|
|
Daniel Pelletier, as du fauteuil roulant
|
|
|
|
|
|
|
|
Dans le quartier Saint-Roch, plus
particulièrement dans le secteur
de sa cathédrale, sévit un pilote de fauteuil roulant
hallucinant. Il
file à toute vapeur, tricote comme une couleuvre entre les
passants et
les obstacles et semble toujours au bord de se casser la gueule.
Certains sursautent. Mais les habitués
savent que Daniel Pelletier est
le champion chauffeur des paraplégiques du secteur, et qu’il n’a
jamais
d’accident, à part une collision survenue il y a 20 ans.
«Imaginez si
je n’étais pas handicapé comme je serais
étourdissant!» dit-il.
Il
est déjà ironique qu’une chaise roulante
électrique soit de marque
Arrow (flèche), de la Storm Series (série tempête),
comme celle de
Daniel Pelletier. Mais il est encore plus ironique de voir ce dernier
la conduire comme une Formule 1!
La rencontre avec Daniel
Pelletier a duré… deux mois. Elle a commencé sur le
parvis de la
bibliothèque Gabrielle-Roy, où il était trop
bouleversé pour que je le
comprenne. Il voulait me parler de la mort de sa femme Diane. Le
chagrin l’étouffait, lui qui a déjà
l’élocution ardue de son handicap
physique. Il est donc venu me «livrer» un petit mot au
journal. Et la
rencontre record s’est terminée dans son appartement de la rue
du Roi,
où il a absolument tenu à m’offrir un café.
Entre les deux, des
courriels et des courriels. C’était la meilleure façon de
se
comprendre, même s’il s’exprime raisonnablement bien, lorsqu’il
est
calme et qu’il a tout son temps. Mais il y avait risque d’erreurs. Et
comme il n’écrit pas bien vite — seule sa main gauche
fonctionne, et
que très partiellement —, il y allait par petits morceaux.
«Je n’ai pas
beaucoup de talent pour composer», s’est-il excusé en
plus.
Ébénisterie
L’homme
est né à Rivière-du-Loup, il y a 46 ans, dans une
famille de trois
garçons. Son père a été longtemps
représentant de Coca-Cola, tandis que
sa mère était une femme au foyer comme plusieurs de
l’époque. Les
Pelletier étaient une bonne vieille famille catholique
pratiquante.
Daniel est le seul handicapé des trois frères et n’a pas
eu d’enfants.
Ses deux frères non plus, à la différence qu’ils
ont pu en adopter. «Je
suis même devenu le parrain d’une petite Chinoise»,
raconte-t-il.
En
très bas âge, celui-ci a dû s’expatrier à
Lévis pour y obtenir les
soins voulus et fréquenter une école adaptée
à sa condition. «J’étais
triste et je m’ennuyais, dit-il. Mais il était impossible de
faire
autrement.» Même chose pour celle qui deviendrait sa femme
20 ans plus
tard.
La paralysie cérébrale, explique Daniel Pelletier, est un
manque d’air au cerveau survenu à la naissance. «Je suis
né par le
siège, raconte-t-il. Paraît-il que le médecin
aurait commis une erreur.
Ce n’est pas aisé de penser qu’un médecin est
peut-être responsable de
ton malheur. Mais je suis arrivé à pardonner avec le
temps.»
Daniel
est classé soutien financier sévère, donc vit de
l’assistance sociale.
Mais il est relativement autonome pour sa condition. Il a fait ses
études secondaires à l’éducation des adultes. Il a
du soutien pour les
repas et une partie de l’entretien domestique, mais il effectue le
reste lui-même.
Il a parcouru les pistes cyclables durant 10
ans sur un vélo adapté. Il participe à des
tournois d’échecs, écoute de
la musique, va à Montréal en autobus; il est
déjà allé au Festival de
jazz fin seul. Il sort chaque jour de la maison, rencontre des amis,
effectue des courses pour des handicapés encore plus mal pris
que lui.
Bref, il a une vie sociale active.
Il a travaillé dans un
atelier protégé d’ébénisterie durant deux
ans, 35 heures par semaine.
Il maniait la sableuse électrique, la perceuse, le tour à
bois. Il
fabriquait des cadres, des bibelots, des trophées. L’atelier a
malheureusement fermé ses portes. «Ce qui m’a
déçu, dit-il. Mais ce qui
était peut-être un mal pour un bien. J’aurais pu y perdre
mon seul
membre fonctionnel.»
Avis aux intéressées
Le
deuxième handicap de Daniel, dans les circonstances, est qu’il
est
manuel, et pas un brin intellectuel. Contrairement à Diane
Bilodeau,
par exemple, qui a été le grand amour de sa vie, et qui a
complété un
baccalauréat en théologie malgré un état
encore plus contraignant que
celui de son mari. Il l’aidait jusqu’à s’habiller et à se
déshabiller.
Elle
était d’une intelligence supérieure et écrivait
brillamment sur un
ordinateur posé sur le plancher, au moyen d’un crayon
fixé à son gros
orteil gauche. Daniel garde précieusement la chaussure sur
laquelle est
accroché ce singulier mécanisme.
C’est drôle la perception que
le monde a des paraplégiques, s’étonne encore Daniel,
après tant
d’années. «Par exemple, quand on s’est mariés, le
curé nous a demandé
si nous pouvions avoir des relations sexuelles. On a failli pouffer de
rire. Mais bien sûr, voyons!»
Diane est décédée depuis
maintenant huit ans et demi. Il se dit prêt pour une nouvelle
relation
amoureuse. Ce grand tendre lance de ce pas un appel aux
intéressées —
dpel07@hotmail.com.
Il ne se fait pas d’idée sur son état, il
serait étonné de séduire une femme dite
«normale». Mais il n’a peur
d’aucun handicap. «Pourquoi pas s’entraider et s’aimer? dit-il.
C’est
mon vœu le plus cher d’avoir de nouveau une femme dans ma vie.
Peut-être que je suis croche et de travers, mais les apparences
sont
souvent trompeuses.»
Daniel Pelletier est capable de cet humour
déconcertant : «Je suis impatient pour moi-même,
dit-il, mais très
patient pour les autres. Et j’ai un avantage sur beaucoup d’hommes. Je
ne risque pas d’être envoyé en Afghanistan, ni de
travailler la nuit…»
un article : le soleil
|
|
|
Tous les articles ou images de ce site sont la
propriété exclusive du maître de ces lieux. Toute
reproduction (hormis
une brève citation en précisant la source et l'auteur)
sans
l'autorisation expresse de leur auteur est interdite sauf avec
autorisation du webmaster
©sylvano_52
Pour contacter le webmaster de ce site écrire à chatamputes@wanadoo.fr |
|