sloughia
Le sloughi est un chien rare. Un chien pas toujours facile d’accès, il faut bien l’admettre. Il est aussi attaché à son maître qu’il est discret dans ses démonstrations. Un propriétaire de sloughi apprendra néanmoins rapidement à lire dans les yeux sombres de son chien comme dans ses coups de pattes et frottements de tête. C’est un animal fier qui peut paraître indépendant et nécessite pour cette raison de l’éduquer avec douceur. La force n’a pas de prise sur le sloughi. Comme le cheval, il cabre sous la menace. Reste qu’avec patience et douceur l’on peut obtenir le plus fidèle et le plus attachant des compagnons qu’il m’ait été donné de connaître.
Le sloughi est un chien très intelligent et qui dit intelligence dit sensibilité. Attention, cela ne signifie pas que le sloughi soit un chien fragile, bien au contraire. Il faut voir le stoïcisme avec lequel les sloughis supportent la douleur. C’est d’ailleurs un point à surveiller pour tout maître attentif à son animal car le sloughi ne se plaint pas et supporte la souffrance.
Sa sensibilité se dévoile lorsqu’il sait discrètement se rappeler à nous en posant nonchalamment sa tête sur nos genoux ou lorsqu’à l’extérieur, il vient s’asseoir près de son maître le regard perdu au loin, toujours en tension, toujours à l’écoute du moindre signe.
Le sloughi vit à côté de nous, tout contre nous, comme une ombre portée qui même si elle cherche parfois l’indépendance n’aime rien plus que se fondre dans nos pas.
Le sloughi est une conquête, il choisit de se donner, il ne se prend pas. Il est le reflet de soi et, comme l’ombre, c’est la lumière du soleil qui le révèle. Car le sloughi n’aime rien autant que la chaleur. Né dans des contrées chaudes et sèches, il en a gardé un goût tout particulier pour la chaleur du foyer. Il faut le voir, couché auprès du feu l’hiver, cherchant la chaleur et le moindre rayon de lumière sur le sol ou allongé au soleil l’été pour comprendre ce que le désert a laissé en lui.
C’est un chien élégant, d’une finesse extrême qui fait la fierté de celui qu’il a choisi de suivre. Sa vitesse et sa puissance nous rappellent à chaque instant qu’il est là parce qu’il le veut.
Adopter un sloughi n’est pas un acte sans conséquences. C’est un effort payé mille fois en retour pour qui veut y mettre le temps et l’amour nécessaires.
Dans le sloughi, fond et forme se mêlent indissociablement, ses tendons aigus et les arrêtes acérées de ses os nous ramènent à l’infinie précision de ses sens alors que la beauté de son poil, la finesse de ses traits, la souplesse de sa bouche nous dévoilent toute la douceur de son caractère. Aucun mot ne caractérise aussi bien le sloughi que l’élégance. Il est l’incarnation même de ce substantif. Tout ce qu’il fait est élégance. Qu’il chasse, joue, se prélasse au soleil, flâne à la recherche d’une couche moelleuse. Son pas est digne d’un danseur, il ne fait qu’effleurer le sol lorsqu’il court. Tout chez lui n’est que légèreté.
Mais attention, le sloughi est également un chien de garde, rapide comme l’éclair doté de mâchoires puissantes, toujours à l’affût de l’étranger qui viendrait briser le repos qu’il goutte avec délices, en son foyer.
Le sloughi est un chien rare, on ne le redira jamais assez. Mais qui dit chien rare dit aussi maître rare. Il fait sans doute partie des mal-aimés des français et même si la race n’est plus aujourd’hui menacée, il faut bien reconnaître que le nombre d’individus et les difficultés que peuvent rencontrer les éleveurs sont le signe, s’il en est, des dangers qui menacent la race.
La beauté n’est pas toujours une chance. Elle exclut ceux qu’elle choisit. Reste qu’elle est la trace, l’expression même d’une chose qu’il n’y a pas si longtemps encore, l’humanité toute entière recherchait avec ferveur.