PAVIE 2


Si Anne de France " était " Penthésilée,
reine des Amazones ?

 

 


André Arnaud a voulu déceler sous les traits de la Dame de cette tapisserie " Pavie " (mal nommée Le Toucher) Anne de France et la déesse Athéna. Tous ses arguments avancés dès 1981 sont encore résolument valables. Anne de France, en son temps de régence après la mort de son père Louis XI, suivit de très près les armées royales dans la " Guerre Folle ".

Je voudrais y ajouter la silhouette d'une Amazone. Guerrière elle aussi, elle a pu marquer l'imagination de l'artiste. Il n'était pas sans savoir que des écrivains avaient établi un parallèle louangeur entre les Amazones et Anne de France.

Je partirai de la description faite par Sophie Cassagnes-Brouquet de la tapisserie datée du début XVIe siècle, nommée " Penthésilée " et conservée au château d'Angers.

[Sophie Cassagnes-Brouquet, Penthésilée, reine des Amazones et Preuse, une image de la femme guerrière à la fin du Moyen Âge. Dans Clio, n° 20 - 2004, Armées.]
http://clio.revues.org/index1400.html

 

 

" Une élégante jeune femme, au canon très étiré selon la mode du temps, se détache sur le fond des mille fleurs ; elle porte un petit casque à l'antique, une cuirasse dorée sous une longue jupe bleue ouverte un peu au-dessous de la taille. Elle laisse apparaître une jambe protégée par une jambière de métal doré et un pied chaussé d'une botte de cavalière.

L'aspect militaire de son costume n'ôte rien à l'élégance courtoise de cette héroïne qui tient dans sa main droite un bâton de commandement et un cimeterre dans la main gauche.

La jeune femme s'avance avec une tranquille assurance vers le spectateur, le pied gauche en avant, le visage impassible.

À l'extrême gauche de la tapisserie, on devine ses armoiries disposées sur un écu, ce sont trois têtes féminines couronnées. "

 

 

Ne dirait-on pas décrite par Sophie Cassagnes-Brouquet, non pas " Penthésilée, reine des Amazones et Preuse " mais notre Dame à nous, Anne de France, fille de roi et de reine, régente du royaume et duchesse du plus grand " domaine " de France.

Elle est représentée dans l'éclat de sa jeunesse, le corps et le visage allongés, à la fois impassibles et volontaires. Sa couronne ducale et sa ceinture comme une chaîne de métal sont pour nous sa cuirasse de bataille. A sa main droite, la hampe de l'étendard du désormais chef de famille Antoine le Viste ; à sa main gauche le dangereux rostre de la licorne. Voilà bien une Preuse, dans la digne succession de Jeanne d'Arc.

Et je peux reprendre ce passage de Sophie Cassagnes-Brouquet : " La légende met en avant les prouesses de la reine des Amazones. Sans même qu'il soit besoin de prononcer son nom, le public aristocratique qui avait la possibilité de contempler cette tapisserie l'identifiait sans peine. " Mais, je l'ai écrit, La Dame à la Licorne devait demeurer incognito, surtout cette tapisserie supplémentaire que je nomme " Pavie " et qui dénonce les responsables, le roi en tête, de l'incurie et de la défaite.

 


Anne de France représentée sous les traits de deux "guerrières" :

Athéna et Penthésilée.


C'est-à-dire :
— une déesse, née du crâne même de Zeus, le roi des dieux, et de Métis, déesse de la raison, de la prudence et de la sagesse
— une reine, fille de la reine Otréré et du dieu de la guerre Arès (fils de Zeus et de Héra)

Identité par-delà les mythologies : Anne était fille du roi Louis XI et de la reine Charlotte de Savoie.


Oui, Anne de France aurait pu être reine de France.


Elle était la fille aînée de Louis XI. Elle possédait les qualités et les capacités pour régner et gouverner, comme l'Histoire le prouvera.

N'étaient " les deux " principes " dynastiques entérinés par plus de cent ans de guerre civile et étrangère, et, depuis la " guerre folle ", objets d'une bruyante publicité. " (p. 13)
— l'inexistante " loi salique " créée pour exclure les filles à l'héritage du trône français
— le refus de concéder quelque pouvoir aux femmes ( dû à l'imbecillitas sexus : la faiblesse des femmes) et qui se marquait par une " sensible dégradation des relations entre les sexes depuis une bonne centaine d'années ".

 

C'est, je pense, ce que veut clamer haut et fort cette tapisserie conçue après la défaite de Pavie, pendant la captivité de François 1er (tapisserie mal nommée Le Toucher). Entre l'empereur Charles Quint et le roi Henry VIII, Anne de France tient fièrement sa place, sans que ses " confrères " ne la jugent sévèrement et la rejettent.

Lisons encore Eliane Viennot : " Les " régents " aimaient trop la paix civile pour se lancer dans une telle aventure [reprendre le pouvoir à la mort de Charles VIII] ; ils favorisèrent l'accès au trône de leur beau-frère, Louis d'Orléans, qui monta sur le trône sous le nom de Louis XII. Anne, surtout, joua un rôle déterminant dans cette transition pacifique ". (p. 13)


(Les Amazones dans le débat sur la participation des femmes au pouvoir à la Renaissance. Dans Guyonne Leduc (dir.), réalités et représentations des Amazones, Paris, L'Harmattan, 2008)
http://www.elianeviennot.fr/Articles/Viennot-Amazones.pdf