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"Des gènes et Conférence d’Axel Kahn du 22/10/2001 |
Gènes de l’espoir, avec le Téléthon et la thérapie génique, carte d’identité génétique pour retrouver des assassins, mais aussi gènes de l’inquiétude avec les OGM (organismes génétiquement modifiés), et gènes de la terreur avec les armes biologiques : le 21e siècle sera le deuxième siècle de la génétique car c’est au 20e siècle que les grandes découvertes ont été faites.
Le précurseur de la génétique moderne, est un moine de Moravie, Gregor Mendel (1822-1884), qui a publié ses travaux de 1865 à 1869 dans l'indifférence. Les lois de Mendel ont été redécouvertes au début du 20e siècle par des chercheurs hollandais, allemands et français. Les années 60 avec la découverte de l’ADN et du code génétique, marquent une étape décisive dans la génétique moderne. En février 2001 enfin, deux revues, Nature et Science, publient le séquençage du génome humain. Que de chemin parcouru !
Retraçons une histoire accélérée des gènes et des Hommes :
Il y a environ 3,8GA, la Vie apparaît dans les océans primitifs. Les molécules du vivant pourraient venir de l’univers, faisant de nous des " poussières d’étoiles ". L’autre hypothèse possible est une formation spontanée au sein de notre océan, par regroupement aléatoire des atomes en molécules, des molécules en cellules, avec sélection progressive des associations performantes.
La première cellule vivante était limitée par une membrane, séparant le milieu intérieur du milieu extérieur, douée de capacités d’assimilation. Pour assurer sa stabilité elle possédait un programme génétique. Ce premier programme n'était constitué ni d'ADN, ni d'ARN, mais peut être d’autres acides nucléiques. Il y eu dans la réplication de ce programme des erreurs, ce clonage connaissant parfois des imperfections de réplication, ce qui va permettre aux mutants de coloniser de nouvelles niches écologiques.
Les premières Bactéries apparaissent il y a 3,5GA, les premières formes végétales il y a 1GA. Au Cambrien, vers -600MA, nous trouvons les fossiles des ancêtres de tous les êtres actuels, vers -50MA les ancêtres des Primates, vers -14MA les ancêtres des grands singes, vers -6MA les Australopithèques. Puis l’évolution semble s’emballer avec Homo ergaster , Homo erectus, Homo neanderthalis, Homo sapiens
Vers -1GA un mode nouveau de reproduction va apparaître : par sexualité. Le clonage est limité quant aux possibilités évolutives. Grâce à la sexualité, 2 êtres mettent en commun leurs différences pour donner un troisième être différent des deux premiers (1+1=1 !). Il y a ainsi création de diversité en permanence. La sélection naturelle de ces nouveaux gènes explique l’émergence des Primates supérieurs, complété par la Culture et de sa transmission. Axel Kahn cite alors le cas de ces fameux " enfants loups " découverts en 1920 au Bengale. Ces fillettes avaient le patrimoine génétique humain, mais leurs conditions de vie dans leurs premiers âges, les avaient conduites à des comportements qui n’avaient rien d’humain.
Comment l’Homme actuel a-t-il émergé ?
Axel Kahn propose une hypothèse. Vers -2MA, Homo erectus a créé une culture pratique technique d'évolution lente car cumulative, les outils trouvés en témoignent. Vers -45000 ans un phénomène étonnant apparaît simultanément en Australie, Afrique, Europe, Asie, il s’agit de l’ART ! En France les fameuses peintures de Lascaux ou de la grotte Chauvet montrent ces nouvelles capacités créatives.
Les rapports entre gènes et culture ont toujours été au centre du débat. Les médias reprennent périodiquement la possibilité de l'existence des gènes de la violence, de l’homosexualité, de l’intelligence. Les comportements humains sont très complexes et la génétique ne peut tout expliquer. Le phénomène culturel augmente les degrés de liberté vis à vis du biologique pur. Si l’on prend comme exemple la sexualité humaine, elle est évidemment sous la dépendance de la génétique (différences biologiques entre hommes et femmes), mais l’humanisation des désirs sexuels est d’origine culturelle : nous changeons la signification purement reproductrice de la sexualité, pour en faire un lien plus complexe.
Le séquençage du génome humain :
Annoncé comme terminé en février 2001, il nous déçoit ! Ce n’est qu’une déception de plus dans l’histoire de l’humanité. Rappelons la première déception avec Galilée et Copernic : nous ne sommes pas le centre de l’Univers. Deuxième déception avec Darwin : nous faisons partie des animaux. Troisième déception avec ce résultat du séquençage du génome humain : nous sommes d’une grande banalité génétique : avec nos 40000 gènes, nous avons moins de gènes que la Tulipe, le Xénope ou le Blé ! La notion de hiérarchie chez les êtres vivants est décidément bien relative…
Notre programme génétique est comparable à un langage syntaxique, grâce auquel sont exprimées beaucoup de choses avec peu de lettres. En français 26 lettres seulement ; en informatique, 2 lettres, 0 et 1 ; en génétique 4 lettres correspondant aux quatre bases azotées, A(adénine), T(thymine), C(cytosine), G(guanine). En gros un mot égal un gène et on vient de découvrir le dictionnaire des gènes humains. Mais avec le seul dictionnaire du français, on serait bien embarrassé pour connaître toute la littérature ou réécrire l’œuvre de Proust. Avec notre séquence de gènes nous ne sommes pas plus avancés, car ce que commandent les gènes est très interdépendant du milieu.
Que faire alors de ce séquençage ? Est-on certain d’un faire un bon usage ?
Entre le 17e et le 20e siècle, la science était considérée comme porteuse de vérités ; progrès scientifique et progrès moral semblaient indissociables. En fait le Pouvoir que peut amener la science peut très bien s’exercer dans les deux sens, en Bien ou en Mal : la science n’est pas porteuse de Morale.
Le traitement des maladies génétiques :
Les maladies génétiques sont liées à un mauvais fonctionnement cellulaire, dépendant de la synthèse de protéines codée par un gène anormal. Il y a trois types de médicaments : apport de molécules chimiques qui interagissent avec les protéines " anormales " ; apport de protéines telles que l’insuline ou les facteurs de croissance dont la synthèse naturelle est affectée ; greffe d’un gène efficace correspondant au gène déficient, pour que les synthèses redeviennent normales : c’est la thérapie génique.
Là se pose le problème de l’inégalité des pays devant la maladie et devant la mort, avec la difficulté de mettre à la disposition du plus grand nombre ces traitements. Le marché mondial de la pharmacie est évalué à 250 milliards d’euros. Si on y ajoute le marché de l’agroalimentaire cela atteint les 400 milliards d’euros. Le gène devient une " matière première " au même titre que toutes les autres " marchandises ". La preuve de cette évolution est donnée par les brevets sur les gènes déposés par les grands laboratoires.
Les prédispositions à certaines maladies génétiques sont maintenant dépistées, par exemple comme l’hémochromatose qui atteint 1 individu sur 400, mais 1/200 en Bretagne, qui provoque des cirrhoses du foie par excès de fer dans le sang. Qui dit prédiction dit prévention.
Parfois la génétique pose des problèmes économiques comme dans le cas du gène de prédisposition au cancer du sein. Le cancer est la maladie la plus fréquente dans le monde, dont 5% des cas sont d’origine génétique. En cas de dépistage, la logique médicale préconise une mammographie tous les ans (ce qui sauve 30% de vies) ou l’ablation des 2 seins et des 2 ovaires (seule solution pour sauver 100% de malades). Mais si on se place dans une logique commerciale, la société privée qui a mis au point le test le facture 2600$. Si 10% des femmes seulement font ce test, cela fait plus de 40 millions de personnes testées donc des sommes colossales à l’arrivée…
Et quel assureur accepterait un client dont il saurait qu’il a le gène d’une maladie grave, qui s’exprimera plus tard ? Droits de l’Homme et Droits des gènes ne vont pas forcément de pair.
La génétique a une autre fragilité, c’est l’utilisation idéologique qui peut en être faite. Le scientifique se pose des questions dont il ignore les réponses, alors que l’idéologie connaît déjà les réponses aux questions posées. La récupération idéologique de découvertes scientifiques, a donné la sociobiologie, l’eugénisme et le racisme. Il est vrai que tous ces discours sont antérieurs à la génétique mais la génétique apporte de "l’eau au moulin " des idéologies.
Pour conclure, et rester optimiste : la génétique et la biologie moderne font prendre conscience à l’Homme de sa solidarité avec le monde vivant. La science est une liberté mais comme elle ne détermine pas ce qui est bien et ce qui est mal, des comités d'éthique doivent veiller.