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![]() Buste de Pythagore Source: Thoemmes Press Portrait Gallery |
La vie de Pythagore (vers 570 à 480ans avant J.C.)
est mal connue. Originaire de lîle de Samos, en mer Egée, il voyagea beaucoup,
et l'on pense qu'au cours de ses voyages il apprit les mathématiques babyloniennes
et égyptiennes. Il partit s'installer à Crotone, en Italie du sud (à l'époque
sous domination grecque), auprès de Milon, un athlète accompli, douze
fois vainqueur aux Jeux Olympiques et pythiques. Milon avait le bon goût
de s'intéresser aux mathématiques et à la philosophie. Grâce à lui, Pythagore
fonda la Fraternité pythagoricienne, un groupe fort de plusieurs centaines
de disciples aux pratiques quelque peu obscures. |
Platon (427-327 avant J.-C.) pensait lui que les nombres
sont "l'essence même de l'harmonie cosmique et intérieure" (le platonisme mathématique
consiste à penser que les objets mathématiques ont une existence indépendante
du monde sensible).
Leibniz a dit en 1712 : "La musique est un exercice d'arithmétique secrète et celui qui s'y livre ignore qu'il manie les nombres " La musique fait partie de notre quotidien. Il y en a pour tous les goûts, du classique au rap en passant par le rock. Cependant les écritures musicales, aussi antagonistes soient-elles, sont toutes basées sur la gamme : l'écriture musicale habituelle utilise une suite de notes, rangées par fréquence croissante, dans l'intervalle d'une octave.
Le mot gamme vient de la lettre grecque gamma, elle correspond
à l'énumération familière "Do-Ré-Mi-Fa-Sol-La- Si-Do".
L'octave est l'intervalle fondamental qui délimite la gamme. C'est l'intervalle
qui existe entre le premier et le deuxième Do. L'octave est extrêmement naturelle:
lorsqu'un homme et une femme chantent ensemble la même mélodie, ils le font
en général avec un intervalle d'une octave, la plupart de temps sans s'en rendre
compte.
Nous nous sommes posés la question : " Comment la gamme fait-elle de la musique une discipline scientifique?"
Hypothèse : Une musique nous parait harmonieuse si les notes qui la constituent sont disposés avec une régularité mathématique.
VALIDATION EXPÉRIMENTALE
:
Protocole : Un son est caractérisé
par 4 facteurs : fréquence (en hertz =Hz), durée (en secondes
=s), intensité (niveau sonore en décibels =dB) et timbre :
- La fréquence de la note la plus basse d'un
piano correspond à f = 27,5 Hz, tandis que la note plus haute a une fréquence
de 4186 Hz.
- L'intensité d'un son est le rapport entre la puissance
d'un son (en Watt) et la surface sur laquelle on mesure cette puissance.
Cela permet de comprendre pourquoi un son s'atténue avec la distance, et même,
de calculer précisément cette atténuation. Lorsque l'oreille perçoit des sons
d'intensités respectives: I, 2 I, 4 I, elle juge que l'écart d'intensité entre
les sons d'intensité I et 2 Iest le même que celui entre 2 I et 4 I.
Autrement dit, en ce qui concerne l'intensité, l'oreille est sensible aux rapports
et non aux différences. On dit que l'oreille travaille de manière logarithmique.
Ainsi la grandeur utile est le niveau sonore = log (I / Io).
Le niveau sonore s'exprime en décibel (dB). Pour donner un ordre
de grandeur, un pianissimo correspond à 30dB et un fortissimo correspond à 90dB.
- Le timbre d'un son peut être quantifié
par des outils mathématiques plus élaborés, tels que la décomposition d'une
fonction en série de Fourrier. Pour aborder cette question sans rentrer dans
de terribles détails, il est plus commode de faire l'expérience suivante: jouez
une note sur un piano, en appuyant fortement sur la touche. Si vous écoutez
attentivement, vous pourrez percevoir des notes plus hautes, issues de la vibration
de certaines autres cordes du piano. Ces dernières notes sont appelées les harmoniques
supérieures, tandis que la note jouée est appelée harmonique fondamentale. Les
harmoniques supérieures sont définies par des fréquences multiples ( 2f, 3f,
4f...) de la fréquence fondamentale f. Les cordes du piano correspondant à ces
fréquences (2f, 3f...) vibrent par sympathie avec la corde initialement excitée.
Il existe des modèles physiques simples permettant d'expliquer pourquoi les
fréquences des harmoniques supérieures sont des multiples de la fréquence fondamentale.
L'expérience précédemment citée peut être réaliser avec d'autres instruments
comme la guitare par exemple. Considérons maintenant un son quelconque. L'onde
acoustique correspondante peut être décomposée en somme de différents signaux
"purs", correspondant aux différentes harmoniques du son. On peut définir une
amplitude relative à chaque harmonique, et la collection de toutes ces harmoniques
détermine le timbre du son. Par exemple, la guitare et le violon sont des instruments
dont le son est riche en harmoniques.
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V = vitesse de propagation
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avec V =
|
L |
![]() |
||
| T | |||||
|
et f =
|
1 | ||||
| T | |||||
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onde visible sur l'écran de l'oscilloscope
|
|||||
![]() |
Nous avons placé un microphone relié à un oscilloscope
à mémoire devant un synthétiseur. - On tape sur une note voulue et on enregistre l'oscillation engendrée par la note. - On mesure la distance entre deux en position de phase, on multiplie cette distance par la durée représentée par un carreaux : ainsi on obtient la période en seconde. - Pour obtenir la fréquence on prend l'inverse de la période. |
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Note jouée
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Période de la note lu sur l'oscilloscope
(secondes)
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Fréquence expérimentale de la note déduite
de la période (hertz)
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Fréquence théorique de la note suivante
trouvée avec la suite mathématique
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La
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0,084
|
119
|
126
|
|
La#
|
0,08
|
125
|
132,4
|
|
Si
|
0,076
|
131
|
138,9
|
|
Do
|
0,072
|
138,8
|
146,2
|
|
Do#
|
0,068
|
147,1
|
155,9
|
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Ré
|
0,064
|
156,3
|
165,6
|
|
Ré#
|
0,061
|
166,7
|
176,6
|
|
Mi
|
0,056
|
178
|
188,6
|
|
Fa
|
0,054
|
185,2
|
196,2
|
|
Fa#
|
0,052
|
192,3
|
203,7
|
|
Sol
|
0,048
|
208
|
220.4
|
|
Sol#
|
0,046
|
217,4
|
230,3
|
|
La
|
0,044
|
227
|
| On peut retrouver ces mesures pratiques par le calcul théorique. En appliquant à chaque note la suite mathématique élaborée par Pythagore, on constate dans la colonne de droite du tableau que l'on obtient bien la note suivante, à quelques incertitudes prés. |
|
La gamme naturelle :
La fréquence d'un son a beau évoluer de façon continue,
les rapports simples de fréquences ont été privilégiés
et portent les noms des notes. Ainsi une octave est divisée en 12 intervalles
égaux (sur le synthétiseur cela correspond aux touches blanches et noires),
les intervalles correspondant aux rapports de fréquence 3/2 (quinte)
et 4/3 (quarte). Un intervalle de douze quintes est voisin d'un intervalle de
sept octaves (3/2 x12 = 129,7 et 4/3 x7 = 128).
Le problème est que ces notes sortent de l'intervalle fondamental valant une
octave. On peut les ramener dans cet intervalle grâce
à des changements d'octave; Cela revient à diviser chacune des fréquences par
une puissance de 2 appropriée. Si l'on effectue ce travail, que l'on classe
les fréquences obtenues par ordre croissant, on obtient douze notes réparties
dans l'intervalle allant de Fo à 2Fo. On leur donne les noms : do, do #, ré,
ré #, mi, fa, fa #, sol, sol #, la, la #, si. On dit d'une note dièse qu'elle
est altérée. Les notes naturelles correspondent aux touches blanches d'un piano,
tandis que les notes diésées correspondent aux touches noires. La gamme que
nous venons de décrire est appelée" La gamme naturelle" Pythagoricienne. Il
existe plusieurs variantes de cette gamme, comme la gamme de Zarlino, prêtre
et musicien italien (1517-1590). Toutes ces variantes sont des gammes naturelles
car elles respectent le même principe,les intervalles correspondants sont harmonieux.
|
R
|
12 | =2 ce qui donne R = 1,059. Ce demi ton tempéré est la moyenne géométrique des 12 demi tons naturels | ||
| . | ||||
La gamme tempérée fut proposée par Galilée-père (1520-1591),
musicien professionnel et élève de Zarlino. Étant (légèrement) fausse
d'un point de vue musical, elle fut tenue pour monstrueuse à ses débuts.
"Le clavier bien tempéré" de Jean-Sébastien
Bach (1685/1750) contribua à la faire accepter. Cette œuvre célèbre comprend
deux livres écrits en 1722 et 1744, contenant chacun 24 préludes
et fugues, écrits dans les 12 tonalités majeures et les 12 tonalités mineures
correspondantes. La gamme tempérée fut définitivement adoptée au milieu
du 19ième siècle.
A l'heure actuelle, nos oreilles sont tout à fait habituées à cette gamme,
si bien qu'une tierce majeure naturelle ( définie par un rapport de fréquences
égal à 5/4 ) nous semble fausse !
| La juste intonation est généralement inaccessible
aux instruments à sons fixes dits aussi « instruments tempérés » : ce sont
les plus nombreux. Il est toutefois possible d'accorder ces instruments
avec le maximum de quintes, tierces majeures et tierce mineures justes.
La théorie mathématique de la musique rend compte de la difficulté d'établissement
des gammes et démontre même l'impossibilité de leur perfection. Les imperfections des gammes théoriques ne concernent en fait que les instruments dits « à sons fixes » qui, une fois accordés, émettent au cours de la même pièce musicale, toujours la même fréquence pour la même note. Il n'en va pas de même pour la voix humaine ou pour les instruments dits « naturels » (tels le violon et sa famille) qui peuvent s'adapter de manière quasiment instantanée, en cours d'exécution, à l'environnement modal, pour respecter de façon rigoureuse les intervalles mélodiques ou harmoniques du morceau joué. Ces instruments permettraient ce que certains appellent la "juste intonation", dans laquelle la plupart des intervalles (octave, quinte, tierce...) simultanés ou successifs seraient purs de telle manière qu'une même note soit émise à des fréquences (légèrement) différentes au cours de la même exécution. |
![]() |
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Fn + 1 = Fn
x 2
|
1
12 |
F = fréquence d'une note
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Dans notre expérience, en appliquant cette suite à une certaine
fréquence, on retrouvait systématiquement la fréquence de la note suivante.
On peut alors répondre à la problématique posée: la gamme par ses caractéristiques
physique et mathématique fait de la musique une réelle discipline scientifique.
Nos sens seraient naturellement mathématiciens car ils n'apprécient que les
accords justes, soit ceux qui appartiennent à la gamme !
Serions nous tous de petits génies à notre insu ? malheureusement non...
Sources documentaires :
- notre cours de maths
- l'encyclopédie Universalis