par Floriane JOUSSEAUMEélève de Tle S2

Retour à l'exposition "Puits de silex,mine de savoir"

Problématique
Au cours du Néolithique, les hommes se sont sédentarisés et ont créé de véritables exploitations minières dans toute l’Europe et plus loin encore. Ces sites consistaient principalement à extraire le silex et à le tailler afin d’obtenir des outils de la vie quotidienne dont les hommes avaient besoin pour leurs travaux (agriculture, élevage, déforestation…).

En effet, la sédentarisation de l’homme a vite conduit au manque de matières premières vu l’utilisation fréquente et intensive dont on a relevé les traces sur les outils ; il a donc du s’adapter et créer des sites d’extraction afin d’obtenir ce qui lui était nécessaire.

Le polissage des pierres a donné son nom à cette période de changements, et c’est cette étape nécessaire de la confection d’une hache que nous allons étudier en détail.


Cette mine de silex de Jablines (Seine et Marnes) est un témoin du changement apparu concernant les outils des hommes au néolithique et leur fabrication nouvellement nécessaire.

Des lames polies portant des traces d’usure importantes pour les plus petites ou assez peu usées pour les plus grandes ont été retrouvées sur des sites de fouille dans les Yvelines. Les sites d’exploitations minières d’où provenait le silex utilisé pour fabriquer ces lames n’ont en revanche aucune trace de celles-ci à un stade avancé (polies ou bien taillées comme celle que l’on peut voir ci-contre).

La question qui se pose alors est comment de telles lames ont-elles été polies et où, car des ébauches ont été retrouvées sur les sites d’extraction du silex mais les lames en elle-même ont parfois voyagé jusqu’au Moyen Orient !

Hypothèse : Nous pouvons supposer l’existence d’une « chaîne de production » de lames à partir de la taille d’un bloc de silex jusqu’au polissage de la lame taillée au vu des différents éléments retrouvés sur ces sites d’extraction minière. On pourra cependant se poser la question de savoir si ces lames ont été polies « en série », par leur « fabriquant » ou par celui à qui elle était destinée – à supposer que l’utilisateur et le tailleur soient deux personnes différentes.

Vérification expérimentale

Protocole : Des roches en grès portant des traces d’usure très importantes ainsi que des « dénivellations » polies ont été trouvées près de sites d’habitation de ces hommes du Néolithique. On pense donc que le tailleur ou l’utilisateur de la lame apportait sa lame taillée avec lui jusqu’à son habitat afin de la polir.
Le polissage se fait par frottement de la pièce à travailler sur un polissoir immobile (bloc rocheux comme ci-contre) ou mobile, le plus souvent de grès, parfois de quartzite, de granite ou même de silex.

Le polissage durait donc de plusieurs jours à plusieurs semaines suivant la taille de la lame car plus celle-ci est grande, plus il faut de temps pour la polir.


polissoir en grès

On répand de l’eau sur le polissoir en grès afin de rendre plus facile et plus rapide le polissage.

Développée en relation avec le défrichage et un important travail du bois, cette technique rendant les tranchants plus résistants et plus efficaces pour ces gros travaux est la dernière étape du processus de fabrication des haches polies, quelles que soient les roches dont elles sont constituées (roche dure, roche tenace, roche siliceuse...).

Selon l’activité à laquelle est destinée la hache, on polira son tranchant et/ou ses faces.Des expérimentations ont montré que les rendements varient entre 5 et 20g abrasés (polis) par heure pour le polissage à la main de pièces en silex sur du grès, en présence d’eau mais sans le sable, ce dernier paraissant désavantageux.

Polissage à l'aide d'un polissoir mobile en grès

Le polissoir est un instrument qui servait comme son nom l’indique à enlever les aspérités et à donner un aspect brillant aux outils de l’homme Préhistorique. Son apparition marque le passage du Paléolithique au Néolithique.

Ce polissoir trouvé à Créteil (Val-de-Marne) présente sur sa face principale six rainures destinées à l’affûtage des pierres et deux cuvettes utilisées pour le polissage définitif de l’outil. Il pèse environ deux tonnes et demie.

Une fois la lame de la hache obtenue, il ne reste plus qu’à la coupler à un manche en bois afin d’obtenir un outil efficace et tranchant. Pour éviter de devoir recréer un outil assez fréquemment, les hommes devaient prendre soin de ces outils, surtout lorsqu’ils étaient de grande taille ; on a donc pu récupérer des outils assez bien conservés sur divers lieux de fouille.

Conclusion

La fabrication d’une hache polie, surtout si elle est de grande taille, nécessite un investissement important ainsi qu’un certain savoir-faire. Elle constitue une chaîne de fabrication assez compliquée qui devait constituer le métier de certains hommes du Néolithique. La qualité de la roche entre également en compte, c’est pourquoi on a trouvé des lames de roches inhabituelles dans certaines régions qui ont voyagé de proches en proches à cause de leur qualité.

Le polissage est une étape essentielle de cette fabrication, car elle permet d’affûter la lame afin de lui conférer un tranchant nécessaire à son utilisation. On suppose que chaque travailleur polit ses propres lames une fois qu’elles ont été taillées par l’artisan tailleur. Le polissage devait donc s’effectuer au lieu d’habitation du travailleur à l’aide d’un polissoir.

Le schéma ci-dessous récapitule toutes les étapes de fabrication d’une hache polie, de la taille du bloc de silex au polissage.