LE GOÛT 2

Mary, reine de France

 

 

Les roses

Beaucoup de roses sur ces tapisseries ! Représentées en tant que fleurs dans cette tapisserie et dans L'Odorat, et stylisées dans la plupart des bijoux. Leur double couleur rappelle La Guerre des Deux Roses qui a divisé un temps l'Angleterre et dont le père de Mary est sorti vainqueur. Six roses rouges sont regroupées à gauche de la haie, les blanches en occupant le centre et la partie droite.

 

Licornes et Lions

Le Lion se dresse face à la Licorne, furieux. La longue langue rouge lancée en direction du faucon voleur comme pour le dévorer, les griffes sorties, son attitude d'envol, les ailes de la cape l'assimilent au Dragon : voyons-y François 1er, en protection derrière son épouse Claude, très en colère de voir son trésor s'enfuir à tire d'ailes vers l'étranger. En face de lui, la Licorne-Henry VIII tente d'adopter la même silhouette, en Pégase cornu.
Tout semble envol. En vol.

Mary

La coiffure que porte Mary est une coiffe normande que Guillaume le Conquérant exporta outre-Manche et que les Dames saxonnes prisèrent fort aux 11ème et 12ème siècles. Ainsi que dans Le Toucher-La Tente, le vent du large fait voler la voilette de la coiffe et équilibre ainsi le geste du bras gauche. Pour l'heure, jeune et insouciante, elle est loin de songer à ses malheurs futurs. Elle domine la scène d'un maintien presque hautain. Sur sa robe de brocart à la longue traîne, des pommes d'or surmontées de la fleur de lys, symbole de royauté, mais déjà placée à l'envers. Nous savons le caractère éphémère de son pouvoir.

Mary est représentée avec un visage serein, un tantinet malicieux, tandis que Claude apparaît maussade. Le peintre et Antoine savent que Claude règne à son tour sur la France, aussi comme dans toutes les tapisseries où elle apparaît, sa mise est splendide.

A la hauteur de la tête de Mary est tissée une jeune licorne dont la corne n'a pas encore apparu. Mary " vierge " est en promesse de grossesse. Jeune fille de 18 ans, " l'état de femme " est arrivé, Louis XII s'y emploie. Le petit lapin qui dialogue avec cette jeune licorne suggère une descendance prochaine. Mary y pense, tout le royaume y pense, toute l'Europe aussi. Une possibilité que chacun à en tête.

Un petit chien blanc, silencieux et attentif, se tient sur la traîne de Mary. Un autre petit chien blanc, moins sympathique, trône aussi sur le vêtement du cardinal Rolin dans la peinture sur bois du musée d'Autun, Nativité, de 1480, attribuée au Maître de Moulins. Clin d'œil d'un artiste à un confrère ? Même artiste ? Une simple remarque…

 

Rivalités

A bien y regarder, le faucon juché sur la main gantée de Mary est agressif. Oiseau aristocratique sur une main de reine. Symbolisme de l'action et du pouvoir. C'est à une joute aristocratique qu'a pensé le peintre en introduisant ces éléments métonymiques de la chasse que sont le faucon et le gant de cuir. Mary est sereine, souriante même. Affichage de sa force et de sa valeur. Je suis reine de France, jeune et belle. Mon fils régnera sur terre, en l'un de ses plus puissants royaumes. M'appartient ce trésor dont je dispose selon mon plaisir, où je puise selon mes désirs.

Rivalité, assurément. Entre les deux royaumes d'Angleterre et de France. Entre deux hommes, Henry VIII couronné et François pas encore roi.

La chasse, joute, courtoise mais brutale, entre deux guerres. Mais, en cet instant du dessin tissé, Mary provocante, provocatrice, en ce double vol, le sien et celui de l'oiseau. Oiseau de combat, impitoyable, aux ailes déjà éployées. Et vole aussi le foulard qui équilibre pour l'œil les mouvements emplumés.