Ces quelques photos ont été prises au cours d'un voyage
en République Centrafricaine à partir de sa capitale, Bangui.
La descente du fleuve Oubangui en période de basses eaux (Mars) permettait
de camper sur les bancs de sable, d'admirer la forêt et les villages égrainés
le long des berges. Après remontée d'une partie de la rivière
Lobaye, un trek à travers la forêt dense a conduit à des
campements de pygmées du groupe Aka. Ces habitants sont remarquablement adaptés
à la vie en forêt équatoriale, parmi des arbres immenses
(parasolier, fromager, ébène...) encombrés de lianes énormes.
Ils tirent l'essentiel de leur subsistance par la chasse et la cueillette, mais
font quelques cultures sur brûlis, notamment des bananiers. La chasse
se fait avec arcs, sagaies et filets des céphalophes (petites antilopes),
potamochères, genettes, damans et autres gibiers, y compris parfois des
éléphants (!). Ils se procurent maintenant des fusils leur permettant
de tirer la faune des arbres (oiseaux et singes). Ils sont nomades ou semi-nomades,
comme en témoignent les huttes et clairières abandonnées
en forêt. Les populations pygmées sont dispersées surtout
entre Cameroun, Congo, Gabon et Centrafrique, entre fleuves Niara, Sanaga et
Oubangui, et représentent un ensemble hétérogène.
Ce sont des ethnies reliques héritées des plus anciens occupants
du continent africain, qui rappellent les premiers âges de l'humanité
moderne. On aurait tort cependant de considérer les pygmées comme
des primitifs, car ils ont une organisation sociale, un savoir, des traditions
et des croyances religieuses (surtout animistes) intéressantes. Ils semblent
avoir été refoulés en forêt. Les pygmées Aka
rencontrés menaient encore une vie très isolée. Ils ont
paru très accueillants et paisibles, nous laissant camper à côté
de leur petit village, assister à une partie de chasse et à une
fête nocturne. Le moindre de nos ustensiles (boussole, briquet, lampe
électrique) avait pour eux un caractère magique. Les jeunes filles
se taillent les sourcils en pointillé et se liment les dents en pointe,
ce qui leur donne un aspect assez singulier. Les pygmées de la forêt
ignorent l'usage de la monnaie, les échanges se font par le troc. Auprès
des Centrafricains vivant dans les villages en lisière de forêt
(les "grands Noirs"), ils se procurent quelques ustensiles, notamment
des fers de hache et autres objets métalliques. Les haches en particulier
ont un rôle essentiel. Le fer est inséré sur la branche
latérale d'un manche formé en bois dur. L'outil se porte facilement
posé sur l'épaule. Sa forme est la même que celle qui est
représentée sur les bas-reliefs égyptiens ou celle de la
hache de cuivre retrouvée avec la momie de l'homme des glaciers (Oestli)
vieille de 5000 ans. Des plantations louent parfois les services des pygmées.
Ces derniers sont malheureusement très attirés par le tabac et
l'alcool. Leurs communautés sont fragiles, menacées par la corruption
apportée par le monde extérieur et les contacts répétés
avec ce que nous appelons la civilisation. Il est probable que la société
des pygmées évolue actuellement rapidement par contact avec le
modernisme, pour le meilleur ou pour le pire. Leur sens de la famille, de la
communauté et de la coopération entre villages et campements pourrait
nous servir de modèle! Un livre de photos sur la population Aka a été
publié par Bernard Descamps et Serge Bahuchet : Pygmées, l'esprit
de la forêt (Marval, collection Afrique parrainée par le Ministère
de la Coopération, 1997). Le livre résume les aspects fondamentaux
de leur culture. Un enregistrement sur CD de leurs chants et danses a été
réalisé par Ocora-Radio France, sorti en 1997.
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La Lobaye est un affluent de
l'Oubangui, qu'elle rejoint très près de la frontière
du Congo et de Mongoumba, un gros village de brousse vivant de l'exploitation
de la forêt. La région a été atteinte à
partir de Bangui après une navigation d'une centaine de km sur le
fleuve en période de basses eaux (Mars). De larges bancs de sable
dans le lit du fleuve permettaient de camper à l'écart de
la forêt. Le fleuve est navigable de Bangui jusqu'au fleuve Congo,
avec quelques rapides ici et là faciles à franchir. Un peu
en amont de Bangui, la navigabilité est arrêtée par
des chutes d'eau. Le fleuve fait la frontière avec la République du Zaïre. |
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L'ubiquiste jacinthe d'eau. La navigation le long
du fleuve est magnifique, avec le défilement des villages, la circulation
des pirogues. Aperçu des fêtes avec danses et entendu le
bruit obsédant du tam-tam, qui par sa sonorité sourde s'entend
de très loin à travers la forêt. On entend aussi partout
le râle lancinant et répété émis par le Daman
des arbres (Dendrohyrax arboreus). Ci-dessous, village, le "débarcadère"
d'une plantation de café dirigée par un immigrant français.
Sur le bord droit de la photo du centre, on distingue une énorme
termitière pointue. Les pirogues taillées d'une seule pièce
dans un tronc d'arbres sont des outils de transport essentiels. |
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La navigation en remontant
le courant se fait très près du bord, au milieu du cours
en sens inverse. La faible profondeur à cette période de
l'année (mars-avril) permet une propulsion en s'appuyant sur le fond. Les pêcheurs
capturent de gros poissons, les perches du Nil (appelées capitaines).
À droite fillettes appartenant à une famille de pêcheurs.
Un gamin d'une dizaine d'années s'est approché et m'a demandé:
"c'est quoi ton pays?". Après ma réponse il m'a
demandé: "c'est où la France ?". -"Loin au
nord", je lui ai répondu. "Alors tu habites dans le désert?".
-"Non, plus loin encore, il y a la mer, et c'est après celle-ci".
Regard émerveillé et alerte du gosse qui n'avait probablement
vu ni la mer ni le désert, mais qui savait qu'il y a des régions
bizarres où il n'y a pas d'arbres ni d'eau, ou au contraire de
grandes étendues d'eau. Il m'a proposé d'essayer sa pirogue.
L'essai ne fut pas concluant. Cet esquif, qu'il dirigeait avec grâce
et habileté, ne m'a paru si stable, après quelques évolutions
maladroites je me suis retrouvé à l'eau, aux grands rires
des petits africains du fleuve. À chacun son truc ! |
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Safa, un village en bordure
de la Lobaye, caché par la forêt. Le bord de la rivière
est un endroit essentiel pour prendre de l'eau, se laver, faire la lessive,
se baigner. Souvenir d'une partie de foot-ball dans une clairière
entre les habitants et nous. Grosse rigolade et un moment d'une grande amitié.
De l'autre côté de la rivière non loin de Mongoumba,
départ en trek dans l'épaisse forêt |
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Entrée dans la forêt à partir
de la Lobaye près de Mongoumba. Sans un guide pygmée, il serait
difficile de trouver son chemin dans cette forêt dense et obscure,
sans points de repère faciles, où on pourrait passer à
10 m d'un endroit habité sans le voir. Le guide se dirige par des
détails inconnus de nous, une branche cassée, un tronc couché,
une vieille souche, etc. et avec l'instinct infaillible des hommes de
la forêt. Il y a des milliers de papillons très colorés,
(ici un Cymothoe sangaris) mais aussi des colonnes de grosses fourmis
magnans agressives, des guêpes, des herbes irritantes et une touffeur
moite assez pénible. La lumière solaire tombe verticalement
à la mi-journée, mais une faible partie seulement parvient au sol
et il fait très sombre.
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Rencontre avec les pygmées
Aka, campement à côté d'un village. La couleur de peau
de ces hommes de la forêt fait qu'ils se confondent avec les troncs
et les lianes et on ne les voit qu'au dernier moment. Ils sont nettement
plus petits que nos porteurs et cuisinier centrafricains (les "grands
Noirs"). Les filles ont les dents limées en pointe, leurs sourcils sont taillés en pointillé. |
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Ci-dessus les habitants du village viennent voir
notre campement, très intrigués par ces visiteurs blancs
et leur matériel, leurs vivres. Silencieux, amicaux, et placides,
ils ne demandent rien. La curiosité est réciproque. Parmi
les ressources du village figurent les noix de palme, qu'on pile dans
un mortier en bois partagé par le village, qui semble ne rassembler
comme les autres villages aperçus qu'un très petit nombre
de familles, quatre ou cinq. La vie communautaire semble très développée.
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ci-dessus à droite une case typique faite
de branches recourbées en arceaux et couvertes de feuilles de bananier
ou de tout ce que la nature fournit facilement.<
D'autres cases faites de branches et d'écorces paraissent plus
conséquentes et sont probablement réalisées quand
le village compte s'installer plus longtemps. Ces constructions fragiles
sont abandonnées telles quelles si la communauté émigre.
Les femmes transportent les braises du feu dans une calebasse, et les
outils sont portés dans une hotte caractéristique servant
de sac à dos, retenue par une lanière d'écorce entourant
le front.
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Un musicien chante dans l'obscurité en
s'accompagnant d'une sorte de harpe à une seule corde, dont la
caisse de résonance est ici une boite de lait concentré
récupérée. Un soir à la nuit tombée
et à la lumière de la pleine lune, les gens du village se
sont rassemblés et ont fait la fête. Danses et chants à
des rythmes simples, lancinants, marqués au pied par des grelots
faits de graines de parasoliers, imitant curieusement certains cris et
bruits de la forêt. Un ballet étrange de deux heures, selon
un certain rituel assez mystérieux, parfois expressif et à charge souvent érotique, que nous
avons observé en silence complet dans l'obscurité (ni lampe
ni flash). Un héritage très lointain remontant aux racines
de l'Afrique ? Rarement vu quelque chose d'aussi irréel et impressionnant. |
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Ci-dessus au centre, la jeune fille a reçu,
transmis par le chef du village, un T-shit trop grand pour elle, mais
ravie, elle a décidé de nous préparer une salade.
On ne savait pas ce qu'elle avait mis dedans mais elle était très
bonne ! À droite préparation de la chasse, à laquelle
nous serons invités. Le sorcier enduit les filets d'une décoction
par lui préparée, en formulant des incantations magiques.
Les filets seront attachés pour former un périmètre
dans lequel on rabat le gibier en poussant des hurlements. Les enfants
se préparent à l'opération armés de leurs longues sagaies. |
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Retour de la chasse avec des prises, des céphalophes. Les pygmées
trouvent aussi leurs ressources dans la chasse ou le piégeage de
divers animaux (singes, damans), effectuent en groupe la collecte des
riches ressources de la forêt, des fruits (ici des corossols), des
chenilles, des ignames, du miel, des champignons. Les lianes et les écorces
sont autant de matériaux précieux. La collecte l'eau est
paradoxalement un problème. Les pygmées creusent des trous
sous l'humus pour la récolter et s'établissent volontiers
au voisinage de grands arbres comme les parasoliers près desquels
il y a davantage d'eau. La liane à eau tranchée
à la machette fournit autant d'eau fraîche désaltérante
qu'une gourde pleine (ci-dessous à gauche).
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Ci-dessus la forêt est une véritable
cathédrale végétale où les plantes s'élèvent
à la recherche de la lumière, très parcimonieusement
distribuée au sol. Elle est le siège d'une vie intense,
les essences sont variées dont l'une est menacée (l'ébène).
Les zones incendiées ou défrichées sont fortement
dégradées et remplacées par la brousse stérilisée
par la latérite. Les champignons rouges sont des termitières
.À gauche une famille pygmée devant
sa demeure temporaire.
À droite, un des plus gros scarabées
connus, le Goliath africain, long de 5 cm.
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Le jeu au village. Les pygmées qui n'avaient sans doute jamais
vu de petits ballons gonflables se sont amusés comme des enfants,
pendant de longues minutes, jeunes et vieux, à renvoyer cette chose
si légère, jusqu'à ce qu'une épine mette fin
à la dite chose. Une orchidée.
Ci-dessous, corvée d'eau dans la forêt.
Fin du jour sur la rivière Lobaye et retour vers la "ville"..
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