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"Puits de silex,
mine de savoir"

Tracéologie
des silex

par DUPIRE Eloïse et GLOAGUEN Olivier, élèves de Ts

Les puits de silex de Flins-sur-Seine :
quand les mineurs du XXIéme siècle rencontrent ceux du Néolithique !

Problématique :

A partir de -8000, une évolution dans la société humaine, le néolithique, voit l’émergence d’instruments et d’outils complexes, notamment une très grande production de silex, d’où la nécessité de mines car le simple ramassage de blocs sur le sol ne suffisait plus pour répondre à cette demande toujours plus importante. Le département des Yvelines, situés dans le bassin parisien, sédimentaire, est riche en gisements de silex, notamment à Flins-sur-Seine. Sur ces sites, des dizaines de puits comblés ainsi que de nombreux outils et instruments ont été découverts par les archéologues.

Face à cela, les scientifiques s’interrogent, et les moyens pour répondre à ces questions ne peuvent être trouvés que sur les sites, en effet, l’écriture n’existait pas alors.

Comment s’organisait le creusement de puits : temps d’extraction, nombre de personnes requises, utilisation des outils découverts sur le site (comment étaient-ils utilisés, avec quelle fréquence, dans quel ordre) ?

Validation expérimentale

C’est pourquoi les scientifiques, les archéologues des Yvelines dans le cas des puits de silex de Flins-sur-Seine, ont appliqué le principe de tracéologie, méthode mise au point en 1930 et qui consiste à comparer les traces laissées sur des outils expérimentaux et celles laissées sur des sites réels. Dans le cas de la mine de silex, des étudiants de l’université de Paris I (Sorbonne) ont réalisé en août 2003 le creusement d’un puits dans les conditions de l’époque.

Un protocole détaillé a été mis au point. Pour pouvoir valider les résultats, il était nécessaire de se rapprocher le plus possible de la réalité de l’époque. Ainsi, il a fallu créer des outils en se basant sur ceux découverts sur le site : des pics en bois de cerf (trois), des omoplates d’aurochs (qui n’existent plus aujourd’hui) remplacés par cinq omoplates de cerfs qui pourraient servir de pelles, des percuteurs (pierres…) Mais il devint évident que cela ne suffirait pas : il était vraisemblable que des outils de matière végétale furent utilisés. Ainsi, des outils pointus, cylindriques et symétriques ont été mis au point. Toute une gamme fut façonnée afin de déterminer ceux qui correspondraient le mieux aux traces observées dans les mines. Ainsi, trois herminettes, quatre pics en bois, trois barres à mine, des pointes de tailles variées, des burins et des herminettes en silex ainsi que des paniers en vannerie furent conçus avec le plus grand soin et dans le respect de techniques de l’époque telles que nous les concevons et furent bien sûr utilisés.

 

Hache (manche en bois et pierre polie) reconstitution moderne.

http://perso.club-internet.fr/micarpen/samara/neolit.htm

 

Faucille courbe de la culture du rubané
(bois, cuir, silex, colle à base de résine et de cendre)
Reconstitution

(c.weber) Musée National d'Histoire et d'Art

L’étape suivante consistait à creuser réellement le puits.
L’emplacement du puits expérimental a été choisi au voisinage des mines de Flins-sur-Seine, afin de s’assurer que les conditions environnementales (nature et dureté de la terre, profondeur du gisement de silex…) soient identiques aux mines réelles. Il faut évidemment que les conditions expérimentales comportent le moins de facteurs différents de ceux des mines à étudier afin de pouvoir valider les résultats.
Le déroulement du forage a été minutieusement suivi étape par étape à l’aide de dessins, photos… afin de déterminer les temps remarquables, les traces laissées sur les parois, comme celles qui marquèrent les outils.
L’extraction en elle-même a permis de creuser un puits de 2,50m de profondeur pour 1,70m de diamètre, à partir de la surface et jusqu’aux lits de silex enchâssés dans un banc marno-calcaire. Une centaine de kilogrammes de ces blocs ont pu être dégagés en 15 jours.

A l’heure du bilan, de nombreux enseignements ont pu être tirés :

Ainsi, à l’aide de la tracéologie, les observations sur les outils ainsi que sur le puits expérimental ont permis de constituer un ensemble de comparaison avec les conditions réelles et d’établir un ensemble de références qui permettent de mieux saisir les conditions de forage de l’époque. De nombreuses idées erronées ont été par une démarche scientifique, modifiées.

Les archéologues se sont posé des questions, imaginés des réponses possibles et par des expériences sur le terrain ainsi que par des comparaisons minutieuses les ont validées mais aussi en ont rejeté. Eh oui, en science, plus que dans tout autre domaine, il faut savoir être patient, jamais sûr d’un résultat, jamais à cours d’idées….. Et avoir une bonne condition physique !

Plus d’informations ? Contactez le Bâtiment des Archives archéologiques des Yvelines au 01.61.37.36.36.