Novembre 2007 -----------© Design.Marylène Duguy

 

Il existe encore des sagas d'aviateurs, et pas nécessairement écrites au long d'orbites fabuleuses tracées très loin au-delà de l'atmosphère. J'en connais une, qui se niche en Vendée, entre la Roche sur Yon et Nantes. Elle s'organise autour d'un nom : Michel Dubreuil.

Autrefois, j'avais connu Michel , il était jeune pilote de ligne, et il faisait partie du gang, il n'y a pas d'autre mot, qui accumulait les coups pas possibles dans un ciel assimilable à un territoire de grande liberté. Michel avait alors marqué l'épopée discrète de la Transeuropéenne, la fabuleuse course de planeurs imaginée par Jean-Claude Penaud au départ d'Angers. Michel partageait son art de vivre dans le ciel avec la famille Hersen et d'autres maîtres du vol à voile à haute adrénaline.

L'an passé, après avoir jonché l'histoire de l'aviation contemporaine française de quelques jalons majestueux, en particulier la création de Régional Airlines, Michel est parti pour le plus haut ciel à bord du Mustang que lui avait légué son frère d'ailes Yves Duval, avec l'un des plus merveilleux mécaniciens jamais vus sur les terrains Jean Duguy.

En août, sous le soleil, on a célébré l'esprit de Michel et de Jean de la seule manière recevable : en faisant une fête d'avions à atomiser les cumulus, à la Roche sur Yon . C'était un de ces meetings réglés comme l'horlogerie, et aux commandes de la fête se trouvait un autre Dubreuil, François, fils de Michel, assisté de toute la tribu du même nom : frère, mère, amis,et Isabelle, sa sœur.

Il y avait longtemps que je n'avait pas baigné dans une telle ambiance, et j'y ai retrouvé le bonheur de vivre sous le ciel qu'irradiait la bande de la Transeuropéenne : beaux avions, beaux pilotes, et des moments sublimes dont le dénominateur commun était la filiation bien vécue. Jean-Marie Saget, du haut de ses soixante - dix ans, glissant son Vampire avec l'autorité majestueuse que confère un statut de très grand aviateur construit sur quarante années d'essais en vol chez Dassault. La Patrouille de France, magistrale d'autorité et de furia franchisée, surveillée par Claude Saget son directeur, lui aussi officier, pilote d'essais et fils du précédent. Xavier de Lapparent, émouvant de virtuosité comme devait être émouvant de brillance le jeune Mozart au sommet de son art, fils de pilote de ligne. Mark Hanna jetant les hurlements de son Messerschmitt 109 aux quatre coins du ciel avec une fluidité et un sens du rythme hérités tout droit de Ray son père..

Et par dessus tout cela, la présentation en voltige souple de l'ASH 25, François Dubreuil dans le cockpit, remorqué par son frère Sébastien, au nom du père. C'était plusque beau. C'était un concert donné par l'esprit du ciel que seuls semblent posséder à un tel point ceux dont les ailes poussent par-dessus celles de leurs créateurs: Les fils, les pères. Les pères, les fils.

Le soir, on fit une fête sublime. Avec les excès qui caractérisent les grands classiques en matière de fête : les vaches du voisin qui s'échappent sous la pluie et qu'il faut ramener dans l'enclos, la Smart de service réduite au maximum par une tentative ( réussie ) de tonneau enclenché. Isabelle, somptueuse de drôlerie et d'amour de la vie, François, rigolard mais discrètement caché derrière la fumée d'un cigare, la mousse au chocolat qui traverse l'espace, propulsée par les éclats de rire, et toute la bande du terrain de la Roche sur Yon qui s'oublie et se vautre dans le moment présent.

De là-haut ils nous regardaient, et je pense, sincèrement, qu'ils riaient avec nous.

Le lendemain, impeccables dans leurs uniformes de jeunes pilotes de ligne, les Dubreuil étaient de retour dans leurs cockpits.....

Bernard CHABBERT AVIASPORT octobre 1999.

 

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MEETING LEGENDAIRE A LA ROCHE SUR YON

AOUT 1999

Hommage à Michel Dubreuil et Jean Duguy

 

Dernier vol - Jean Duguy - Les avions de Jean - Mustang P51 - Meeting aérien -