La plus grande centrale solaire photovoltaïque de France
vient de voir le jour sur l’île de La Réunion.
Par Jean-Luc Goudet, article de Futura-Sciences
Au milieu du retard français, elle illustre un mouvement général, en Europe et dans le monde.
Aucun candidat à l’élection présidentielle française n’était
là. Le sujet n’a pas fait la une de l’actualité. Pourtant le progrès est notable
et louable : une centrale photovoltaïque (donc à cellules photoélectriques)
vient d’être inaugurée à Saint-Denis-de-La Réunion. Installés sur le toit
d’un immense entrepôt, ses 6 000 panneaux occupent une surface de 8 500 mètres
carrés. Déjà raccordée au réseau EDF, elle produira 1,35 MW (mégawatt), soit
pratiquement autant que toutes les autres sources photovoltaïques de l’île.
Cette centrale réunionnaise n’est pas la première réalisation de l’île en
matière d’énergie renouvelable. L’île porte déjà de nombreuses installations
solaires, géothermiques et éoliennes. Au moment de l’inauguration, Paul Vergès,
président du Conseil régional, a rappelé que ces énergies renouvelables représentent
déjà 40% de la production électrique et qu’elles permettent de « tendre vers
l'autonomie électrique de l'île ».
L’effort financier - la facture dépassant les cinq millions d’euros - a été
partagé la Région-Réunion, l’Union européenne et l’Ademe (Agence de l'Environnement
et de la Maîtrise de l'Energie). L’activité devrait générer 520 000 euros
de recettes par an. L’île n’en restera pas là puisque la production photovoltaïque
devrait être portée à 5 ou 6 MW photovoltaïque sur l’ensemble du territoire.
Lever de soleil sur l’énergie mondiale
En Europe, ce n’est pas en France qu’il faut chercher la plus grande centrale
mais dans le sud de l’Allemagne, en Bavière, où le Bavaria Solarpark délivre
10 MW depuis juillet 2005 : répartis sur trois sites, ses 57 600 panneaux
solaires offrent au soleil une surface 250 000 mètres carrés. Mais le Portugal
s’apprête à pulvériser le record du photovoltaïque, européen et même mondial,
avec la centrale de Moura, dans le sud du pays, qui devrait voir le jour en
janvier 2007. Ses 350.000 panneaux solaires, qui occupent 114 hectares, devraient
fournir 62 MW. En Espagne et en Italie, les réalisations sont déjà nombreuses.
Plus discrètement, les Suisses s’y mettent aussi. En janvier, la centrale
du Stade de Suisse, à Berne, verra sa puissance doubler et atteindre celle
de Saint-Denis-de-La Réunion. Les Helvètes sont un peu déçus des 520 000 kWh
produits en 2006 par la centrale solaire de Mont-Soleil, dans le Jura bernois,
mais cette production plus faible que les années précédentes est due à des
problèmes techniques. Ils attendent en revanche beaucoup de celle qui se construit
sur le Jungfraujoch, un sommet de 3500 mètres, et qui devrait bénéficier d’un
rendement deux fois plus élevé.
Aux Etats-Unis, on a longtemps préféré le solaire thermique, où les rayons
du soleil chauffe de l’eau, pour la transformer en vapeur, laquelle fait tourner
des alternateurs producteurs d’électricité. La première grande installation
du genre a été construite dès 1980 dans le désert de Mojave, en Californie.
C'est là que se situe la plus puissante centrale solaire du monde, Solar Energy
Generating Systems, de 354 MW. L’ambitieuse Nevada Solar One, qui sera mise
en service en juillet prochain, devrait atteindre 62 MW.
En France, l’encombrante énergie nucléaire fait bien sûr de l’ombre au solaire
et a même occulté la centrale Themis, prototype construit en 1983. Mais la
situation évolue. Dans un article du Monde daté du 9 novembre 2006, Philippe
Malbranche, spécialiste des technologies solaires au Commissariat à l'énergie
atomique (CEA), assurait que, «à terme, le solaire va s'imposer ». En dix
ans, les prix de revient ont été divisé par deux ou trois et continuent de
se réduire. Ils finiront par devenir compétitif. A l’échelle mondiale, la
tendance est désormais irrémédiablement lancée. La grande conférence mondiale
sur l’énergie solaire, Solar Power 2006, qui s’est tenue en octobre dernier
à San Jose, en Californie, a été l’occasion d’un bilan. Très marginale aujourd’hui,
la production d’énergie solaire représente tout de même un secteur en croissance
de 32 % par an, un taux que doivent lui envier bien des industries. Actuellement,
plusieurs techniques sont en lice mais les cellules photoélectriques ont le
vent en poupe grâce à de multiples progrès techniques. Au Solar Power 2006,
les experts s’accordaient à dire qu’en 2010 l’électricité photovoltaïque devrait
descendre à 15 centimes le kilowattheure, ce qui devrait commencer à mettre
à mal les modes traditionnels de production.