Expériences vécues en Grèce

Grèce centrale et Athènes

La Grèce, pays europhile?

 



Voici une expérience peu ordinaire de la Grèce mais qui montre qu'en Grèce, la politique reste encore un sujet de discussion et garde un poids plus important qu'en France.

Tout d'abord, il faut situer l'action. Nous sommes en mai 2005 un peu avant le référendum français sur l'Europe. Il faut aussi que je me situe par rapport à ce vote même si ce n'est pas le sujet. Depuis mon enfance, je suis europhile. Cependant, au référendum, j'ai décidé de voter non car en premier lieu, je ne suis pas d'accord avec l'orientation économique de l'Europe mais aussi surtout car le traité proposé empêchera toute évolution de l'Europe vers une Europe fédérale, seule solution à mes yeux pour devenir une vraie puissance capable de résister à la chine, aux USA et autre mastodontes tout en gardant ses spécificités. La modification du statut de l'Europe devant se faire à l'unanimité suite au vote du traité, la chance de voir une Europe fédérale et forte s'éclipsait.

Dans mon esprit, bien que je connaisse bien la Grèce, je pensais que les grecs étaient plutôt content de leur entrée dans l'Europe et qu'ils avaient profités de l'argent des pays plus riches de l'Europe. Je les croyais europhile or différentes petites discussions m'ont montré que je me trompais.

Dans ces vacances de mai 2005, beaucoup de grecs m'ont posé cette question "oui ou non à l'Europe". Je vais vous raconter deux de ces nombreuses discussions, les plus intéressantes.

Tout d'abord, je tiens à préciser que la question que les grecs me posaient était mal formulé. Le référendum n'était pas pour savoir si les français étaient pour ou contre l'Europe mais si il étaient d'accord avec le nouveau traité.

Quand on me posait cette question, j'étais un peu gêné de dire que je voterai non, croyant mon "questionneur" à tort europhile. Alors, pour éviter de répondre, je leur posait la question "Et vous, si vous deviez voter (le traité sera ratifié par les député et non par référendum), que voteriez-vous?".

La première scène se passe à Proussios, petit village d'Evrytanie en Grèce centrale entre Naupacte et Kapernissi. Ce petit village est célèbre pour soin monastère et la "légende" de sa vierge.

Nous arrivons sur la pièce et un grec me pose en grec gentiment et de façon assez inattendue la fameuse question. Je présume qu'il nous a entendu parler français et qu'il a compris quelques mots. Je lui retourne donc la question et il reste un peu silencieux. Alors pour faire simple, je lui répond que je veux une Europe mais pas celle là. Il me répond par un sourire et un mouvement de tête qui montre qu'il approuve ma démarche et il me remercie. Dans le magasin où ma belle soeur regarde les babioles à acheter, la même question arrive et le résultat est le même. Ayant compris que nous sommes français, il me parle en grec et disant fièrement qu'il connaît la France. Il travaillait avant sur des bateaux et connaît bien un port dont il me donne le nom mais je ne vois pas de quel port il me parle. J'entend quelque chose comme "Dounquouerqué". Il me le répète plusieurs fois et je suis désolé de ne pas comprendre. Je lui dit donc que je ne connais pas cette ville. Il me fait rentrer dans son magasin et sur un bout de papier me dessine une carte de France simplifiée et me montre où se trouve ce port et d'un coup, je comprends. Il prononce le nom du port à la grecque. Il s'agit de Dunkerque. Il me parles d'un autres port et je ne comprends pas plus. Je comprends quelque chose comme Nantesse.Encore une fois, il me montre sur sa petite carte griffonnée et je lui dis que c'est le port de Nantes. Nous finissons notre conversation et partons visiter le village. A une trentaine de mètre, il nous rappelle et nous demande si nous voulons prendre un café. Je me retourne vers la troupe avec qui je suis parti en vacances et ma belle soeur me répond "non". Je lui donne donc en grec ma réponse et il parait déçu. Ma belle soeur a compris qu'en Grèce quand les gens vous invitent, c'est que c'est sincère. Voici encore un bon côté de l'âme grecque, des petits riens qui font toute la différence et qui rendent les grecs attachants.

La deuxième scène se passe à Athènes la veille du référendum. C'est la fin des vacances et une tension s'est un peu créer entre moi et mon beau frère. Le repas est donc très animé et je suis à bout de nerf. Une crise éclate et après explication se finit. Durant la crise, le serveur parlant quelque mot de français nous pose la fameuse question mais je ne suis pas disponible à la discussion, occupé que je suis à me défendre. La crise passée, ma belle soeur profitant que le serveur nous pose une question lui demande en français qu'est-ce qu'il aurait répondu pour le référendum. La question utilise des mots un peu trop compliqués et surtout une tournure de phrase bien française difficilement compréhensible pour un étranger. Je lui pose donc la question en grec plus simplement "Et vous, que diriez-vous? Oui ou non à l'Europe? ". La question est courte et je pense qu'il va me répondre rapidement et il se lance dans un grand monologue. Il nous dit que beaucoup de grecs regrettent l'Europe. Qu'avec elle, ils ont découvert la misère, les clodos à Athènes, la pauvreté, le chômage accru. Il argumente ses faits et mes réponses sont faites de simples mouvement de têtes ou de mimiques qui l'incitent à se dévoiler. Le monologue dure bien 4 mn puis il nous laisse. Je fais la traduction à mes compagnons de route (nous sommes 5 en tout) et cela lance le débat autour de la table. Le débat n'est pas vraiment le terme car finalement nous sommes tous d'accord en gros avec sa façon de voir les choses. A peine,  notre discussion se termine qu'il reviens me voir et me reparle par dessus l'épaule. Il continue à argumenter sa réponse. Il trouve dommage qu'avec l'Europe la Grèce qui a tant de bons produits agricoles (d'après lui) est sacrifiée son agriculture pour l'Europe et que les grecs soient obligés de manger des légumes et des fromages d'Europe du nord sans aucune saveur. Dans la soirée, il reviendra à plusieurs reprises me parlait et me dire ce que lui et beaucoup de grecs ont sur le coeur. Il finit sa "conversation" par "En Grèce, nous n'attendons qu'une chose, c'est que les français votent non afin de changer tout cela." Je crois que c'est la phrase qui m'a le plus marquée de toutes ces vacances, non pas parce qu'elle allait dans mon sens mais parce que finalement, elle m'avait ouvert les yeux sur les grecs et l'Europe, sur ma perception erronée de leur vision. Cette expérience m'a aussi beaucoup marqué car jamais un serveur ne s'était aussi longuement et franchement livré à moi.

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