géographique, ou encore à l'existence d'un
handicap ou à des opinions politiques ou religieuses,
constituait une bonne initiative de Jacques Chirac. Deux ans et demi
après, l'ancien chef de l'Etat n'a pas à regretter
d'avoir nommé à sa tête Louis Schweitzer, ancien
patron de Renault, qui mène ce combat avec
persévérance et détermination.
Le président de la Halde, dans une société
où les discriminations sont à la fois très
fréquentes et banalisées, a choisi dès le
départ sa stratégie : communiquer au maximum pour changer
les mentalités et les comportements. A destination du grand
public, il paie de sa personne en racontant chaque semaine sur une
radio généraliste, Europe 1, le parcours et les recours
dont disposent des victimes. Avec succès semble-t-il, puisque
les réclamations auprès de la Halde, plus de 4.000, ont
triplé l'année dernière et progressent encore
fortement cette année. La Haute Autorité a, par ailleurs,
vu ses pouvoirs renforcés en 2006. Elle peut désormais
proposer une transaction assortie de sanctions financières ainsi
qu'une indemnisation de la victime. En cas de refus, elle peut saisir
la justice en citation directe, évitant ainsi un classement de
l'affaire.
Le deuxième guide de « Pratiques pour
l'égalité des chances »,
publié hier, poursuit le même objectif, en s'adressant
directement
cette fois aux entreprises. Menée auprès de grands
groupes, l'enquête
établit un panorama de leurs pratiques. C'est pourtant moins le
bilan
que le message qui compte. « Les entreprises sont passées
de la
déclaration d'intention à l'action, souligne la Halde.
Mais les
résultats sont encore trop parsemés pour
crédibiliser leur engagement
auprès du grand public. » Concrètement, beaucoup
d'engagements ont été
pris - la charte de la diversité est signée par plus de
1.500 sociétés,
un accord interprofessionnel a été conclu -, des accords
sont passés,
mais ils ne vont pas assez loin et, surtout, les actions mises en
oeuvre sont insuffisamment évaluées. Ils passent parfois
aussi à côté
des vrais problèmes quand il s'agit de discriminations d'origine
ethnique ou liées au handicap : les réclamations les plus
nombreuses
concernent ainsi les déroulements de carrière davantage
que l'accès à
l'embauche.
Le pari de Louis Schweitzer, au fond, est que la
pédagogie reste le meilleur levier, préférable
à la répression dont
l'Autorité use finalement assez peu - même si le patronat
lui fait le
reproche inverse. Les sanctions judiciaires les plus fermes (Adecco et
l'Oréal au printemps) n'ont d'ailleurs pas été
prononcées à son
initiative. Elle ne réclame pas non plus davantage de
contraintes
inapplicables (quotas...) avec des sanctions à la clef, alors
que le
bâton s'est montré efficace pour modifier les
comportements dans
d'autres domaines (sécurité routière, tabac). Mais
la Halde invite le
monde de l'entreprise à envoyer des signaux qui montrent que
« les
choses évoluent », comme elles commencent à changer
dans le monde
politique. Elle a évidemment raison.
un article : lepoint
|